La semaine Irving: l’entreprise devient aussi maître d’œuvre du projet de 26 milliards $ des navires de guerre

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Les chantiers Irving (Photo: Irving)
Les chantiers Irving (Photo: Archives/Irving)
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Les chantiers Irving (Photo: Irving)
Les chantiers Irving (Photo: Archives/Irving)

Irving, dont les chantiers avaient déjà été sélectionnés pour construire les navires de guerre qui formeront la future flotte de la Marine royale canadienne, en devient désormais le véritable « maître d’œuvre » qui orientera le projet de 26 Milliards $ de concert avec le gouvernement fédéral.

C’est décidément la semaine Irving. L’entreprise néo-écossaise, qui a aussi remporté aujourd’hui le contrat de 2,3 Milliard $ de construction des navires de patrouille extra-côtiers, sera également le maître d’œuvre du projet de 26 milliards de dollars pour remplacer les frégates et destroyers de la marine, a annoncé cette semaine Tom Ring de Travaux Publics Services Gouvernementaux Canada (TPSGC) lors d’une réunion à huis clos à Ottawa avec les représentants de l’industrie.

Maître à bord après Ottawa, Irving est en effet nommé maintenant entrepreneur principal pour le projet de navires de combat de surface du Canada.

Jusqu’à 15 navires seront construits et cette nouvelle flotte sera le cœur de la future Marine royale du Canada.

Deux versions des navires seront construites: une pour la défense aérienne et le commandement et contrôle, et une autre, à usage plus « générale », pour accomplir les tâches dévolues aux frégates de classe Halifax telles qu’elle existent aujourd’hui.

Irving avait déjà été sélectionné, par le biais d’un concours, par le gouvernement pour construire les navires de guerre. En vertu de la nouvelle entente, il lui sera donné beaucoup plus de responsabilités et de pouvoirs – il aura désormais son mot à dire sur les entreprises auxquelles seront attribués des contrats clés pour l’ensemble du projet qu’il aura pour tâche d’orienter de concert avec le gouvernement fédéral canadien.

Habituellement, c’est le gouvernement fédéral lui-même qui supervise ce processus.

Comme prévu dans la demande de propositions relative à la Stratégie nationale d’approvisionnement en matière de construction navale (SNACN) et l’accord-cadre subséquemment conclu avec les chantiers navals retenus, le Canada se réserve le droit de déterminer si le chantier naval sera désigné en tant qu’entrepreneur principal.

À la suite de discussions avec l’industrie et d’un examen effectué par un tiers indépendant, dit Ottawa, il a été déterminé « que l’entreprise Irving Shipbuilding est la plus à même de gérer les contrats associés aux trois décennies de travail qui seront nécessaires pour concevoir et construire ces navires ».

Un exercice de prospective sans boule de cristal

La construction de navires de guerre,qui s’échelonne sur de nombreuses années, suppose un difficile exercice de prospective alors que personne, absolument personne n’a de boule de cristal, d’où la nécessité de savoir s’adapter aux changements.

Les nouveaux navires de guerre du Canada seront conçus et construits sur plus de 30 ans – une période obligeant le gouvernement et le constructeur des navires à prévoir les changements dans l’économie, les menaces auxquelles le pays sera confrontées et les améliorations dans la technologie navale.

Ceux qui travaillent sur le projet de construction des nouveaux navires de la Marine royale canadienne doivent donc «anticiper l’évolution des conditions économiques, des menaces et des technologies disponibles et de la structure de la défense et de la marine canadienne, » soulignent les documents remis par Travaux Publics Canada (TPSGC) aux représentants de l’industrie cette semaine, notant que « Ces changements, à leur tour, entraîneront des modifications dans les exigences au cours de la vie du projet. »

Alan Williams, ancien responsable des marchés au ministère de la Défense nationale, cité dans un article du Ottawa Citizen, a déclaré que prévoir les conditions économiques au cours des 30 prochaines années serait difficile, voire impossible. Les changements dans la valeur du dollar canadien, l’inflation et la hausse des coûts pour le matériel pourraient donc entraver de manière significative le projet, selon lui.

Concevoir les navires prendra 10 ans et leur construction 20 ans, selon les documents remis à l’industrie. Un exercice de prospective sans boule de cristal qui peut être aussi périlleux qu’un numéro de voltige sans filet…