La Crimée célèbre en grande pompe son « retour » dans le giron russe

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Des partisans du rattachement de la Crimée à la Russie dansent de joie à Sébastopol, le 16 mars 2014 (Alexander Khudoteply/AFP)
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Des partisans du rattachement de la Crimée à la Russie dansent de joie à Sébastopol, le 16 mars 2014 (Alexander Khudoteply/AFP)
Des partisans du rattachement de la Crimée à la Russie dansent de joie à Sébastopol, le 16 mars 2014 (Alexander Khudoteply/AFP)

Parade automobile dans les rues de Sébastopol, concerts et feux d’artifice, la Crimée commence lundi à célébrer le 1er anniversaire de son « retour » dans le giron russe, un an jour pour jour après le référendum controversé qui a entériné son annexion par la Russie.

Le 16 mars 2014, sous le regard de soldats des forces spéciales de l’armée sans insignes qui avaient deux semaines plus tôt investi le Parlement de Crimée et plusieurs lieux clés de la péninsule ukrainienne, les habitants de cette région à majorité russophone s’étaient rendus aux urnes pour approuver leur réintégration à la Fédération de Russie.

Les autorités de Crimée affirment que 97% ont répondu par la positive, mais le vote, qui s’est déroulé en l’absence d’observateurs indépendants, est considéré comme « illégal » par Kiev et les Occidentaux.

L’Union européenne a réaffirmé lundi sa condamnation de « l’annexion illégale » de la péninsule et s’est dite inquiète de sa « militarisation croissante ».

« Un an après la tenue d’un référendum illégal et illégitime, et après l’annexion illégale de la Crimée et de Sébastopol par la Russie, l’Union européenne reste clairement engagée en faveur de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine », a écrit la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, dans un communiqué.

Défiant les sanctions économiques introduites par les Occidentaux, Vladimir Poutine signait deux jours plus tard le décret sur l’intégration de la Crimée à la Russie, provoquant la colère des autorités ukrainiennes et des Occidentaux.

Violations des droits de l’Homme

Cette annexion alimenta les aspirations des séparatistes prorusses du Donbass, bassin minier de l’est de l’Ukraine où un conflit armé a commencé en avril faisant depuis plus de 6.000 morts.

Un an plus tard, des organisations internationales dénoncent à haute voix des violations des droits de l’Homme en Crimée et l’OSCE s’inquiète de la « répression » continue des médias indépendants.

La Crimée, qui dépend de l’Ukraine pour l’eau et l’électricité, ne possède par ailleurs aucune liaison terrestre avec la Russie et souffre de difficultés d’approvisionnement même des produits alimentaires dont le choix est limité.

Si certains, surtout les jeunes et les Tatars de Crimée, peuple autochtone très opposé à l’annexion, refusent de parler de leur situation actuelle aux médias occidentaux par peur de représailles, beaucoup d’autres préfèrent croire en un avenir doré.

« Ensemble, avec la grande Russie, nous construisons une nouvelle Crimée », s’est félicité dimanche le président du parlement de la péninsule, Vladimir Konstantinov, dans un communiqué.

Le « Premier ministre » de Crimée, Sergueï Axionov, a déclaré que la Crimée aurait connu le même destin que l’Est de l’Ukraine, aujourd’hui théâtre d’un conflit armé, sans son rattachement à la Russie. « La guerre et le sang avec l’Ukraine, la paix et la stabilité avec la Russie », a-t-il résumé lundi.

A Sébastopol, la plus grande et traditionnellement la plus prorusse des villes de Crimée du fait de la présence de la flotte russe de la mer Noire, une parade automobile sera organisée pour l’occasion, avant un concert sur la place centrale.

De nombreuses festivités sont aussi prévues à Simferopol, « capitale » administrative de la Crimée.

Commando et menace nucléaire russe

Un an plus tard, les autorités russes, qui avaient dans un premier temps rejeté les accusations de Kiev et de l’Occident sur leur rôle dans l’organisation du référendum, tout comme ils le font pour le conflit dans l’Est, sont devenus bien plus loquaces quant à la Crimée.

Le président Vladimir Poutine, qui avait déjà reconnu que le commando ayant pris le contrôle du parlement de Crimée le 27 février 2014 était composé de soldats russes, a raconté que la Russie avait notamment positionné dans la péninsule de puissantes batteries de missiles de défense côtière dans un documentaire diffusé dimanche sur la télévision publique russe.

« Nous devions renforcer notre présence militaire en Crimée pour que le nombre de nos soldats permette de créer les conditions propices à l’organisation d’un référendum », a-t-il encore ajouté.

« Nous étions prêts » à mettre en état d’alerte le dispositif nucléaire face à une éventuelle intervention militaire occidentale, a assuré M. Poutine.

L’annexion de la Crimée a été applaudie en Russie où beaucoup voyaient comme une « erreur » son rattachement administratif à l’Ukraine par le dirigeant soviétique Nikita Kroutchev en 1954, et a permis à M. Poutine de surfer depuis sur des taux de popularité record, proches de 90% selon de récents sondages