Un ancien détenu de Guantanamo empêché de rejoindre le Canada pour participer à des conférences contre la radicalisation

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Mourad Benchellali, ancien détenu de Guantanamo, auteur du livre «Voyage vers l’enfer», qui se consacre activement à la lutte contre la radicalisation et le recrutement terroriste.
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Mourad Benchellali, ancien détenu de Guantanamo, auteur du livre «Voyage vers l’enfer», qui se consacre activement à la lutte contre la radicalisation et le recrutement terroriste.
Mourad Benchellali, ancien détenu de Guantanamo, auteur du livre
«Voyage vers l’enfer», qui se consacre activement à la lutte contre la radicalisation et le
recrutement terroriste.

Alors qu’il devait venir au Canada participer à une série de rencontres et conférences contre la radicalisation, un ancien détenu français s’est vu refuser d’embarquer sur un vol entre la France et le Canada.

M. Mourad Benchellali, devait être présent à l’École nationale d’administration publique le 16 juin pour donner une conférence sur «La radicalisation et le recrutement vus de l’intérieur»; conférence à laquelle 45eNord.ca était associée.

Or, la conférence est désormais annulée parce que M. Benchellali, ancien détenu de Guantanamo, a été empêché de prendre un vol direct Lyon-Montréal sur la compagnie québécoise Air Transat, à cause – selon les informations de la compagnie – d’une interdiction de vol émise par les États-Unis. À l’heure d’écrire ses lignes, Air Transat n’a pas rappelé 45eNord.ca pour s’expliquer.

Joint par téléphone par 45eNord.ca, M. Benchellali a précisé que la compagnie aérienne lui a indiqué que son avion survolerait l’espace aérien américain et devait appliquer le programme «Secure Flight».

Or, selon le plan de vol, le vol TS 393 ne survole à aucun moment les États-Unis!

Voyant, tant un principe de double peine, qu’une aberration de la part de la compagnie mettant en avant la liste d’interdiction américaine, alors qu’il s’agissait d’un vol direct entre la France et le Canada, Mourad Benchellali rappelle que depuis son retour en France il se consacre à raconter son histoire aux jeunes pour qu’ils ne se laissent pas séduire par la propagande djihadiste.

Face au drame humain de la radicalisation qui touche le Québec comme le reste de la planète, le Fonds de dotation PACE et l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent voient dans l’interdiction de vol faite à Mourad Benchellali – contre qui il n’existe aucune action de justice pendante – «non seulement une privation inacceptable de sa liberté d’aller et venir mais aussi la preuve de l’incohérence de certaines mesures iniques et inefficaces prises de façon indiscriminée dans la lutte contre le terrorisme».

«Les dérives liberticides et la peur prévalent ainsi sur la liberté d’un homme qui a le courage de mettre son expérience personnelle au service de la paix. Museler la souffrance et brimer les libertés favorisent la radicalisation et contribuent à alimenter l’argumentaire des recruteurs terroristes», indique un communiqué conjoint du Fonds de dotation PACE et l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent.

Le Fonds de dotation PACE dit maintenir sa volonté de permettre à M. Benchellalli de venir prendre part aux 48h pour la Paix qui se tiennent cette fin de semaine à Chomedey-Laval, soit par le libre passage vers le Canada, soit en duplex. Le débat ouvert au public aura lieu le samedi 13 juin à 11H et aura pour thème: «Musulmans et Après Charlie, sortir de ses peurs et construire au delà des fatalités».

Âgé de 33 ans, et père de famille, Mourad Benchellali s’était retrouvé à 19 ans dans un camp d’entraînement djihadiste. Découvrant trop tard, être dans une «machine destinée à entraîner des jeunes de partout dans le monde pour en faire des combattants aux côtés des talibans», il réussira finalement à fuir le camp au milieu du désert de Kandahar, en passant par les montagnes, jusqu’au Pakistan. Il sera arrêté et remis aux autorités américaines qui l’enfermeront durant 30 longs mois à Guantanamo, où il dit avoir connu les menaces, la torture et les interrogatoires.

Quand, enfin, il rentre en France, les autorités lui mettent à nouveau les menottes. Il séjournera encore 18 mois en prison. À sa sortie, c’est un homme changé, marqué qui décidera de raconter son histoire pour éviter que d’autres ne commettent la même erreur.