Dernière semaine de campagne, comparatif des plateformes électorales en matière de Défense

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Les plateformes électorales 2015 des principaux partis. (45eNord.ca)
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Les plateformes électorales 2015 des principaux partis. (45eNord.ca)
Les plateformes électorales 2015 des principaux partis. (45eNord.ca)

Tous les partis ont désormais présentés leur plateforme électorale et il est temps de faire un comparatif sur les principaux enjeux touchant aux questions de Défense.

Il ne reste plus que quelques jours avant le Jour J. Le 19 octobre 2015, les Canadiens et Canadiennes seront appelés à voter pour leur député, et par le fait même, à choisir le prochain gouvernement.

Au cours des dernières semaines de campagne, la lutte s’est resserrée entre les trois principaux partis, le Parti Conservateur, le Parti Libéral du Canada et le NPD, et désormais les chiffres sont tellement proches et fluctuants que personne ne peut prédire l’issue du vote. La seule chose de certaine: ce sera un gouvernement sans majorité au Parlement.

Opération IMPACT
Les Conservateurs se sont engagés à maintenir les frappes aériennes et les conseillers militaires au moins jusqu’au 31 mars 2016. Ils ne veulent cependant ni augmenter le nombre d’avions déployés, ni le nombre de conseillers.

Le NPD a fait la promesse de mettre fin purement et simplement à toute la mission. S’il est élu, un gouvernement néo-démocrate retirera troupes, avions et conseillers du Moyen-Orient, pour se concentrer sur de l’humanitaire.

Le Parti libéral a, quant à lui, promis de retirer la force aérienne vu le peu d’impact qu’a notre aviation avec moins de 2% de frappes. En revanche, Justin Trudeau s’est engagé à augmenter le nombre de conseillers afin de former les forces kurdes et irakiennes. Un modèle similaire à celui de l’Opération ATTENTION en Afghanistan pourrait être envisagé.

Le Bloc Québécois, qui avait voté contre la mission, a changé d’avis pour reconnaître l’importance des frappes et de la formation.

Le Parti Vert, tout comme le NPD, s’oppose à la mission en Irak et en Syrie, rappelant «l’action militaire mal avisée en Libye qui a empiré la menace terroriste en Afrique du Nord».

Europe
En tant que parti au pouvoir, le Parti conservateur s’est engagé dans deux opérations distinctes en Europe de l’est: les opérations REASSURANCE et UNIFIER. L’une vise à «rassurer nos alliés» face à l’agressivité russe, l’autre a donner les moyens aux forces armées ukrainiennes de combattre les rebelles pro-russes en les formant sur certaines capacités.

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, a dit être «préoccupé» par l’envoi de soldats dans le cadre de l’opération UNIFIER car «il ne s’agit pas d’une mission de l’OTAN ou de l’ONU».

Le Parti libéral s’est engagé à maintenir «notre engagement ferme dans les opérations militaires actuelles du Canada en Europe centrale et en Europe orientale».

La position du Bloc québécois et du Parti vert sur ce sujet n’est pas connue.

Nations Unies
Le Premier ministre Stephen Harper a critiqué à de nombreuses reprises les Nations Unies, qu’il juge trop bureaucratiques. Depuis son arrivée au pouvoir en 2006, le gouvernement conservateur a autorisé un maximum par an de 215 policiers et militaires casques bleus (en 2010) avec un minimum en 2015 de 111.

Tant les Libéraux que les Néodémocrates ou les Verts veulent refaire du Canada l’un des fer de lance des pays contributeurs aux missions de paix de l’ONU.

Tom Mulcair a indiqué pour sa part qu’il fera de nouveau du Canada «le leader mondial de la paix» en faisant participer le Canada «à un plus grand nombre de missions de maintien de la paix des Nations Unies afin que nous retrouvions notre rôle de chef de file du monde occidental en maintien de la paix». Le NPD veut ainsi envoyer davantage de personnes qualifiées sur le terrain dans les situations qui exigent une expertise linguistique, logistique ou interculturelle particulière.

Lors d’une interview pour 45eNord.ca, le candidat libéral et ancien commandant de l’Armée canadienne Andrew Leslie expliquait vouloir «utiliser l’expérience acquise en Afghanistan sur le modèle des équipes de reconstructions provinciales».

Dans sa plateforme, le Parti vert indique vouloir que «notre capacité de participer à des missions de paix [soit] grandement augmentée» en «améliorant nos capacités de maintien de la paix et en offrant un engagement international robuste envers les missions de paix et de sauvetage des Nations Unies».

Budget
Finalement, sur le plan budgétaire, les Conservateurs avaient d’ores et déjà annoncé il y a plusieurs mois que le budget serait augmenté de 3% automatiquement chaque année à partir de 2017. Or, cette hausse ne tient pas compte d’une éventuelle baisse du budget. On peut augmenter automatiquement d’un côté, mais retirer manuellement de l’autre.

Le NPD s’est engagé à «respecter nos engagements militaires en maintenant les enveloppes budgétaires du ministère de la Défense nationale», mais également à «fournir aux Forces armées canadiennes les ressources humaines, le matériel et la formation nécessaires pour défendre le Canada et protéger les Canadiens».

Le Parti libéral du Canada maintiendra également le niveau actuel des dépenses de la Défense nationale et a précisé qu’il réinvestira l’argent non dépensé jusqu’à présent par les Conservateurs, soit plus de 10 milliards $. Ce sont plusieurs milliards $ chaque année qui ont en effet été non dépensés.

Le Parti vert dit qu’il poursuivra les réductions des dépenses «en réduisant de 30% les 2,7 $ milliards dépensés par le ministère de la Défense chaque année pour les contrats de consultants, de sous-traitance et autres contrats du secteur privé pour des études et analyses».

Marine royale canadienne
Depuis qu’ils sont au pouvoir, les Conservateurs ont mis en place une Stratégie nationale d’approvisionnement en matière de construction navale. Plan ambitieux de plus de 33 milliards $, la Marine royale canadienne devrait faire l’acquisition de plusieurs navires au cours des décennies à venir, mais le budget, fixé dans le béton, n’est désormais plus suffisant. Pour les futurs navires de combat, alors que la Marine demandait 16 navires, le ministre sortant de la Défense a récemment évoqué le chiffre de 11.

La position du NPD n’est pas claire puisqu’il promet «d’adopter la stratégie nationale d’approvisionnement en matière de construction navale afin de s’assurer que la flotte canadienne réponde à nos besoins, tout en privilégiant nos propres chantiers navals afin de maximiser les retombées économiques pour nos régions». Donnera-t-il plus de moyens pour avoir tous les navires?

Le Parti libéral promet que l’investissement dans la Marine royale canadienne sera «au sommet des priorités». Selon le plan libéral, le refus d’acheter des F-35 permettrait d’économiser suffisamment pour acheter tous les navires réclamés par les Forces.

Le Bloc déplore que les Chantiers de la Davie n’est rien reçu de la part du fédéral, appuyant donc implicitement l’achat des navires, mais pas qui doit les construire.

Le Parti vert se désole que le plan conservateur ne «semble ne plus tenir la route» et que «la Marine n’a plus de navire pour faire le plein de nos frégates en mer». Il appuie donc les investissements, mais pas la façon dont le dossier a été traité.

F-35
Les Conservateurs n’ont jamais caché leur préférence pour l’avion de Lockheed Martin, le F-35 Lightning II. Ayant annoncé leur achat en 2010, ils ont cependant du reculer en 2012, après un rapport dévastateur dénonçant le coût réel d’achat: près de 45 milliards $. Stephen Harper a donc relancé le processus d’acquisition à zéro, mais presque trois ans plus tard les conclusions ne sont toujours pas connues.

Le NPD a reconnu l’importance de remplacer les vieux CF-18, mais n’a jamais digéré la façon dont le dossier a été traité par le Parti conservateur. Thomas Mulcair souhaite donc relancer un nouvel appel d’offres.

Le Parti libéral a annoncé vouloir lui-aussi relancé un nouvel appel d’offres, mais en écartant d’emblée le F-35, jugé bien trop coûteux.

Le Bloc Québécois annulerait l’acquisition des F-35 et relancerait aussi un nouvel appel d’offres.

Le Parti vert rappelle que la décision d’achat de 2010 avait été prise «sans aucune considération sur le fait que les F-35 remplissaient ou pas nos besoins en sécurité». Le Parti estime qu’il y a d’«autres options que les F-35».