Israël démolit les maisons de Palestiniens auteurs d’attentats

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Une Palestinienne marche dans les ruines d'une maison démolie par les autorités israéliennes dans le quartier de Jabal Moukaber à Jérusalem-Est, le 6 octobre. (THOMAS COEX/AFP)
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Une Palestinienne marche dans les ruines d'une maison démolie par les autorités israéliennes dans le quartier de Jabal Moukaber à Jérusalem-Est, le 6 octobre. (THOMAS COEX/AFP)
Une Palestinienne marche dans les ruines d’une maison démolie par les autorités israéliennes dans le quartier de Jabal Moukaber à Jérusalem-Est, le 6 octobre. (THOMAS COEX/AFP)

Israël a démoli mardi deux maisons de Palestiniens pour punir les auteurs d’attentats et appliquer les ordres du premier ministre Benyamin Nétanyahou de réprimer sans merci la flambée de violences actuelles à Jérusalem et en Cisjordanie.
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Mise à jour au 06/10/2015 à 14h40

La police israélienne a indiqué avoir levé mardi les restrictions pesant sur les fidèles musulmans pour accéder à l’esplanade des Mosquées, des mesures qui avaient été prises après le meurtre samedi de deux Israéliens non loin de là, dans la Vieille ville de Jérusalem.

Elle a toutefois averti que cette décision pourrait être réexaminée en cas de menace sur la sécurité. La levée de ces restrictions doit entrer en vigueur mercredi.

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Les policiers, les soldats et les artificiers israéliens «sont arrivés vers minuit et ont évacué tout le monde» avant de «faire sauter vers 5 h 20» le logement, a déclaré à l’AFP Yasser Abou, un habitant de Jérusalem-Est, devant l’appartement éventré de Ghassan Abou Jamal.

Israël a aussi détruit le domicile de Mohammed Jaabis dans le même quartier de Jabal Moukaber, en face de la Vieille ville.

Ghassan Abou Jamal et son cousin avaient tué à l’arme à feu et au hachoir quatre fidèles juifs et un policier lors d’une attaque contre une synagogue de Jérusalem-Ouest le 18 novembre 2014, dans le plus meurtrier des attentats récents en Israël. Mohamed Jaabis est pour sa part accusé par Israël d’avoir attaqué un bus avec un engin de chantier et tué une personne à la limite de Jérusalem-Est et Ouest le 4 août 2014.

Les deux hommes avaient été abattus. La famille de Mohamed Jaabis a toujours contesté la version de la police.

Leurs logements ont été détruits quelques heures après l’annonce par M. Nétanyahou que les maisons des auteurs d’attentats allaient être détruites à un rythme accéléré. Le premier ministre a aussi donné toute latitude d’action à la police et à l’armée face à la vague de violences qui parcourt la Cisjordanie et Jérusalem-Est et réveille le spectre d’une nouvelle intifada, après celles de 1987 et 2000.

«Il n’y a aucune limite» à l’action des forces de sécurité, a dit M. Nétanyahou.

Prime Minister Benjamin Netanyahu made the following statement this evening:"I would like to commend the ISA personnel…

Posted by The Prime Minister of Israel on lundi 5 octobre 2015

«Mort pour la patrie»

Jérusalem-Est, partie palestinienne de Jérusalem annexée et occupée par Israël, et la Cisjordanie sont en proie à une multiplication des attaques et des heurts entre Palestiniens et forces de sécurité et colons israéliens.

Une centaine de jeunes masqués et arborant le keffieh palestinien, dans une foule de plusieurs centaines de jeunes, ont attaqué les soldats israéliens à coups de pierres à Bethléem après les funérailles de l’un des leurs, Abdel Rahmane Abdallah, 13 ans, tué la veille par des tirs israéliens, a constaté une journaliste de l’AFP. Les Israéliens ont répliqué par un barrage de gaz lacrymogènes et de projectiles en caoutchouc.

«Mon fils est parti pour l’école, il a pris son cartable et n’est jamais rentré auprès de sa mère», a raconté cette dernière, Dalal, voilée de noir dans le camp de réfugiés d’Aida, près de Bethléem, juste avant l’enterrement suivi par un millier de personnes. «Des gens sont venus nous dire: ton fils est mort et j’ai couru comme une folle à l’hôpital».

Pour elle, son fils est «mort pour la patrie».

Depuis jeudi, quatre Israéliens ont été tués dans des attentats en Cisjordanie et dans la Vieille ville de Jérusalem. Du côté palestinien, deux jeunes accusés d’attaques au couteau ont été tués à Jérusalem et deux autres en Cisjordanie lors d’affrontements au cours desquels les soldats israéliens tirent de plus en plus systématiquement à balles réelles.

De très nombreux adolescents et enfants prennent part aux affrontements. Mais le sentiment de frustration ou d’exaspération est répandu parmi tous les Palestiniens qui attendent leur État depuis presque 70 ans.

Pressions sur Nétanyahou

La colère grossit aussi chez les colons après l’assassinat d’un couple, criblé de balles sous les yeux de ses enfants jeudi près de Beit Furik. Les services de sécurité israéliens ont annoncé lundi soir avoir démantelé la cellule, affiliée au Hamas islamiste selon eux, qui a commis cette attaque.

Les colons et les personnalités politiques de droite qui les défendent, y compris des ministres de M. Nétanyahou, mettent la pression sur ce dernier, non seulement pour réclamer plus de sécurité, mais aussi davantage de colonies.

L’annonce de nouvelles colonies par M. Nétanyahou menacerait de braquer les Palestiniens et la communauté internationale.

À mesure que les tensions montaient, M. Nétanyahou a annoncé toute une série de mesures, dont le déploiement de centaines de soldats supplémentaires en Cisjordanie et de milliers de policiers à Jérusalem, un assouplissement des règles d’ouverture du feu à Jérusalem, ou un recours accru aux emprisonnements sans inculpation ni procès.

Israël a aussi pris une disposition exceptionnelle en interdisant dimanche et lundi l’accès de la Vieille ville à l’immense majorité des quelque 300 000 Palestiniens de Jérusalem-Est. La Vieille ville a été rouverte mardi aux Palestiniens.

Une mesure controversée

En démolissant les maisons de deux Palestiniens accusés d’attentats remontant à 2014, Israël renoue à Jérusalem avec une punition censée frapper les esprits, mais qui est jugée intolérable pour les Palestiniens et contestée parmi les Israéliens.

Israël a longtemps renoncé à cette forme de punition à Jérusalem même, tout en la pratiquant largement en Cisjordanie occupée.

Il l’a remise en vigueur à Jérusalem le 19 novembre 2014 sur instruction du premier ministre Benyamin Nétanyahou. Israël avait alors fait sauter à l’explosif le logement d’Abdelrahmane Shalodi, qui avait tué une Équatorienne et un bébé de 22 mois dans une attaque à la voiture-bélier le 22 octobre, avant d’être abattu.

À l’époque, alors que les tensions étaient déjà vives, des ordres de démolition avaient été délivrés contre plusieurs autres maisons. Le gouvernement les avait laissés en suspens depuis lors, peut-être dans l’attente d’un moment plus propice, ou à cause de la difficulté à les mettre en oeuvre, dans le chaudron du camp de réfugiés de Chouafat par exemple.

Avant novembre 2014, Israël n’avait plus procédé à de telles démolitions punitives à Jérusalem depuis 2009, selon Daniel Seidemann, un avocat israélien spécialisé dans les affaires concernant la ville.

Les destructions sont censées donner à réfléchir aux auteurs d’attentats potentiels qui, s’ils ne craignent pas pour leur vie, pourraient penser à ceux qu’ils laissent derrière eux.

Pour l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem, les premières victimes des démolitions sont en effet les proches qui paient pour les agissements d’un autre. L’effet dissuasif de la mesure est contesté. Pour une partie de la communauté internationale, y compris l’allié américain d’Israël, elle ne fait qu’attiser les tensions.

Les responsables de la Défense semblaient partager ce point de vue en 2005 à la fin de la deuxième Intifada quand, après 664 destructions de maisons à travers les Territoires occupés au cours des années précédentes, ils avaient ordonné la fin des démolitions. Au lieu d’être dissuasives, elles poussaient les Palestiniens à perpétrer plus d’attentats, estimait l’armée.

En dehors de Jérusalem, elles ont cependant continué. L’armée israélienne a détruit en septembre dans le camp de réfugiés de Jénine la maison d’un homme présenté comme un responsable du Hamas, qu’elle avait libéré quelques jours plus tard.