Zero this is 22B radio check over (Entre JPSU et UISP)

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La lieutenant-général Christine Whitecross, cheffe du personnel militaire et responsable du dossier des inconduites sexuelles. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
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La lieutenant-général Christine Whitecross, cheffe du personnel militaire et responsable du dossier des inconduites sexuelles. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Le lieutenant-général Christine Whitecross, cheffe du personnel militaire et responsable du dossier des inconduites sexuelles. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Lors de ma récente rencontre avec le lieutenant-général Christine Whitecross, la cheffe du Personnel Militaire, je l’ai informée à l’effet que je travaillais à améliorer ma crédibilité francophone afin d’éventuellement m’adresser directement aux militaires dans le cadre d’une tournée pan-canadienne des bases pour parler de SSPT. Et surtout, je lui ai dit que je comptais aller faire mes classes à Valcartier.

(Silence)
(Etes-vous un peu sous le choc vous aussi?)

«Pourquoi Valcartier?», m’a-t-elle demandée sincèrement intéressée (et vous vous posez la même question, j’en suis certaine!): la question était fort pertinente et je savais que ma réponse allait soit me faire marquer des points, soit m’en faire perdre.

«Because they are the toughest», que je lui ai répondu sûre de moi, en la regardant droit dans les yeux avec mes cheveux roses, mes piercings, mes tattoos et mes ongles extravagants.

Nous avons toutes deux éclaté de rire.

Je lui ai également parlé de mon intérêt pour le JPSU (en français l’Unité Interarmées de Soutien au Personnel [UISP]): ça tombe bien puisqu’on m’a demandé d’en parler dans le cadre d’une entrevue radiophonique anglophone cette semaine.
Pour commencer la nouvelle année, je me suis dit que je pourrais partager avec vous ce que je dis en anglais que j’ai tant de difficulté à dire en français. Voici donc une traduction libre de l’entrevue:

J’aimerais d’abord rappeler que depuis la veille de Noël, les 22, ici au Québec, ont perdu 2 des leurs par suicide: c’est la raison pour laquelle il est important de parler de l’UISP.

Tous 2 ont servi en Afghanistan, avaient 42 ans et dans les 2 cas, ils étaient pères et fils. Donc, pour commencer, je suis réellement heureuse qu’on parle de l’UISP et qu’on lui porte l’attention qu’il nécessite puisque ce qui se passe actuellement est inacceptable. Et aujourd’hui, je dois vous parler au nom des familles parce qu’elles sont celles à qui je pense au moment où on se parle.

Depuis une semaine, le désespoir est réel au sein de la communauté militaire d’ici mais aussi au sein des membres de leur famille.



Tout d’abord, les gens doivent réaliser que le UISP est le « ground zero » pour les militaires blessés et leurs famille. Dans le processus de rétablissement et de transition vers la vie civile, plusieurs militaires blessés perdront leur famille. Au cours de leur prochaine relation, peut-être que cette personne rencontrera une civile, comme ce fût le cas pour mon mari et moi, incluant nos enfants (Note: Nous avions tous deux des enfants issus d’une précédente union)

Dans mes souliers, il me semble juste de dire que le résultat de l’abandon de l’UISP devient directement le fardeau d’Anciens Combattants Canada. C’est pourquoi c’est le « ground zero ».

Si l’on ne fournit pas l’aide nécessaire aux militaires et à leur famille, indéniablement, les impacts se feront ressentir directement à la maison et éventuellement, en dehors de la communauté militaire. Mais d’une façon encore plus importante, l’UISP est mandatée à aider les familles.. Au moment « où ça arrive »… Et c’est une question de vie ou de mort.

Dans l’article du 28 décembre dernier, du Globe and Mail, on y parle du rapport commandé par le Général Vance, qui identifie d’importantes lacunes au sein de l’UISP.

À la lecture de l’article, à moins d’erreur de ma part, la seule référence à la notion de « famille » concerne la mention des 13 militaires ayant reçu l’autorisation -je répète:l’autorisation- d’être réunis avec leur famille avant Noël en étant transférés à un centre de support localisé près de ces dernières. J’aimerais vous rappeler que ces militaires souffrent déjà d’une blessure grave ou prolongée. Combien sont gardés isolés d’un important système de support que représente la famille? Combien de familles ne peuvent être auprès de l’être aimé? De quelle façon tous ces gens sont-ils impactés par la distance qui les sépare à longueur d’année?

Sinon, aucune mention.

J’ai eu l’opportunité de rencontrer le LtGen Whitecross, la Chef du Personnel militaire » mais je dois dire que je suis déçue de constater que nul part dans l’article, on fait référence aux familles et ce, malgré le fait que l’UISP a une responsabilité à leur égard: par le biais de ressources accessibles, par l’éducation qu’elle doit recevoir pour aider un militaire blessé mais également afin de réduire le dommage collatéral inhérent et la dégradation d’une situation qui peut mener au suicide. Les familles militaires doivent être reconnues comme étant des alliées dans un processus mais aussi, reconnues dans leurs besoins parce que plusieurs d’entres elles font face au désespoir… En raison de l’attente, de l’inaccessibilité, de l’incohérence du système, parce que les gens ne savent pas où se tourner.

Le temps est un tueur silencieux.

Le désespoir est réel et il n’y a pas de plus grande souffrance que de voir quelqu’un que l’on aime être abandonné par un système -dans ce cas, l’UISP- tout en faisant de son mieux pour gérer ce qui n’est pas compris, sans outils.

C’est pourquoi les familles militaires doivent être également priorisées.

En français comme en anglais, je persiste… et je signe.
Et si vous avez besoin d’aide, demandez-là: c’est le plus cadeau que vous puissiez vous faire.