Fin d’une longue bataille: Ottawa renonce à son appel contre la libération de Khadr

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Emprisonné pendant des années en prévention à Guantanamo, Omar Khadr a finalement plaidé coupable notamment de meurtre, en 2010, en vertu d'une entente qui lui permettait de purger encore huit ans de prison dans un pénitencier canadien. (Bowden Institution)
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Emprisonné pendant des années en prévention à Guantanamo, Omar Khadr a finalement plaidé coupable notamment de meurtre, en 2010, en vertu d'une entente qui lui permettait de purger encore huit ans de prison dans un pénitencier canadien. (Bowden Institution)
Emprisonné pendant des années en prévention à Guantanamo, Omar Khadr a finalement plaidé coupable notamment de meurtre, en 2010, en vertu d’une entente qui lui permettait de purger encore huit ans de prison dans un pénitencier canadien. (Bowden Institution)

Le gouvernement canadien a annoncé jeudi qu’il abandonnait son appel en justice de la remise en liberté sous conditions d’Omar Khadr, relâché en mai dernier après 13 ans d’emprisonnement, dont 10 ans dans l’enfer de Guantánamo, mettant ainsi un terme à la politique du précédent gouvernement qui avait l’habitude de mener de longues batailles juridiques, dont certaines l’ont parfois opposé à ses propres soldats et vétérans.

Dans ce cas-ci, le précédent gouvernement conservateur avait contesté la décision d’une Cour de l’Alberta (ouest), qui avait ordonné l’an dernier la libération conditionnelle du jeune homme capturé en 2002 à l’âge de 15 ans en Afghanistan et qui était emprisonné depuis.

« Le gouvernement du Canada respecte la décision de la Cour du Banc de la Reine de l’Alberta, qui a jugé que M. Khadr devait être mis en liberté sous caution au Canada dans l’attente de l’appel de ses déclarations de culpabilité et de sa peine aux États-Unis », ont indiqué les ministres de la Sécurité publique et de la Justice dans un communiqué.

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale,et sa collègue de la Justice et procureure générale du Canada, Jody Wilson-Raybould, ont déclaré que « Le retrait de cet appel est une étape importante pour le gouvernement du Canada, qui s’est engagé à revoir sa stratégie en matière de litiges ».

Dès sa capture en Afghanistan, Omar Khadr avait été transféré à la prison américaine de Guantánamo, à Cuba. C’est là qu’il avait été condamné en 2010 à huit ans de prison pour avoir jeté une grenade sur les forces armées américaines en Afghanistan, tuant un sergent.




Il avait plaidé coupable du meurtre du Sergent Christopher Speer, infirmier de l’armée américaine parce que, pour lui, c’était le seul moyen de quitter l’enfer de Guantánamo pour finir de purger sa peine au Canada.

Transféré en 2012 dans une prison de haute sécurité au Canada, ses avocats s’étaient battus pendant plusieurs années pour faire reconnaître son statut de mineur au moment des faits, ce que la Cour suprême du Canada avait finalement fait une semaine après sa libération conditionnelle l’an dernier.

Quand la Cour de l’Alberta avait ordonné un première fois sa remise en liberté, Khadr n’avait pas pu pour autant quitter sa prison car la Cour d’appel de l’Alberta avait dû reporter sa libération suite à l’opposition du gouvernement conservateur qui craignait que cette libération ne cause du tort aux relations diplomatiques avec les États-Unis.

Finalement, malgré l’opposition d’Ottawa, Khadr était quand m^me redevenu un homme libre, après avoir passé quinze derrière les barreaux, dont dix à la tristement célèbre prison de Guantánamo, quand la Cour avait passé outre à l’opposition d’Ottawa et confirmé sa libération.

Mais Ottawa n’avait pas encore renoncé à l’appel, le gouvernement précédent ayant l’habitude dans toute une gamme de cas, allant de Khdr aux vétérans d’Afghanistan, de mener de longues batailles juridiques au lieu de se ranger à l’avis de la Cour dès les premières décisions.

L’épée de Damoclès qui restait donc suspendue au dessus de la tête de Khadr vient donc de disparaître et cette décision aujourd’hui dans l’affaire Khdar augureet illustre une nouvelle approche et une nouvelle stratégie d’Ottawa en matière de litiges comme l’avait promis les libéraux qui forment aujourd’hui le gouvernement.

Àgé de 29 ans, Omar Khadr vit aujourd’hui auprès de l’un de ses avocats et de sa femme, qui font office de parents adoptifs et financent ses études à l’université. Il rêve de devenir médecin.

Le père d’Omar Khadr, Ahmed Saïd Khadr, un Canadien né en Égypte, était considéré comme un membre influent d’Al-Qaïda. Il a été tué au Pakistan en 2003.

Les conservateurs déçus

Les conservateurs se sont pour leur part déclaés déçus par la décision du gouvernement libéral de retirer l’appel dans le cas Khadr.

le porte-parole de l’Opposition officielle en matière de Sécurité publique, Erin O’Toole, a déclaré par voie de communiqué:

«Nous sommes déçus par cette décision. La sécurité publique demeure une priorité importante pour le Parti conservateur, et l’expérience de la famille Khadr montre que la radicalisation au Canada peut entraîner des risques, ici au pays et à l’étranger ». a le porte-parole conservateur, ajoutant que « Nous attendons de connaître le degré de dénonciation de conduite antérieure et de remords quant à l’assassinat du sergent Christopher Speer qui, à notre avis, est requis pour démontrer que la libération conditionnelle est appropriée dans ce cas ».

« D’ici là », a conclut le porte-parole de l’Opposition officielle, « nous pensons que Omar Khadr devrait continuer à purger sa peine. »