Syrie: reprise des évacuations à Alep reportée pour des raisons de sécurité

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Un enfant avec quelques jouets récupérés dans les décombres de sa maison le 17 décembre 2016 à Al-Arkoub dans la banlieue d'Alep. (AFP/Youssef KARWASHAN)
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Un enfant avec quelques jouets récupérés dans les décombres de sa maison le 17 décembre 2016 à Al-Arkoub dans la banlieue d’Alep. (AFP/Youssef KARWASHAN)

Des dizaines de bus avaient commencé à entrer dimanche dans le réduit rebelle de la ville syrienne d’Alep pour permettre une reprise de l’évacuation de milliers de civils et d’insurgés affamés et transis, mais l’opération a ensuite été reportée pour des raisons de sécurité après un incident armé aux abord de Foua et Kafraya.
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Mise à jour au 19/12/2016 à 8h47

Plus de 3000 personnes ont pu quitter lundi le secteur rebelle assiégé d’Alep avant le vote d’une résolution de l’ONU qui permettrait de superviser ces évacuations, une lueur d’espoir pour des milliers de Syriens menacés par la faim et le froid.

Les évacuations avaient débuté jeudi après un accord entre la Russie et la Turquie mais avaient été suspendues le lendemain par le régime syrien. Leur reprise n’a pas été officiellement annoncée lundi mais les convois de bus circulaient en continu.

Environ 3000 personnes sont arrivées en matinée en territoire rebelle, à l’ouest de la deuxième ville de Syrie, dans deux convois de chacun une vingtaine de bus, selon Ahmad al-Dbis, chef d’une unité de médecins et de volontaires qui coordonnent les évacuations.

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Alors que les évacuations à Alep devait être menées simultanément à celles des villages de Foua et Kafraya, dans la province d’Idleb (nord-ouest), une vingtaine de bus qui s’apprêtaient à entrer dans ces deux localités chiites prorégime assiégées par les rebelles ont été attaqués et incendiés par des hommes armés issus, semble-t-il, de la mouvance djihadiste.

Ils ont fait descendre les chauffeurs et ont mitraillé les véhicules mettant le feu au réservoir d’au moins cinq bus.

Un des chauffeurs a trouvé la mort, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

La confusion régnait quand à l’identité des assaillants, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) invoquant des divergences entre le groupe djihadiste Fateh al-Cham (ex-branche d’Al-Qaïda en Syrie) et l’influent groupe rebelle Ahrar al-Cham sur cette évacuation.

Les évacuations qui devaient avoir lieu dimanche à Alep et dans deux villages chiites de Syrie ont donc été reportées jusqu’à nouvel ordre, ont indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) et une source rebelle. «L’opération a été reportée en raison de l’absence de garanties concernant la sécurité des évacués des deux villages de Foua et Kafraya», a annoncé le directeur de l’OSDH Rami Abdel Rahmane, précisant que la suspension était due à l’attaque par des hommes armés d’une vingtaine de bus envoyés pour les évacuations.

Malgré tout, 350 personnes ont pu quitter dans la soirée Alep et sont arrivées près de Khan al-Assal, en territoire rebelle à l’ouest de la deuxième ville de Syrie.

« Cinq bus transportant 350 personnes sont arrivés d’Alep-est », a toutefois indiqué à l’AFP Ahmad al-Dbis, chef d’une unité de médecins et de volontaires qui coordonnent l’évacuation près de Khan al-Assal. « Ils sont dans un état terrible, ils n’ont pas mangé, ils n’ont pas bu, les enfants ont attrapé froid, on les a empêché d’aller aux toilettes », a précisé M. Al-Dbis.

Une médiation de la Russie et de la Turquie a poussé le régime à autoriser le départ de ce convoi qui était arrivé au dernier point de contrôle du régime, a expliqué le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

« Cinq bus pourraient maintenant quitter les deux localités de Foua et Kafraya, mais une route sécurisée doit être trouvée pour permettre leur passage », a souligné Abdel Rahmane.

Des milliers de personnes attendent

À Alep même, le correspondant de l’AFP a vu aujourd’hui vu des milliers de personnes agglutinées pour tenter de monter dans les bus avant le report des évacuations.

Ces personnes étaient bloquées depuis vendredi dans une poche rebelle de la deuxième ville de Syrie, conquise presque entièrement par le régime du président Bachar al-Assad après une violente offensive aérienne et terrestre qui a duré un mois doublée d’un siège hermétique depuis juillet.

« Les bus ont commencé à entrer dans les quartiers de Zabdiyé, Salaheddine, al-Machad et al-Ansari dans l’est d’Alep sous la supervision du Croissant-Rouge et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) », selon l’agence de presse officielle syrienne Sana.

Une source militaire avaut confirmé à l’AFP l’entrée en vigueur d’un nouvel accord. D’après la télévision d’État syrienne, 100 bus au total devaient se charger de faire sortir les civils et les insurgés d’Alep.

Il resterait environ 40.000 civils et entre 1.500 et 5.000 combattants avec leurs familles dans le réduit rebelle, selon l’émissaire de l’ONU pour la Syrie Staffan de Mistura.

Leur évacuation, qui avait débuté jeudi, s’était interrompue en raison de divergences sur le nombre de personnes à évacuer de Foua et Kafraya, deux localités chiites tenues par le régime et assiégés par les rebelles dans la province d’Idleb, voisine de celle d’Alep, au nord-ouest du pays en guerre.

Selon nouvel accord qui avait a été conclu, l’évacuation d’Alep ainsi que celle de Foua et Kafraya devraient se faire en deux étapes.

« Dans une première étape, la moitié des gens assiégés à Alep sortiront, parallèlement à l’évacuation de 1.250 personnes de la localité de Foua », avait expliqué un responsable rebelle sous couvert de l’anonymat. Par la suite, « 1.250 autres personnes de Kafraya sortiront parallèlement à l’évacuation du reste des personnes à Alep », avait poursuivi le responsable rebelle.

Par la suite, 1.500 personnes supplémentaires devaient sortir de Foua et Kafraya parallèlement à l’évacuation du même nombre de gens de Zabadani et de Madaya, deux villes rebelles assiégées par le régime dans la province de Damas.

L’accord était intevenu au moment où la situation humanitaire devient de plus en plus catastrophique pour les civils bloqués, dont des enfants qui passent la nuit dans les ruines des immeubles selon le correspondant de l’AFP. Privés d’eau potable et de nourriture, épuisés, ils subsistent en mangeant des dattes.

Dans le dernier hôpital du secteur rebelle, certains blessés commencent à succomber, selon des médecins sur place.

Le correspondant de l’AFP a constaté dans l’établissement des conditions lamentables, avec des malades et des blessés allongés sur le sol, sans eau, sans nourriture et pratiquement sans chauffage alors que les températures avoisinent les -6 degrés celsius la nuit.

Un physiothérapeute, Mahmoud Zaazaa, a confié à l’AFP qu’il ne restait plus dans la zone « que trois médecins, un pharmacien et trois infirmiers ».

L’ONU s’alarme

Par ailleurs, le Conseil de sécurité travaillait sur un projet de résolution demandant le déploiement d’observateurs à Alep pour superviser les évacuations.

Les 15 membres du Conseil de sécurité se réuniront à 11H00 locales à New York (16H00 GMT) pour voter sur le texte présenté par la France prévoyant l’envoi d’observateurs à Alep, malgré l’opposition de la Russie, alliée du régime et qui dispose d’un droit de veto.

Le projet de résolution indique que le Conseil « s’alarme » de la crise humanitaire qui s’aggrave dans la ville et du fait que « des dizaines de milliers d’habitants d’Alep assiégés » ont besoin d’aide et d’être évacués.

La résolution demande que le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon fasse déployer rapidement à Alep le personnel humanitaire de l’ONU déjà présent en Syrie « pour une surveillance adéquate neutre et une observation directe » de « l’évacuation des parties assiégées d’Alep ».

Le secrétaire d’État américain John Kerry avait dit craindre qu’Alep ne devienne un « autre Srebrenica », du nom de cette ville de Bosnie où fut commis en 1995 le pire massacre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, lors d’une évacuation.

Jusqu’ici quelque 8.500 personnes, selon un chiffre de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) ont été évacuées d’Alep avant l’interruption des opérations.

Une fois l’exode terminé, le régime devrait proclamer la reprise totale de la ville, enregistrant ainsi sa plus importante victoire dans la guerre sanglante qui dure depuis 2011 et qui a fait plus de 310.000 morts.

C’est une offensive lancée le 15 novembre qui a permis à l’armée syrienne et à des milices alliées de reprendre plus de 90% des quartiers que les rebelles contrôlaient à Alep depuis 2012. Des centaines de personnes ont été tuées et les quartiers rebelles ravagés suscitant des comparaisons avec Berlin en 1945 ou Guernica en Espagne.

La guerre en Syrie avait démarré par la répression de manifestations pacifiques prodémocratie avant de se complexifier avec l’entrée en jeu d’acteurs régionaux, internationaux et de groupes jihadistes.

Les chefs de la diplomatie russe, turque et iranienne ont décidé samedi d’avancer d’une semaine, au mardi 20 décembre, leur réunion à Moscou pour discuter de la Syrie.

*Avec AFP