Beaucoup de bruit, mais comme ses prédécesseurs Trump compte sur Pékin pour faire plier Pyongyang

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Combo de photos du président américain Donald Trump et de son homologue chinois Xi Jinping. (AFP/Archives/Paul J. Richards/Ed Jones)
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Combo de photos du président américain Donald Trump et de son homologue chinois Xi Jinping. (AFP/Archives/Paul J. Richards/Ed Jones)

Après avoir joué les gros bras pendant quelques jours, le président américain Donald Trump est revenu à la politique de ses prédécesseurs vis-à-vis de la Corée du Nord: s’en remettre à la Chine pour faire pression sur Pyongyang et son inquiétant programme nucléaire.

« L’armada » américaine « très puissante » promise par Donald Trump près de la péninsule coréenne en réponse à la menace de Pyongyang n’a même pas encore commencé à naviguer vers cette zone, a reconnu mardi un responsable américain de la Défense.

Le porte-avions américain Carl Vinson et son escorte ont en effet pris une route inverse, en direction de l’Australie, pour participer à des exercices militaires.

De hauts responsables à Washington expriment désormais l’espoir que le puissant voisin de la Corée du Nord exercera suffisamment de pressions politiques et économiques pour que Pyongyang arrête ses essais nucléaires.

Pékin avait déjà promis de le faire et les experts préviennent qu’il n’y a pas de raison particulière pour que la Chine honore cette promesse aujourd’hui. Mais la Maison Blanche semble avoir quelques alternatives.

La semaine dernière, le secrétaire à la Défense Jim Mattis avait affirmé que le Carl Vinson était « en chemin » vers la péninsule coréenne. Mais quatre jours plus tard, le porte-avions était photographié en train de naviguer en sens inverse, dans l’Océan indien.

Mardi, il a déclaré que les États-Unis et la Chine « travaillent étroitement » sur le dossier nord-coréen en vue d’une dénucléarisation de la péninsule. Ajoutant, plein d’espoir: « Nous partageons tous le même intérêt ».

Donald Trump lui aussi s’est dit confiant, surtout après un sommet avec son homologue chinois Xi Jinping, que la confrontation pourra être résolue grâce au plein soutien de la Chine.

S’exprimant sur la chaîne Fox, Donald Trump a déclaré avoir un « grand respect » pour Xi et salué le fait que la Chine avait commencé à arrêter ses importations de charbon nord-coréen.

« Personne n’a jamais vu ça. Personne n’a jamais vu de notre côté une réponse aussi positive de la Chine », a-t-il dit.

Mais Pyongyang ne semble pas s’inquiéter d’un éventuel renforcement des sanctions internationales. Ses dirigeants ont promis de poursuivre leurs essais de missiles et leurs essais nucléaires.

L’ambassadeur adjoint de la Corée du Nord à l’ONU a promis les « plus dures représailles » à toute frappe américaine.

Les États-Unis ont plus de 28.000 soldats en Corée du Sud et d’importants actifs militaires dans la région, mais la Corée du Nord a aussi de l’artillerie à portée de Séoul.

La Corée du Sud est en pleine campagne électorale et la population dans le pays et dans la région s’inquiète du risque que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un ou Donald Trump ne mettent en pratique leurs discours guerriers.

Mais Washington préférerait que la Chine sévisse sur les exportations de charbon et de pétrole nord-coréens, pour dissuader Pyongyang de mener un sixième essai nucléaire.

« Nous avons des éléments tangibles pour dire qu’ils travaillent dans ce sens, mais c’est encore un peu tôt », a indiqué Susan Thornton, secrétaire adjointe du département d’État chargée de l’Asie Pacifique.

« Le président Trump espère beaucoup que les Chinois vont utiliser leur important levier économique sur l’économie nord-coréenne ».

Mais les experts de la région sont sceptiques. « Je ne pense toujours pas que la Chine va mettre la pression nécessaire sur la Corée du Nord », estime Anthony Ruggiero, de la Foundation for Defense of Democracies.

Il pense que Pékin ne sanctionnera pas son voisin tant qu’aucune mesure ne sera prise contre les banques chinoises collaborant avec Pyongyang.

Plusieurs entreprises et banques chinoises travaillent en outre avec des réseaux nord-coréens pour contourner les sanctions, affirme-t-il, et seule la menace d’une action en justice par les États-Unis arrêtera ce trafic.

« La seule manière pour que ça fonctionne c’est de cibler les Chinois eux-mêmes », selon lui.

Si la Chine échoue à faire pression sur son voisin, les États-Unis et leurs alliés s’occuperont seuls de la Corée du Nord, a prévenu Donald Trump.

Mais quelles que soient les futures décisions, pour Mme Thornton, les choix sont faits: « Nous avons pris la décision (…) d’exercer le maximum de pression, de pression économique, sur le régime nord-coréen pour qu’il prenne des mesures concrètes afin de revenir sur ses programmes illégaux ».

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Face aux dernières menaces de Pyongyang, avec des essais de missiles pourquoi pas hebdomadaires, Donald Trump s’est félicité du « travail » de la Chine sur le « problème nord-coréen », pendant que son vice-président rassurait l’allié japonais à Tokyo.

Si le président américain n’avait cessé pendant sa campagne d’accuser Pékin de sous-évaluer artificiellement sa monnaie, menaçant d’imposer de lourdes taxes sur les importations chinoises, il a nettement changé de ton depuis sa rencontre avec son homologue chinois Xi Jinping les 6 et 7 avril.

« Qu’est-ce que je suis censé faire ? Lancer une guerre commerciale contre la Chine pendant qu’il est en train de travailler sur un problème franchement plus gros, avec la Corée du Nord ? », a expliqué Donald Trump, dans un entretien diffusé mardi.

Et M. Trump d’assurer ne pas vouloir « lancer des déclarations fortes (…) contre quelqu’un qui est en train d’essayer d’arrêter ce qui pourrait être une très mauvaise situation » autour du régime de Kim Jong-Un.

Changement de ton donc pour le président américain qui, il y a quelques jours encore, s’était dit prêt à régler seul la question nucléaire nord-coréenne si Pékin ne parvenait pas à faire rentrer son turbulent allié dans le rang.

Quelques heures plus tôt, mardi, le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, avait également souligné qu’États-Unis et Chine « travaillent étroitement » sur le dossier du nucléaire et des missiles nord-coréens.

Cet effort américano-chinois « vise une péninsule coréenne dénucléarisée », un objectif partagé par « la Chine et les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon », a insisté le patron du Pentagone.

Les velléités nucléaires de Pyongyang ont également été au centre des discussions du vice-président américain Mike Pence à Tokyo mardi, après les récents tirs de missiles nord-coréens vers l’archipel, en mars et avril.

« L’alliance entre les États-Unis et le Japon est la pierre angulaire de la paix et de la sécurité en Asie du nord-est », a ainsi plaidé M. Pence, tandis que M. Abe appelait à une solution « pacifique » à la crise nord-coréenne, tout en précisant que « le dialogue pour le dialogue n’a aucune valeur et (qu’)il est nécessaire de faire pression ».

À Séoul, lundi, M. Pence avait lui aussi salué les efforts des Chinois, estimant « encourageant de voir la Chine s’engager dans ce sens ».

Du côté de Pyongyang, la rhétorique reste elle très offensive.

Alors que plane toujours la menace d’un sixième essai nucléaire de la part du régime communiste, le vice-ministre des Affaires étrangères nord-coréen, Han Song-Ryol, a laissé entendre mardi que Pyongyang comptait accélérer le rythme de ses tirs balistiques: « Nous allons mener plus d’essais de missiles de manière hebdomadaire, mensuelle et annuelle », a ainsi affirmé M. Han à la BBC, en agitant la menace d’une « guerre totale ».

Mais Mike Pence a aussi insisté sur la coordination internationale: « Le chemin le plus productif est le dialogue au sein de la famille des nations », a-t-il déclaré, tout en considérant que « le temps est venu pour la communauté internationale d’utiliser la pression économique et diplomatique ».

« Nous ne renoncerons pas tant que nous n’aurons pas atteint l’objectif d’une péninsule coréenne dénucléarisée », a-t-il insisté, alors que le régime nord-coréen a encore effectué un nouveau tir de missile, raté, dimanche matin.

M. Pence avait adressé dès lundi un ferme avertissement au régime de Pyongyang, après une visite très symbolique de la zone démilitarisée (DMZ) intercoréenne. À Panmunjom, le « village de la trêve », à la frontière entre les deux Corées, il avait ainsi affirmé que « toutes les options » étaient désormais « sur la table » pour régler le problème nord-coréen.

« La Corée du Nord ferait mieux de ne pas éprouver la détermination (du président Trump) ou la puissance des forces armées des États-Unis dans cette région », avait-il ajouté.

Au sujet des forces américaines dans la région, le Pentagone a par contre reconnu mardi que la fameuse « armada » promise par le président Trump près de la péninsule coréenne n’était pas encore en route.

Si un porte-parole du Commandement américain dans le Pacifique avait assuré dès le 8 avril que le porte-avions Carl Vinson et son escadre faisaient route vers cette zone, un responsable anonyme du Pentagone a reconnu mardi qu’en fait celui-ci était encore au large de l’Australie et ne serait sur place que la semaine prochaine.

Prévue de longue date, la tournée asiatique de Mike Pence avait débuté dimanche en Corée du Sud, au lendemain d’un show militaire à Pyongyang où avaient été exhibés une soixantaine de missiles et notamment ce qui semble être un nouveau type de missile balistique intercontinental.

Le Japon et les États-Unis ont également lancé des discussions économiques mardi, et celles-ci devraient se poursuivre mercredi, au deuxième jour de la visite de M. Pence dans l’archipel. Ce dialogue pourrait conduire à « débuter des négociations formelles en vue d’un accord de libre-échange », a déclaré mardi M. Pence, dont le pays a décidé de se retirer du traité de libre-échange transpacifique (TPP).[/toggle]