50 ans après les Six Jours, le fossé s’agrandit entre Israéliens et Palestiniens

0
131
Un montage créé avec une photo fournie par les services de presse du gouvernement israélien montrant à gauche des soldats israéliens à Hébron, en Cisjordanie, en juin 1967, et une femme et un enfant palestiniens au même endroit le 29 mai 2017. (AFP/Archives/MENAHEM KAHANA/MOSHE MILNER)
Temps de lecture estimé : 6 minutes
Un montage créé avec une photo fournie par les services de presse du gouvernement israélien montrant à gauche des soldats israéliens à Hébron, en Cisjordanie, en juin 1967, et une femme et un enfant palestiniens au même endroit le 29 mai 2017. (AFP/Archives/MENAHEM KAHANA/MOSHE MILNER)

Israéliens et Palestiniens marquent lundi le 50e anniversaire de la guerre des Six Jours, un conflit qui a changé la face du Proche-Orient et laissé dans son sillage cinq décennies de violences, de plans de paix avortés et d’attentes déçues.

L’espoir de voir Israéliens et Palestiniens s’entendre sur la coexistence de deux États semble s’éloigner de jour en jour et le voeu récemment exprimé par Donald Trump de les aider à conclure l’accord diplomatique « ultime » se heurte à un profond scepticisme.

Israéliens et Palestiniens jettent un regard diamétralement divergent sur une guerre qui a fortement accru la puissance israélienne mais a aussi signifié le début de cinquante années d’occupation et de colonisation des Territoires palestiniens.

L’éclatante victoire obtenue entre le 5 et le 10 juin 1967 par Israël sur les pays arabes voisins, avec ses implications stratégiques mondiales, a considérablement étendu les limites sous contrôle du petit État créé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Pour les Israéliens, la prouesse militaire parachève la quête juive d’un retour à Jérusalem, attendu depuis près de 2.000 ans.

Les Palestiniens, eux, dénoncent le vol de leurs terres et un effort progressif des Israéliens de dominer tout le territoire entre Jourdain et Méditerranée.

[toggle title= »1967, LES SIX JOURS QUI ONT CHANGÉ LA FACE DU PROCHE-ORIENT » load= »hide »]

La guerre israélo-arabe de juin 1967, dite « guerre des Six Jours », a changé radicalement la carte du Proche-Orient et marqué un tournant dans l’histoire de cette région.

Entre les 5 et 10 juin, Israël envahit le Sinaï égyptien, la Cisjordanie, la bande de Gaza, Jérusalem-Est et le plateau syrien du Golan au cours d’un conflit éclair dont les conséquences perdurent 50 ans après.

Si Israël s’est depuis retiré du Sinaï, le Golan et Jérusalem-Est ont été annexés et la Cisjordanie est toujours occupée. Israël s’est également retiré de la bande de Gaza mais maintient l’enclave palestinienne sous blocus.

Israël maître du ciel 

Plusieurs semaines de tension ont précédé le conflit. En mai, l’Égypte de Gamal Abdel Nasser a notamment exigé et obtenu le départ des Casques bleus du Sinaï, puis fermé le détroit de Tiran aux navires israéliens, entraînant le blocus du golfe d’Aqaba.

Le lundi 5 juin 1967, à l’aube, la chasse israélienne pilonne les bases aériennes égyptiennes. Les blindés israéliens se mettent en mouvement vers le front égyptien. Les pays arabes se déclarent en guerre contre Israël. Jérusalem est sous le feu des mortiers.

Dans la soirée, le gouvernement israélien annonce avoir mis hors de combat l’aviation égyptienne, clouée au sol.

Chute de Gaza 

Le 6 juin, l’armée israélienne s’empare de Gaza, alors sous administration égyptienne. Les troupes israéliennes pénètrent dans le secteur arabe de Jérusalem.

Après un long tête à tête américano-soviétique, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte à l’unanimité une résolution demandant un cessez-le-feu immédiat.

La Jordanie plie 

Le 7 juin, une grande bataille des blindés éclate au coeur du Sinaï, tandis que l’armée israélienne occupe la rive orientale du canal de Suez. La marine s’empare de Charm el-Cheikh et dégage le golfe d’Aqaba.

« Le gros de l’armée égyptienne s’enfuit en désordre et nous avons occupé la plus grande partie du Sinaï », déclare le commandant en chef de l’armée israélienne, le général Itzhak Rabin, lors d’une conférence de presse à Tel-Aviv.

Les quartiers juifs de Jérusalem sont bombardés.

Les forces israéliennes entrent dans la Vieille Ville de Jérusalem et le Premier ministre israélien Levi Eshkol se rend au mur des Lamentations.

L’armée israélienne occupe la plus grande partie de la rive occidentale du Jourdain. La Jordanie accepte le cessez-le-feu.

« Nous avons atteint les objectifs politique et de sécurité », déclare le ministre de la Défense, le général Moshé Dayan.

L’Égypte jette l’éponge 

Le 8 juin, les Israéliens atteignent le canal de Suez, la bataille du Sinaï est finie. Mais ce n’est que dans la nuit que la radio du Caire annonce l’acceptation par l’Égypte du cessez-le-feu demandé par le Conseil de sécurité et annoncé plus tôt par des médias étrangers.

La Maison Blanche fait savoir que le téléphone rouge qui relie directement la présidence des États-Unis au Kremlin a été utilisé plusieurs fois pendant la crise.

Des tirs d’artillerie ont lieu à la frontière israélo-syrienne.

Vraie fausse démission de Nasser 

Le 9 juin, coup de théâtre au Caire: le président Nasser annonce sa démission dans une allocution télévisée. Le monde arabe est consterné. Dans les rues du Caire, la foule demande à Nasser de rester. Il revient sur sa décision.

À la frontière israélo-syrienne, de violents combats se déroulent avec blindés, artillerie et infanterie. Les Israéliens pénètrent dans le Golan, s’emparant de la plupart des crêtes qui dominent le territoire israélien.

La Syrie cède

Le 10 juin, Nasser annonce qu’il reste président « conformément à la volonté populaire ».

Sur le front syro-israélien, la lutte fait rage. Tout l’arsenal militaire israélien est mobilisé pour anéantir les positions fortifiées syriennes. Après la chute de Qouneitra, la Syrie s’incline et cesse le combat.

En six jours, Israël a brisé le mythe nassérien, vaincu trois armées arabes qui menaçaient son existence et fixé lui-même ses frontières sur le canal de Suez, le Jourdain et le Golan. Le monde arabe est sous le choc.[/toggle]

‘Nous restons’

Nombre d’Israéliens, y compris des ministres du gouvernement de Benjamin Netanyahu, refusent ouvertement la création d’un État palestinien, pourtant solution de référence de la communauté internationale.

Certains soutiennent que les Palestiniens qui voudraient vivre dans un État juif pourraient le faire, mais que les autres devraient partir.

« Cela vaut la peine d’essayer, en leur accordant peut-être une compensation », dit Michael Lafair, un avocat israélien de 43 ans qui, avec ses enfants, était venu à Jérusalem récemment pour des célébrations marquant la victoire de 1967.

À quelques pas de la vieille ville de Jérusalem, prise par l’armée israélienne aux Jordaniens en 1967, le Palestinien Mohammed Castiro dit le mal qu’il pense d’une telle idée. « Nous restons, c’est notre terre et nous n’avons aucune intention d’en partir », martèle cet homme de 51 ans dans le petit café que sa famille tient depuis 1965.

Des querelles sur les lieux saints de Jérusalem au mur de séparation israélien bordant la Cisjordanie occupée, en passant par le blocus de la bande de Gaza, les manifestations du conflit sont permanentes.

Gaza a connu trois guerres depuis 2008. Deux soulèvements populaires palestiniens (Intifadas) ont creusé le fossé avec les Israéliens. Après l’espoir suscité par les accords d’Oslo et la poignée de mains historique avec Yasser Arafat, le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin a été assassiné par un extrémiste juif.

‘Point de non-retour’

Parallèlement, Israël s’est imposé comme la première puissance militaire de la région et s’autoproclame la « nation startup » en raison de son dynamisme dans le domaine de la haute technologie.

À mesure que la colonisation se poursuit, rognant toujours davantage le territoire palestinien, et que les Palestiniens restent enferrés dans les divisions entre Autorité palestinienne et Hamas islamiste, la question se pose de plus en plus de déclarer morte la solution à deux États.

« Nous ne savons pas si elle est morte mais chaque année qui passe, elle devient de plus en plus difficile à réaliser », dit Dan Shapiro, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël. « Il y a peut-être un point de non-retour, et le propre de ces points, c’est que, parfois, vous vous rendez compte seulement bien après que vous les avez passés ».

La guerre de 1967 fut un triomphe d’Israël sur l’Égypte, la Jordanie et la Syrie. Israël a capturé Jérusalem-Est et les hauteurs du Golan, qu’il a annexées, la Cisjordanie, que son armée occupe encore, la bande de Gaza, dont il s’est retirée en 2005 mais qu’il soumet au blocus, et la péninsule du Sinaï, qu’il a depuis rétrocédée à l’Egypte.

‘Douloureux chapitre’

Israël a depuis signé des accords de paix avec l’Égypte et la Jordanie.

Mais les relations des Israéliens avec les Palestiniens de Jérusalem-Est, de Cisjordanie et de Gaza demeurent frappées du sceau du conflit.

Le gouvernement de M. Netanyahu est considéré comme le plus à droite dans l’histoire d’Israël. L’influence du camp de la paix a sévèrement diminué. Du côté palestinien, le président Abbas, 82 ans, est impopulaire. Les frères ennemis du Hamas tentent d’adoucir leur image mais ils restent fermes dans leur refus de reconnaître Israël. Les dernières négociations israélo-palestiniennes ont avorté en 2014.

Un récent sondage israélien indiquait que 78% des Israéliens ne voyaient aucune chance d’accord de paix dans un avenir prévisible. Une autre enquête côté palestinien montrait que, pour 60% des personnes interrogées, la solution à deux États n’était plus viable.

Aliza Lavie, députée israélienne centriste, dit toujours soutenir deux États, mais son pays doit être réaliste. « Nous devrions revenir à la table des négociations et trouver une solution », dit-elle, « mais nous devons le faire avec à l’esprit la nécessité de nous protéger ».

Hanane Achraoui, membre de l’Organisation de libération de la Palestine, était étudiante à Beyrouth en 1967 et n’est rentrée dans sa Cisjordanie natale que six ans plus tard. Elle parle de 1967 comme du « chapitre le plus douloureux » de sa vie.

« Ce n’est pas quelque chose d’abstrait ou qui daterait d’il y a 3.000 ans », dit-elle, « non seulement on a créé un État sur votre propre terre, mais à présent, vous le voyez s’étendre et en plus il vous maintient en captivité et vous prive de vos droits les plus élémentaires ».