Les missiles de Corée du Nord : Ce ne sont pas des «tests», mais bien une force opérationnelle

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Lancement d'un missile balistique intercontinental russe RS-18 du cosmodrome de Baikonur au Kazakhstan (Archives/Army Recognition)
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Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un alors qu’il supervisait le lancement d’un missile balistique en mai 2017 selon l’agence officielle nord-coréenne KCNA. (KCNA)

Ce lundi, le régime de Pyongyang a procédé au tir d’un troisième missile balistique en trois semaines, le douzième depuis le début de l’année. Alors que plusieurs parlent d’un « test » à chaque fois, il est plus que temps d’accepter publiquement la réalité pour ce qu’elle est : la Corée du Nord possède un programme opérationnel de missiles balistiques.

D’un point de vue technique, le dernier missile était l’équivalent d’un SCUD soviétique, suivant deux tirs (réussis) d’un nouveau missile de portée intermédiaire, le Pukguksong-2, version terrestre d’un nouveau missile balistique sous-marin, le Polaris-1. Si le SCUD est un missile à combustible liquide (ce qui implique un déploiement assez lent avant le tir), les deux autres sont à combustibles solides (permettant un déploiement très rapide et mobile). Dans tous les cas, on parle de missile ayant une portée entre 800 et 1400 km.

Ce mélange de caractéristiques est commun à plusieurs autres modèles de missiles nord-coréens de portée courte et intermédiaire. À ceux-là, il faut rajouter le développement de missiles longues portées, avec des portées théoriques de 4000 à 10 000 km. Tous ces missiles peuvent contenir des charges conventionnelles et on sait que le régime nord-coréen travaille activement pour développer des têtes nucléaires (il est incertain, quoiqu’improbable, que ce soit déjà le cas), de la même façon que les missiles à longue portée sont encore au stade expérimental.

À cet éventail de capacités de missiles, il faut noter un autre fait intéressant : la diversité des points de lancement. Kim Il-sung et Kim Jong-il n’avaient, chacun, qu’un seul site d’où les missiles étaient lancés. Sous Kim Jong-un, ce sont plus de 16 sites qui ont été répertoriés. Et ces sites offrent une grande diversité de conditions de lancement. Dans certains, on parle de plateforme de lancement fixe, permettant de tester des nouveaux missiles. Dans d’autres cas, ce sont des terrains vagues, montagneux, permettant tout juste l’accès d’une colonne de camions militaires de lancement de missiles. Dans certains cas, les lancements sont clairement des tests. Un seul missile, dans un site de lancement déjà connu, avec des équipes techniques importantes. Mais dans plusieurs cas, on assiste à plusieurs missiles tirés en même temps, depuis des plateformes mobiles, à diverses heures du jour et de la nuit, avec essentiellement du personnel militaire.

Comme la Corée du Nord nous a essentiellement habitué à des tests de missiles au fil des décennies, le réflexe habituel est de qualifier chaque nouveau tir de test. Si certains d’entre eux le sont effectivement, ce réflexe se retrouve à dénier la réalité du régime de Kim Jong-un : celui-ci, en seulement cinq ans, a plus que triplé le total combiné des tirs de missiles de ses deux prédécesseurs. Le nombre de nouveaux missiles présentées lors de parade et qui sont ensuite lancés va en augmentant et Kim Jong-un a poussé pour une forte diversification des capacités balistiques de son régime.

Face à ce volume de tirs, face à la diversité des exercices de tirs, et même si plusieurs missiles sont toujours expérimentaux, une seule conclusion s’impose : la Corée du Nord possède aujourd’hui une force opérationnelle de missiles. C’est une réalité qui se doit d’être acceptée, puisqu’elle vient changer la donne politique de toute négociation avec Pyongyang. En effet, s’il est relativement facile d’arrêter un programme expérimental, la fin d’une capacité opérationnelle est toujours beaucoup plus compliquée.

Accepter que la Corée du Nord soit un État (quasi) nucléaire avec une force de missiles ne revient pas à baisser les bras, ni être fataliste. C’est simplement reconnaître la réalité pour ce qu’elle est et ainsi mieux y répondre. Et cela est d’autant plus important que cette réalité masque tout un ensemble de jeux politiques dans la région. Une guerre sur la péninsule est hautement improbable, mais ça ne veut pas dire pour autant que la situation n’est pas instable, ce qui est très nuisible à plusieurs pays dans la région, dont des partenaires pour le Canada et les États-Unis.