Crise du Golfe: le Qatar et les États-Unis signent un accord pour lutter contre le financement du «terrorisme»

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Une photo fournie par l'agence officielle koweïtienne KUNA montre l'émir du Koweit, cheikh Sabah al-Ahmad Al-Sabah (D), serrant la main au secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson (G) à Koweït le 10 juillet 2017. (KUNA/AFP/Handout)
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Une photo fournie par l’agence officielle koweïtienne KUNA montre l’émir du Koweit, cheikh Sabah al-Ahmad Al-Sabah (D), serrant la main au secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson (G) à Koweït le 10 juillet 2017. (KUNA/AFP/Handout)

Alors que le secrétaire d’État américain Rex Tillerson poursuivait mardi à Doha sa médiation dans la crise du Golfe, après avoir constaté la complexité du différend opposant le Qatar à ses adversaires arabes à propos du soutien aux groupes extrémistes et des liens avec l’Iran., le Qatar et les États-Unis ont annoncé mardi un accord bilatéral pour lutter contre le financement du « terrorisme ».
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Mise à jour 11/07/2017

Les quatre pays arabes qui ont imposé des sanctions au Qatar ont jugé mardi « insuffisant » l’accord de lutte antiterroriste que viennent de signer Doha et Washington, selon un communiqué commun de l’Arabie saoudite, du Bahrein, de l’Egypte et des Emirats arabes unis.

« Ce pas est insuffisant », écrivent ces pays dans le texte cité par l’agence de presse saoudienne SPA. Ils ajoutent qu’ils « surveilleront de près le sérieux des autorités qataries dans leur combat contre toutes formes de financement et de soutien du terrorisme ».

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« J’espère que nous pourrons faire des progrès » en vue d’une sortie de crise, a déclaré M. Tillerson après un entretien avec l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani.

« Je pense que le Qatar a été très clair dans ses positions et je crois que c’est très raisonnable », a-t-il ajouté à Doha, où il est arrivé en provenance de Koweït, première étape de sa tournée.

Il doit encore se rendre en Arabie saoudite.

Cependant dans son entourage, on ne cache pas l’ampleur de la crise, la plus sérieuse à éclater au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG- Arabie saoudite, Qatar, Oman, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït) depuis sa naissance en 1981.

Chef de file des riches monarchies arabes du Golfe, l’Arabie saoudite, ainsi que Bahreïn, les Émirats et l’allié égyptien ont rompu avec le Qatar le 5 juin et lui ont imposé des sanctions économiques.

Pour normaliser avec le Qatar qui dément tout soutien au « terrorisme », les quatre pays ont exigé le 22 juin la satisfaction de 13 demandes, dont la fermeture de la télévision Al-Jazeera et d’une base turque, ainsi qu’une révision des liens avec l’Iran chiite, principal rival dans la région du royaume saoudien sunnite.

Doha a rejeté en bloc ces demandes, estimant qu’elles violaient sa souveraineté.

« Nous sommes dans une impasse », a déclaré à Koweït RC Hammond, conseiller de M. Tillerson, estimant qu’une sortie de la crise pourrait prendre des mois.

« On a eu un round d’échanges et de dialogue (à Koweït) mais on n’a pas avancé », a-t-il constaté, estimant que l’enveloppe des treize demandes faites au Qatar n’étaient pas viables.

Mais prises une à une, certaines de ces conditions peuvent être remplies, a-t-il ajouté, affirmant que des concessions doivent être faites par les deux parties et qu’en matière de soutien au terrorisme « il n’y a pas de mains propres », allusion au possible financement des adversaires du Qatar de groupes extrémistes.

– ‘Top secret’-

À l’issue des premiers entretiens lundi, le Koweït, les États-Unis et la Grande-Bretagne, associée à la médiation, ont publié un communiqué faisant état de « leur profonde inquiétude ».

Ils ont exhorté les protagonistes « à juguler rapidement la crise actuelle et à la résoudre au plus vite à travers le dialogue ».

Pour la délégation de M. Tillerson, l’objectif primordial est de faire tarir les sources de financement des groupes extrémistes pour consolider les gains obtenus contre le groupe djihadiste État islamique (EI) en Irak et en Syrie et empêcher les attaques « terroristes » en Europe et ailleurs.

La base d’Al-Udeid mise à la disposition des États-Unis par le Qatar est une pièce maîtresse de la guerre menée par Washington contre l’EI.

A la veille de l’arrivée de M. Tillerson à Doha, le ton est encore monté entre le Qatar et ses adversaires autour d’une série de documents estampillés « top secret » publiés par la chaîne CNN et relayés par les médias du Golfe.

Ces documents concernent des accords de 2013 et de 2014 sur les engagements pris par les dirigeants du CCG en matière de lutte antiterroriste et la prévention des actes de déstabilisation dans la région.

– ‘Violation flagrante’ –

Les signataires s’y engagent à cesser de soutenir les Frères musulmans, à ne pas s’ingérer dans les affaires de leurs voisins, à ne pas soutenir des parties au Yémen susceptibles de nuire aux pays du Golfe, à policer leurs médias et à ne plus naturaliser les opposants de ses voisins.

Mais l’un de ces documents souligne qu’on ne peut pas prendre de mesures de rétorsion contre l’un des signataires sans discussions préalables avec lui.

C’est ce qui a fait dire à cheikh Saïf ben Ahmed Al-Thani, chef du bureau d’information du gouvernement qatari, que les mesures prises contre son pays étaient « une violation flagrante des accords de Ryad », où avaient été signés ces documents.

Les 13 demandes, notamment la fermeture d’Al Jazeera, « n’ont rien à avoir avec les accords de Ryad », a-t-il souligné sur CNN.

Au contraire, les adversaires du Qatar ont souligné, dans un communiqué publié tard lundi, que ces documents prouvaient que Doha avait « failli aux engagements » de 2013 et de 2014.

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Le Qatar et les États-Unis ont annoncé mardi un accord bilatéral pour lutter contre le financement du « terrorisme », au moment où Doha est mis à l’index par ses voisins pour son soutien présumé aux groupes extrémistes.

L’annonce a été faite par le ministre des Affaires étrangères du Qatar, cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani, et le secrétaire d’État américain Rex Tillerson qui effectue une visite à Doha dans le cadre d’une médiation dans la crise qui oppose le Qatar à l’Arabie saoudite et ses alliés.

« Aujourd’hui, le Qatar est le premier pays à signer avec les États-Unis un programme pour la lutte contre le financement du terrorisme », a déclaré cheikh Mohammed.

« Nous invitons les pays qui nous imposent un blocus à s’y joindre » a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse avec M. Tillerson, qui devrait se rendre mercredi en Arabie saoudite dans le cadre de sa tournée dans la région.

L’accord précise « les efforts futurs que le Qatar peut faire pour renforcer sa lutte contre le terrorisme et s’attaquer activement aux problèmes du financement du terrorisme », a expliqué un conseiller du secrétaire d’Etat, RC Hammond. « C’est un pas en avant », a-t-il ajouté dans un communiqué.

M. Tillerson a précisé que l’accord reposait sur la décision d' »éradique le terrorisme de la terre », prise par le sommet ayant réuni fin mai à Ryad une cinquantaine de dirigeants musulmans autour du président Donald Trump.

Cet engagement « va commencer immédiatement sur plusieurs fronts », a-t-il ajouté.

Le secrétaire d’Etat, qui a entamé sa tournée au Koweït, médiateur dans la crise du Golfe, doit rencontrer mercredi à Jeddah ses homologues d’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, de Bahreïn et d’Egypte.

« Cette réunion reflète la volonté des quatre pays de renforcer la coordination et de montrer leur unité quant aux relations futures avec le Qatar », a indiqué le ministère égyptien des Affaires étrangères en annonçant la rencontre de Jeddah.

Les quatre pays arabes ont rompu en juin leurs relations diplomatiques avec Doha, accusant l’émirat de soutenir des groupes islamistes radicaux et de ne pas prendre assez de distance avec l’Iran, rival de l’Arabie saoudite.[/toggle]