Hommages royaux pour le centenaire de la sanglante bataille de Passchendaele (1917)

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Sur les pentes surplombant les paisibles champs qui, aujourd'hui, forment la vallée de la Ravebeek, un mémorial canadien de champ de bataille se dresse à l'endroit même de la «ferme de la crête» où les soldats canadiens se heurtèrent à l'une des plus violentes résistances qu'ils connaîtraient pendant la guerre. (ACC)
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Sur les pentes surplombant les paisibles champs qui, aujourd’hui, forment la vallée de la Ravebeek, un mémorial canadien de champ de bataille se dresse à l’endroit même de la «ferme de la crête» où les soldats canadiens se heurtèrent à l’une des plus violentes résistances qu’ils connaîtraient pendant la guerre. (ACC)

Les souverains belges et la famille royale britannique commémorent dimanche et lundi le centenaire de la bataille de Passchendaele, un des pires et plus absurdes carnages de la Grande Guerre, en Flandre-Occidentale (nord-ouest de la Belgique).

Les cérémonies ont débuté dimanche soir à Ypres, près du village de Passchendaele (ou Passendale), avec le traditionnel rituel du Last Post (« Le dernier appel »), la sonnerie aux morts en mémoire des soldats britanniques.

La cérémonie du Last Post se déroule tous les jours à 20H00 depuis 1928 Porte de Menin, par laquelle passèrent des centaines de milliers de soldats de l’Empire britannique se rendant au front.

Le roi des Belges, Philippe, et la reine Mathilde ont assisté à cet hommage dans la ville flamande en compagnie du prince William et de son épouse Kate.

« Membres de nos familles, de nos régiments et de nos nations, ils ont tous sacrifié quelque chose pour que nous puissions vivre aujourd’hui », a déclaré le prince William, devant quelque 200 descendants de combattants rassemblés à Ypres.

Aujourd’hui, Porte de Menin, un imposant bâtiment en forme de double arche construit après la guerre honore la mémoire des soldats du Commonwealth tombés à Ypres et qui n’ont « pas de tombe connue ». Quelque 55.000 noms – d’innombrables Smith, Campbell, Singh – sont gravés sur les hauts murs blancs du monument.

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Après la victoire à Vimy, les Canadiens continuèrent leurs opérations dans la région d’Arras pour détourner l’attention des Allemands du front français et de l’offensive projetée dans les Flandres. Au cours d’une bataille qui dura du 15 au 25 août, ils s’emparèrent de la côte 70, hauteur stratégique dominant l’approche nord de Lens, et protégèrent la partie ouest de la ville. Le Corps canadien perdit à cette occasion neuf mille cent quatre-vingt-dix-huit hommes. Cependant, il gagna énormément de terrain et contrecarra les plans de l’ennemi, qui prévoyait envoyer de nouvelles troupes dans les Flandres.

Plus au sud, l’offensive française déclenchée en Lorraine par le général Nivelle fut un véritable désastre. Perdant quelque deux cent mille hommes, l’armée française connut toute une série de mutineries qui la paralysèrent pendant des mois.

En juillet, sir Douglas Haig, commandant des forces britanniques, déclencha dans les Flandres son offensive, qui devait aussi tourner au désastre; son plan était d’effectuer une percée et de s’emparer des bases sous-marines aménagées par l’ennemi sur la côte belge. L’offensive avait eu un heureux prélude à Messines en juin, mais cette réussite locale fut suivie d’un retard de plusieurs semaines.

La seconde et véritable étape de l’offensive débuta par un bombardement d’artillerie d’une rare violence, qui non seulement alerta l’ennemi, mais aussi troua et pulvérisa le champ de bataille. Des pluies diluviennes tombées la nuit même transformèrent vite le terrain en un bourbier impraticable. Montant péniblement à l’assaut, les troupes britanniques se virent infliger des pertes effroyables par les mitrailleuses allemandes installées dans des casemates de béton.

Pendant les quatre mois suivants, les gains sur le front d’Ypres furent négligeables. Au début d’octobre, bien qu’aucun des principaux objectifs ne fût tombé et que les forces britanniques fussent au bord de l’épuisement, Haig décida de tenter une nouvelle attaque. Le Corps canadien reçut l’ordre de prendre la relève des forces décimées d’Anzac dans le secteur d’Ypres et de se préparer à prendre d’assaut Passchendaele.

Après avoir inspecté le terrain transformé en bourbier, le général Currie protesta auprès de Haig, estimant que c’était envoyer les hommes à la boucherie. Ses objections ne changèrent rien et l’attaque fut préparée avec le plus grand soin.

Au cours d’une série d’assauts déclenchée le 26 octobre, vingt mille soldats pris sous un feu nourri avancèrent pouce par pouce, cratère par cratère. Puis, le 30 octobre, les Canadiens attaquèrent Passchendaele même, avec deux divisions britanniques. Ils atteignirent les abords dévastés du village par un violent orage et, cinq jours durant, tinrent ferme, souvent dans la boue jusqu’à la taille, sous une pluie d’obus. Le 6 novembre, lorsqu’arrivèrent des renforts, quatre assaillants sur cinq y avaient laissé la vie.

En prévoyant seize mille pertes, Currie avait hélas vu juste. Les Canadiens avaient trouvé leur Golgotha à Passchendaele. Pas moins de neuf Croix de Victoria attestent la détermination héroïque et l’habileté avec lesquelles les soldats canadiens participèrent aux âpres combats de Passchendaele.[/toggle]

Lundi, le couple royal belge et le duc et la duchesse de Cambridge participeront, aux côtés du prince Charles et de la Première ministre britannique Theresa May, à l’anniversaire de la bataille de Passchendaele au cimetière militaire britannique de Tyne Cot, le plus grand du Commonwealth (11.961 tombes).

« Le nom de Passchendaele trouve un écho même auprès de ceux qui n’ont qu’une connaissance parcellaire de la Première Guerre mondiale. C’est dans ces champs que des centaines de milliers d’hommes de toutes les nations ont combattu et sont morts dans des conditions effroyables », a souligné Mme May, selon un communiqué du 10, Downing Street publié avant sa visite.

Cet anniversaire « est un rappel opportun des horreurs de la Première Guerre mondiale et de la nécessité pour les amis et alliés de continuer à œuvrer ensemble dans la recherche de la paix », a ajouté Theresa May.

La commémoration, organisée par le gouvernement de Londres et les autorités locales belges, prend une valeur symbolique au moment où le Royaume-Uni a décidé de rompre avec l’Union européenne.

Appelée aussi « Troisième Bataille d’Ypres », la bataille de Passchendaele a opposé les forces alliées, principalement britanniques, canadiennes et australiennes, à l’armée allemande du 31 juillet au 6 novembre 1917. Sur un champ de bataille transformé en immense bourbier par la pluie et les obus.

Objectif: chasser les Allemands des ports belges de la Manche, devenus des bases pour les U-Boots qui menaçaient les côtes anglaises.

Le bilan de l’offensive britannique sera l’un des plus sanglants de la guerre d’usure sur le front occidental, avec plus de 250.000 tués côté britannique, dont 40.000 disparus, au moins autant côté allemand.

Pour un résultat indécis: la ligne de front (le « Saillant d’Ypres ») est enfoncée de seulement 8 km après 100 jours! Même si l’attaque eut pour effet d’affaiblir les défenses allemandes et soulager la pression sur les poilus français.

Par l’épouvantable gâchis humain et ses gains dérisoires, Passchendaele fait partie des batailles de 14-18 qui symbolisent la « grande boucherie » et l’absurdité de la « Der des Ders ».

 

*Avec AFP