La Corée du Nord frappée par un huitième train de sanctions dénonce les sanctions «scélérates» de l’ONU

0
203
L'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, le 11 septembre 2017 lors du vote du Conseil de sécurité. (AFP/KENA BETANCUR)
Temps de lecture estimé : 10 minutes
L’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, le 11 septembre 2017 lors du vote du Conseil de sécurité. (AFP/KENA BETANCUR)

Remis à jour 12/09/2017 à 12h06

Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté lundi à l’unanimité et à l’initiative des États-Unis une nouvelle batterie de sanctions contre la Corée du Nord, interdisant ses exportations de textile et réduisant ses approvisionnements en pétrole et en gaz.

Cette huitième série de mesures, soutenue par la Chine et la Russie, les plus proches soutiens de la Corée du Nord, vise à punir ce pays pour son essai nucléaire du 3 septembre. Par ses sanctions, chaque fois plus sévères, l’ONU veut pousser Pyongyang à négocier ses programmes d’armement nucléaire et conventionnel, jugés menaçants pour la stabilité mondiale.

[toggle title= »UNE NÉGOCIATION AMÉRICAINE QUI A ÉTÉ MENÉE AU PAS DE CHARGE » load= »hide »]

En juillet, Washington avait pris un mois pour négocier avec Pékin et Moscou un septième train de sanctions contre Pyongyang. En septembre, les discussions, menées à la hussarde et ponctuées lundi par une nouvelle résolution, ont duré moins d’une semaine. Récit en quatre actes.

Premier acte: « Trop c’est trop »

Lundi 4 septembre, Nikki Haley, ambassadrice américaine à l’ONU, convoque une réunion du Conseil de sécurité après un 6e essai nucléaire nord-coréen. Elle attend la toute fin de session pour reprendre la parole à la surprise générale et annoncer la mise au vote d’une nouvelle résolution de sanctions une semaine plus tard.

« Trop c’est trop » et « l’heure est venue de cesser les demi-mesures », lance celle qui est devenue la voix de la diplomatie américaine, en parlant « d’urgence ».

Deuxième acte: La barre au plus haut

Mercredi 6 septembre, les États-Unis diffusent à leurs 14 partenaires du Conseil un projet de résolution étourdissant de mesures fortes: inspection par la force de navires suspects, embargo pétrolier et gazier, interdiction d’importer du textile nord-coréen, renvoi des expatriés nord-coréens, gel des avoirs de Kim Jong-Un.

Diffuser d’emblée un texte à l’ensemble du Conseil est stratégique. Les États-Unis placent la barre très haut mais savent pertinemment que la Russie et la Chine, soutiens de Pyongyang, ne l’accepteront pas en l’état. Plutôt que de commencer des discussions à deux ou trois qui s’éterniseraient (comme en juillet), Washington met Pékin et Moscou dans l’obligation de répondre et de négocier.

Ce premier texte « contient absolument tout. Mais c’est plus un menu qu’un truc à prendre ou à laisser », note un diplomate. Des discussions bilatérales, trilatérales ou entre les cinq membres permanents dotés d’un droit de veto (États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Chine) s’engagent. Lors d’une réunion à 15 vendredi après-midi, Moscou et Pékin confirment leur refus global des mesures, n’acceptant que de bannir le textile. Et réclament de souligner dans le texte la nécessité d’une solution politique.

Troisième acte: Washington « accélère le tempo »

Vendredi 8 septembre soir. Les Américains brusquent tout le monde. Ils demandent formellement dans un communiqué une mise au vote « d’un » texte lundi. Et diffusent à un cercle restreint incluant Pékin et Moscou une nouvelle version de leur projet. Ce communiqué « est un instrument de pression » qui permet à Washington « de reprendre la main », explique sous anonymat un spécialiste du dossier.

« Leur message revient à dire: +nous n’avons plus beaucoup de marge possible de négociations désormais+ ». Ce faisant, ils prennent le risque de braquer la Chine et la Russie. Mais ces deux pays sont aussi sous pression pour aboutir et éviter un étalage de divisions.

Samedi et dimanche, les négociations entre Washington, Pékin et Moscou redoublent de manière constructive. Le texte américain est édulcoré. Le textile est maintenu, l’embargo sur le pétrole devient limité et les inspections en mer ne pourront se faire qu’avec l’aval des pays liés aux pavillons des navires. Le gel des avoirs du dirigeant nord-coréen est abandonné pour montrer qu’il n’y a pas de volonté de changer de régime et les expatriés nord-coréens ne seront plus renvoyés qu’à l’expiration de leurs contrats.

Une sortie de crise pacifique est enfin mise en avant pour répondre aux demandes chinoise et russe. Pour plusieurs diplomates, l’ensemble « robuste » et « équilibré » est plus fort que les dernières sanctions et « le pied est mis dans la porte » dans les domaines du pétrole et gaz.

Quatrième et dernier acte: Passage en force

Dimanche 10 septembre soir. Les États-Unis diffusent aux 15 membres du Conseil une version définitive de leur texte, le déclarant prêt pour un vote lundi. Ils passent en force alors que la Chine n’a pas encore donné son feu vert sur la dernière mouture du texte, selon une source proche du dossier.

Lundi matin, Pékin dit approuver « de nouvelles réactions et mesures nécessaires » à l’ONU. La Corée du Nord avertit les Etats-Unis qu’elle leur infligera « la plus grande des souffrances et des douleurs ».

Dans l’après-midi, les sanctions sont adoptées à l’unanimité. Nikki Haley a réussi son pari d’une nouvelle résolution en une semaine.[/toggle]

Pour les États-Unis, le Royaume-Uni, la France ou l’Italie, la résolution adoptée lundi est « très solide », « équilibrée » et permet à l’ONU d’affirmer « unité » et « détermination ».

« Nous ne cherchons pas la guerre », a assuré l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, qui avait la semaine dernière assuré que Pyongyang « ne demandait que ça ». Lundi, elle a admis que la Corée du Nord n’avait « pas franchi un point de non-retour ».

Le premier projet de texte américain, rendu public mercredi, était « maximal » sur « absolument tout », selon les termes d’un diplomate. Il prévoyait un embargo total sur le pétrole, les produits pétroliers et le gaz, le renvoi en Corée du Nord de ses expatriés (environ 93.000 selon Washington), le gel des avoirs de Kim Jong-Un, l’interdiction d’importer du textile nord-coréen et des inspections par la force de navires en haute mer suspectés de violer les résolutions de l’ONU.

Pour s’assurer du soutien de la Russie et de la Chine lors du vote, Washington a dû cependant revoir à la baisse ses prétentions et renforcer les paragraphes liés à la recherche d’une solution « pacifique » à la crise.

Après plusieurs jours de négociations intensives, l’embargo sur le gaz naturel a été gardé mais pour le pétrole, les ventes seront limitées à 500.000 barils pendant trois mois à partir du 1er octobre pour passer à 2 millions de barils à partir du 1er janvier pour une période de 12 mois.

Cela représente une réduction de 10% des produits pétroliers, selon le département américain de l’Energie, qui estime à 2,2 millions de barils les importations nord-coréennes. Pyongyang importe essentiellement de l’essence et du diesel de Chine, selon les États-Unis.

« C’est un pied dans la porte », a fait valoir un diplomate sous couvert d’anonymat, pour qui, même avec des concessions, le texte adopté reste très fort.

Lors des discussions, le gel des avoirs du dirigeant nord-coréen, dont Moscou ne voulait pas, a été retiré du texte. Les Etats-Unis ayant assuré ne pas vouloir de changement de régime, il est difficile de viser directement Kim Jong-Un, a plaidé Moscou, selon une source diplomatique.

L’interdiction concernant le textile n’a pas posé de problème.

Les mesures concernant les expatriés nord-coréens et les inspections de navires suspects sont moins strictes que dans le texte initial, surtout à la demande de Moscou, selon des diplomates. La Russie ferait travailler quelque 35.000 expatriés nord-coréens.

Lors de la dernière résolution de sanctions, adoptée le 5 août, le nombre de travailleurs expatriés nord-coréens avait été plafonné.

Le nouveau texte interdit maintenant la délivrance de nouveaux permis de travail aux quelques 93.000 Nord-Coréens qui travaillent à l’étranger et constituent une importante source de revenus pour le régime.

La nouvelle résolution ajoute Pak Yong Sik, un des responsables du programme de missiles, sur une liste noire en même temps que trois agences nord-coréennes, dont celle responsable de la propagande du régime.

[toggle title= »QUEL SERA L’IMPACT DES NOUVELLES SANCTIONS » load= »hide »]

Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté lundi à l’unanimité un huitième train de sanctions contre la Corée du Nord interdisant ses exportations de textile et en réduisant ses approvisionnements en pétrole.

Mais les États-Unis, à l’origine du texte, ont dû atténuer la portée de leur proposition initiale de résolution pour obtenir le feu vert de Pékin et Moscou.

Ces sanctions pousseront-elles la Corée du Nord à renoncer à ses programmes nucléaire et balistique interdits? Voici quelques éléments de réponse.

Quel impact auront les sanctions pétrolières?

La Corée du Nord a très peu de ressources pétrolières et dépend essentiellement de ses importations.

Washington avait initialement demandé un embargo pétrolier, ce auquel s’est fermement opposée la Chine, principal soutien de Pyongyang.

La résolution prévoit de limiter les livraisons de brut à destination de la Corée du Nord à ce qu’elles ont été ces 12 derniers mois.

Pékin ne publie aucun chiffre sur ses exportations vers la Corée du Nord, qui sont estimées à quatre millions de barils par an.

La résolution limite également à deux millions de barils par jour les livraisons de produits raffinés.

Les estimations varient grandement, mais selon des chiffres du Centre international du commerce (ITC), un organisme dépendant de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de l’ONU, la Chine a fourni un équivalent de 2,3 millions de barils de produits raffinés au Nord l’année dernière. Ce qui signifie que la résolution imposerait une réduction de 15%.

Cheong Seong-Chang, de l’Institut Sejong de Séoul, place la barre plus haut en avançant que la Corée du Nord en importe 4,5 millions de barils. Ce qui impliquerait une réduction de 56%.

« Cela constituera un feu rouge pour la croissance nord-coréenne », a-t-il dit. « Mais cela n’aura pas d’impact sur l’armée parce que les livraisons de brut demeureront les mêmes. »

Le texte contient également un certain nombre d’exemptions possibles qui pourraient être autant de failles permettant de contourner la résolution.

Pour Kim Hyun-Wook, professeur à l’Académie diplomatique nationale de Corée, tout dépendra de la mise en oeuvre de la résolution.

Or, observe-t-il « il n’y a aucun moyen de vérifier la quantité de pétrole qui coule dans l’oléoduc » entre la Chine et la Corée du Nord.

Pour autant, estime Koo Kab-Woo, de l’Université des études nord-coréennes de Séoul, la résolution est symbolique car elle est « la première tentative des États-Unis de toucher le poumon économique de la Corée du Nord ».

La résolution prévoit un embargo sur les livraisons de gaz naturel à la Corée du Nord.

Quel impact auront les sanctions sur le textile?

Les experts pensent que l’interdiction des exportations nord-coréennes de textile privera Pyongyang d’une importante source de devises étrangères.

La Chine fournit la matière première qui est transformée en vêtements dans des usines nord-coréennes à la main d’oeuvre bon marché.

« Le textile est une des principales exportations de Corée du Nord », observe Rajiv Biswas, économiste chez IHS Markit, qui avance des recettes de l’ordre de 750 millions de dollars (626 millions d’euros).

La plupart de ces exportations part vers la Chine et la Russie, ce qui fait que, là encore, « tout dépendra de la volonté » de ces deux pays, selon M. Koo.

Quid des travailleurs expatriés?

La résolution interdit aux pays étrangers de délivrer de nouveaux permis de travail aux 93.000 Nord-Coréens à l’étranger.

Le travail – essentiellement sur des chantiers de construction au Moyen-Orient, ainsi qu’en Russie et en Chine – est également une importante source de revenus pour Pyongyang.

Les experts sont sceptiques quant à l’effet immédiat de cette mesure. Mais ils pensent qu’elle augmentera la pression sur Pyongyang à long terme.

Les inspections de navires vont-elles augmenter?

Les pays étrangers seront autorisés à inspecter les navires soupçonnés de transporter des cargaisons nord-coréennes interdites. Mais ils devront au préalable recueillir le feu vert des pays liés aux pavillons des navires.

Washington voulait pouvoir mener des inspections par la force, ce auquel se sont opposés Moscou et Pékin.

La Corée du Nord est fortement soupçonnée de se livrer à de la contrebande d’armes à destinations de pays d’Afrique ou du Proche-Orient.

Pyongyang renoncera-t-il à ses programmes interdits?

Les analystes sont sceptiques, notamment parce que la proposition américaine initiale a été très affaiblie.

Les précédentes sanctions n’ont pas empêché que les programmes nucléaire et balistique fassent de remarquables progrès.

« Ce n’est pas suffisant pour faire mal », estimé Go Myong-Hyun, de l’Institut d’études politiques.

Au contraire, avance même M. Koh de l’Université Dongguk, qui craint cette résolution ne pousse Pyongyang à accélérer ses programmes.

« La Corée du Nord va tenter de devenir un État nucléaire aussi rapidement que possible, avant que les effets des sanctions ne se ressentent complètement, pour pouvoir négocier d’égal à égal avec les États-Unis », prédit-il.

Pour Kim Hyun-Wook, « les sanctions donnent à Pyongyang une excuse pour davantage de provocations, comme un lancement de missile intercontinental ».[/toggle]

Pyongyang dénonce les sanctions « scélérates » de l’ONU

La Corée du Nord a dénoncé mardi les nouvelles sanctions « scélérates » adoptées la veille à l’unanimité par le Conseil de sécurité de l’ONU à l’initiative de Washington, et qui interdisent notamment ses exportations de textile et réduisent ses approvisionnements en pétrole.

« Les mesures à venir de la RPDC (République populaire démocratique de Corée, appellation officielle de la Corée du Nord) infligeront aux États-unis la plus grande douleur qu’ils n’aient jamais connue de leur histoire », a déclaré l’ambassadeur nord-coréen, Tae Song Han, devant la Conférence du désarmement à Genève.

Précédant l’adoption du texte, la Corée du Nord avait déjà exprimé haut et fort son opposition aux nouvelles mesures. Elle a averti les États-Unis qu’elle leur infligerait « la plus grande des souffrances et des douleurs » s’ils persistaient à vouloir que l’ONU durcisse les sanctions à son encontre. La Corée du Nord « fera en sorte d’être absolument sûre que les États-Unis en payeront le prix », a précisé Pyongyang.

Séoul a pour sa part salué l’adoption de cette résolution, la qualifiant « d’avertissement sévère » pour Pyongyang.

« La Corée du Nord doit comprendre que la dénucléarisation est la seule voie lui garantissant sécurité et développement économique », ajoute le gouvernement sud-coréen dans un communiqué.

À Tokyo, le Premier ministre Shinzo Abe a « hautement apprécié » la résolution « rapide » et « forte ».

Des experts se sont toutefois montrés sceptiques sur la portée de ce texte, relevant que les précédentes sanctions n’avaient pas empêché que les programmes nucléaire et balistique fassent de remarquables progrès.

« Ce n’est pas suffisant pour faire mal », a estimé Go Myong-Hyun, de l’Institut d’études politiques.

Pour Kim Hyun-Wook, professeur à l’Académie diplomatique nationale de Corée, « les sanctions donnent à Pyongyang une excuse pour davantage de provocations, comme un lancement de missile intercontinental ».

Le dernier train de sanctions internationales faisait suite à deux tirs de missiles intercontinentaux nord-coréens. Il interdit les importations de charbon, de fer et de la pêche venant de Corée du Nord, et vise à priver ce pays d’un milliard de dollars de recettes par an.

Le dernier train de sanctions internationales, le 5 août, faisait suite à deux tirs de missiles intercontinentaux nord-coréens. Il interdit les importations de charbon, de fer et de la pêche venant de Corée du Nord, et vise à priver ce pays d’un milliard de dollars de recettes par an.

Les effets de sanctions ne peuvent se mesurer que sur le très long terme. A titre d’exemple, il a fallu plus de dix ans de sanctions pour amener l’Iran à négocier son programme nucléaire.

Dans un rapport publié ce week-end, des experts de l’ONU notent que « plus le régime de sanctions est étendu » pour la Corée du Nord, « et plus les contournements sont nombreux » venant de ce pays, que ce soit pour « l’embargo sur les armes », « les sanctions financières » ou « sectorielles sévères ».

Leur document dénonce aussi une application aléatoire des sanctions et précise que Pyongyang est passé maître dans l’art d’utiliser des pays tiers pour acheminer ses cargaisons ou conclure des transactions financières.

Le président américain Donald Trump, lui, a jugé mardi que les sanctions votées lundi par la Conseil de sécurité de l’ONU contre la Corée du Nord n’étaient qu’un « tout un petit pas » dans la bonne direction, s’interrogeant sur leur impact.

« Nous pensons que c’est juste un autre tout petit pas, pas quelque chose d’énorme », a-t-il déclaré en recevant le Premier ministre malaisien Najib Razak à la Maison Blanche.

S’interrogeant à voix haute sur le fait de savoir si cela « aurait un impact », le président a cependant estimé que c’était « une bonne chose » d’avoir obtenu un vote du Conseil de sécurité.

« Ces sanctions ne sont rien par rapport à ce qui devra se passer in fine », a-t-il ajouté, sans autres précisions…