Irak: la vengeance succède à la barbarie: l’ONU craint des exécutions à «grande échelle»

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La prison de Nassiriya, en Irak, où environ 1.200 des quelque 6.000 prisonniers détenus ont été condamnés à mort. (Council on Foreign Relations)
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La prison de Nassiriya, en Irak, où environ 1.200 des quelque 6.000 prisonniers détenus ont été condamnés à mort. (Council on Foreign Relations)

Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme s’est dit cette semaine « consterné » par la récente exécution de 42 condamnés en Irak, tout en faisant part de sa crainte que des exécutions à « grande échelle » aient lieu dans ce pays dans les prochaines semaines.

« Je suis consterné d’apprendre l’exécution de 42 prisonniers en un seul jour » en Irak, a déclaré Zeid Ra’ad Al Hussein, cité dans un communiqué.

« En vertu du droit international, la peine de mort ne peut être imposée qu’après qu’une série d’exigences aient été respectées », a-t-il ajouté, jugeant « extrêmement douteux » que les garanties de procédure et de droit à un procès équitable aient été respectées dans tous les cas.

Il a notamment déploré qu’aucune information n’ait été divulguée concernant leurs noms, lieux de résidence, date de condamnation et autres détails concernant les crimes et les procès.

« Dans de telles circonstances, il y a un risque évident d’erreur judiciaire », a-t-il dit.

Il a également souligné que la peine de mort ne peut être appliquée que pour les « crimes les plus graves ».

Lundi, le ministère irakien de la Justice a annoncé l’exécution par pendaison de 42 personnes condamnées à mort pour « rapt », « assassinat », « recours à des voitures piégées » ou à « des engins explosifs ».

Les condamnés à mort ont été exécutés dans l’enceinte de la prison de Nassiriya (sud), en vertu de la loi antiterroriste, selon les autorités.

« Nous pouvons tous convenir que les membres des groupes terroristes qui ont commis des crimes graves » doivent être jugés, a souligné M. Zeid, critiquant toutefois l’application de la peine de mort à « un large éventail d’actes », qui ne sont pas des crimes graves.

Le Haut-Commissaire a dit craindre de nouvelles exécutions. Environ 1.200 des quelque 6.000 prisonniers détenus dans la prison de Nassiriya ont été condamnés à mort, selon l’ONU, citant des statistiques des autorités irakiennes.

« Cela pourrait entraîner des exécutions à plus grande échelle dans les prochaines semaines », s’est inquiété M. Zeid, demandant un « moratoire immédiat » sur la peine de mort en Irak.

Il a également appelé le gouvernement à établir un « organe spécial » chargé de surveiller l’application de la peine de mort et les procès qui y sont liés et de formuler des recommandations en vue de réformer le système judiciaire pour qu’il garantisse le respect des normes en matière de procès équitable.