Irak: des milliers d’habitants fuient Kirkouk où sont entrées les forces irakiennes

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Les forces irakiennes arrivent dans la banlieue de Kirkouk, le 16 octobre 2017. (AFP/AHMAD AL-RUBAYE)
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Les soldats irakiens abaissent le drapeau du Kurdistan à Kirkouk, le jetant au sol alors qu’ils entrent dans la ville avec les miliciens du Hachd al-Chaabi. (Rudaw)

Des milliers d’habitants, kurdes, mais aussi sunnites, quittaient lundi les quartiers kurdes de Kirkouk, craignant par dessus tout les miliciens chiites du Hachd al-Chaabi, pour se diriger vers Erbil et Souleimaniyeh, les deux principales villes du Kurdistan, région autonome en conflit ouvert avec le pouvoir central irakien.
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Mise à jour 16/10/2017 à 11h13

« Les États-Unis ont fourni du matériel et une formation au gouvernement irakien pour combattre l’État islamique et se prémunir contre les menaces extérieures, et non contre les éléments de l’un de ses propres gouvernements régionaux, qui est un partenaire de longue date des États-Unis et de grande valeur », a déclaré le sénateur républicain John McCain, président de la Commission sénatoriale des Forces armées. « Ne vous méprenez pas, il y aura de graves conséquences si nous continuons à voir l’équipement américain mal utilisé de cette façon. », écrit le sénateur dans un communiqué publié ce matin.

à 11h08

Les forces irakiennes sont à l’intérieur du bureau de Najmaldin Karim, gouverneur de la ville de Kirkouk fidèle au Gouvernement régional du Kurdistan, rapporte l’agence kurde Rudaw.

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Les embouteillages sont considérables aux sorties de la ville, a rapporté un journaliste de l’AFP. Dans les véhicules ont pris place des familles entières.

« Des dizaines de milliers d’habitants de Kirkouk, en particulier des Kurdes, sortent de la ville en direction des routes menant vers Souleimaniyeh et Erbil », a indiqué une source au sein des autorités locales, en charge de la question des déplacés.

« Nous avons décidé de partir de Kirkouk et d’aller vers Souleimaniyeh parce que nous avons peur des affrontements », a affirmé à l’AFP Chounem Qader, institutrice de 51 ans.

« En 1991, déjà, nous avions dû fuir Kirkouk, comme aujourd’hui », a-t-elle ajouté en allusion au soulèvement kurde de mars 1991 qui avait été écrasé par Saddam Hussein. Le dictateur avait ensuite déporté des dizaines de milliers de Kurdes de la région.

« Nous n’arrivons pas à avancer à cause des embouteillages créés par les familles qui s’en vont », a indiqué Himen Chouani, 65 ans, parti avec sa famille.

« Nous vivions en paix mais les politiciens ne nous veulent aucun bien, ni à Bagdad ni à Erbil. Ils se sont affrontés pour le contrôle du pétrole et les victimes, ce sont nous, les habitants de Kirkouk », s’est-il emporté.

Les forces irakiennes ont lancé depuis dimanche un opération pour récupérer un camp militaire et des champs pétroliers dans la province disputée de Kirkouk.

La ville de Kirkouk compte 850.000 habitants, dont les deux tiers sont des Kurdes. Elle compte aussi environ 20% de Turkmènes et 12% d’Arabes musulmans ou chrétiens, selon le géographe français Cyril Roussel, spécialiste du Kurdistan irakien.

Les forces irakiennes profitent des divisions au sein du commandement kurde

Les forces gouvernementales irakiennes ont atteint la périphérie de Kirkouk en s’emparant de champs de pétrole et d’autres sites importants des forces kurdes qui avaient occupé le territoire depuis 2014. Il se sont aussi emparés de l’aéroport et sont également entrés dans la ville.

Les commandants militaires à Bagdad ont indiqué que leurs troupes avaient pris le contrôle d’un district industriel à l’extrémité ouest de Kirkouk, ainsi qu’une centrale électrique et une raffinerie adjacentes aux champs de pétrole à l’extérieur de la ville. Le commandement militaire a également déclaré que les forces gouvernementales avaient pris le contrôle d’un aéroport militaire à l’ouest de la ville.

Parmi les sites revendiqués par les forces irakiennes, il y a la base militaire connue sous le nom de K-1, au nord-ouest de Kirkouk. K-1 était la principale base militaire dans la province de Kirkuk pour les troupes gouvernementales irakiennes quand ils ont abandonné leurs armes en 2014 et ont fui une attaque des militants de l’État islamique.

L’avancée rapide des forces irakiennes a été rendue possible par les divisions qui ont éclaté au sein du commandement kurde, des responsables d’un parti d’opposition kurde indiquant que ses combattants avaient accepté de céder la place aux forces irakiennes.

Wista Raool,un dirigeant du parti kurde rival de Massoud Barzani, l’Union patriotique du Kurdistan, ou P.U.K, a déclaré que son parti avait accepté de quitter ses positions militaires et de les remettre aux forces gouvernementales lundi matin. Et lundi, des habitants de la ville de Kirkouk ont affirmé que, si les forces du P.U.K. patrouillaient encore dans la ville, c’est la police locale et fédérale qui avait assumé la responsabilité de la sécurité publique.

Aucun combat majeur n’a été signalé à l’intérieur de la ville, où vivent des Kurdes, des Arabes et des Turkmènes, mais le chef de la police de la ville, le général Khatab Omar, a fait part dans une interview dimanche de ses inquiétudes, disant qu’il était préoccupé par les affrontements entre groupes ethniques rivaux dans la ville [Kurdes, majoritaires, suivis des Arabes et des minorités turkmène et chrétienne, NDLR], disant qu’il avait posté des unités de police à l’extérieur du quartier général de plusieurs partis politiques.

Lundi, un commandant kurde du parti politique au pouvoir dans la région du Kurdistan a toutefois déclaré que ses forces avaient monté une contre-attaque à environ 15 miles à l’ouest de la ville. Il a indiqué que des renforts avec des « armes sophistiquées » étaient arrivés pour soutenir les combattants kurdes dans la région. « Ils se préparent à libérer la zone » des forces irakiennes, a déclaré le commandant, le général Mohammed Raiger.

Le colonel Ryan Dillon, porte-parole de la coalition à Bagdad, a déclaré pour sa part que toutes les forces de la coalition dans la région surveillaient la situation, mais n’étaient aucunement impliqués dans les combats. Il a déclaré en outre que des mesures de protection de la force avaient été prises pour assurer leur sécurité.

« Nous suivons de près la situation et appelons instamment toutes les parties à éviter l’escalade », a déclaré le colonel Dillon. « Nous nous sommes opposés à la violence de n’importe quel parti et nous nous sommes opposés aux actions déstabilisatrices qui distraient de la lutte contre l’État islamique et minent davantage la stabilité de l’Irak ».

*Avec AFP