Inculpé dans l’affaire russe, l’ancien conseiller de Trump Michael Flynn plaide coupable

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L'ex conseiller à la Sécurité nationale du président Trump, Michael Flynn, le 10 janvier 2017 à Washington. (AFP/Archives/CHRIS KLEPONIS)
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L’ex conseiller à la Sécurité nationale du président Trump, Michael Flynn, le 10 janvier 2017 à Washington. (AFP/Archives/CHRIS KLEPONIS)

L’affaire russe a connu vendredi un spectaculaire coup d’accélérateur avec l’inculpation de Michael Flynn, ancien conseiller à la sécurité nationale du président américain Donald Trump, accusé d’avoir menti au FBI.

La vaste enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l’ingérence de la Russie dans la présidentielle de 2016 – et les liens présumés entre des proches de M. Trump et Moscou – fait peser depuis plusieurs mois une lourde épée de Damoclès au-dessus du locataire de la Maison Blanche.

Présenté à un juge à Washington à 10H30 (15H30 GMT), l’ancien directeur du renseignement militaire américain a plaidé coupable de mensonge dans l’affaire russe, ce qui semble indiquer qu’il est désormais disposé à coopérer avec les enquêteurs.

« Oui monsieur », a répondu le général Flynn dans un tribunal fédéral de Washington, après avoir été inculpé jeudi par les services du procureur spécial Robert Mueller.

Cet ancien général, très virulent durant la campagne où il appelait à mettre Hillary Clinton « derrière les barreaux », avait été poussé à la démission moins d’un mois après sa nomination.

Les questions sur toutes les lèvres dans la capitale fédérale américaine sont désormais: quelles informations cet homme aux traits sévères s’est-il engagé à livrer aux enquêteurs ? Jusqu’où ira-t-il pour tenter d’échapper à la prison ? Mettra-t-il directement en cause des proches de Donald Trump, voire le président lui-même ?

Il a été inculpé jeudi entre autre pour avoir menti sur la teneur de ses échanges avec l’ambassadeur russe à Washington sous Barack Obama, Sergueï Kisliak, notamment au sujet des sanctions imposées par les États-Unis à la Russie.

« Le 24 janvier 2017, l’accusé Michael T. Flynn a obstinément et sciemment émis des déclarations qui sont matériellement fausses, imaginaires et frauduleuses », soulignent les enquêteurs du procureur Mueller dans le court document d’inculpation.

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Michael Flynn, ancien conseiller de Donald Trump qui a plaidé coupable vendredi d’avoir menti dans l’affaire russe, fut un brillant officier du renseignement dont la réputation s’est effondrée au fil des révélations sur son faible pour les tractations douteuses.

Ancien directeur du renseignement militaire américain, connu pour son indulgence avec la Russie, sa ligne dure face à l’extrémisme islamique et son soutien à la Turquie d’Erdogan, Michael Flynn était l’une des rares figures du sérail de la défense américaine à avoir soutenu Donald Trump pendant sa campagne électorale.

« Je suis ravi que le général Michael Flynn soit à mes côtés alors que nous oeuvrons pour vaincre le terrorisme islamique radical », s’était réjoui Donald Trump en annonçant la nomination du militaire au poste de conseiller à la sécurité nationale en novembre 2016.

La lune de miel n’a pas duré. Entré en fonction lorsque Donald Trump est arrivé à la Maison Blanche, le 20 janvier, Michael Flynn a été forcé de démissionner dès le 13 février.

En cause, ses échanges dans l’ombre avec l’émissaire de Moscou à Washington, Sergueï Kisliak.

Au moment où l’administration de Barack Obama ordonnait fin décembre 2016 des sanctions contre la Russie pour son ingérence présumée dans l’élection américaine, Michael Flynn aurait ainsi assuré le diplomate russe que Donald Trump serait beaucoup moins sévère à l’égard de Moscou une fois en poste.

Aujourd’hui, ce sont ses mensonges face aux enquêteurs du FBI qui l’ont mené à plaider coupable devant le juge. Le procureur spécial Robert Mueller l’accuse de leur avoir « obstinément et sciemment » menti.

Le militaire a toujours été partisan d’un rapprochement avec Moscou et Pékin, s’affichant avec Vladimir Poutine lors d’un dîner à Moscou en décembre 2015 organisé pour la chaîne de télévision RT.

« Nous avons battu Hitler en raison de notre relation avec les Russes, donc voir cela comme une relation nécessaire à nos intérêts communs, y compris (contre) le groupe État islamique (…), c’est vraiment la position que j’ai sur la Russie », avait-il expliqué au Washington Post à l’été 2016.

Traits sévères et nez aquilin, Michael Flynn défendait aussi une ligne très agressive face à l’islamisme, accusant l’administration Obama de s’être montrée trop peu énergique face à cette menace, jusqu’à parfois être taxé d’islamophobie par ses détracteurs.

« Nous avons un problème avec l’islamisme radical et nous pouvons travailler ensemble » avec les Russes « contre cet ennemi », avait-il poursuivi.

Dans un ouvrage publié à l’été 2016, il défend l’idée selon laquelle les pays musulmans devraient être forcés d’identifier et éradiquer les mouvances islamistes radicales qui, selon lui, se « métastasent » à travers le monde.

Fils d’un banquier de la côte Est, né en décembre 1958, Michael Flynn a mené une carrière militaire très tournée vers le renseignement, qui l’a conduit à servir en Irak et en Afghanistan, où il dirigea le renseignement des forces de la coalition.

En 2012, l’ancien président Obama le nomme patron du renseignement militaire (DIA, Defense intelligence agency), qui compte environ 16.500 personnes. Mais il est contraint de quitter ses fonctions moins de deux ans plus tard, sur fond de remous internes et de conflits avec l’administration américaine.

Il n’a depuis cessé de critiquer l’ex-administration Obama, puis l’ancienne candidate démocrate Hillary Clinton, qu’il appelait, sur un ton exalté, à emprisonner devant les supporteurs de Donald Trump pendant la campagne.

Des experts en sécurité nationale critiquaient Michael Flynn pour ses positions monolithiques, à même de fragiliser des relations bien établies et bénéfiques pour les États-Unis. Était aussi critiqué son soutien au président Recep Tayyip Erdogan.

Des médias américains ont depuis rapporté, début novembre, que les enquêteurs du procureur spécial Robert Mueller s’intéressaient à une réunion entre M. Flynn, son fils Michael Flynn Jr et de hauts responsables du gouvernement turc – tenue après la victoire de Donald Trump – pour négocier contre paiement l’extradition du prédicateur Fethullah Gülen, accusé par Ankara d’avoir fomenté le putsch manqué de 2016. Des allégations « ridicules », selon l’ambassade de Turquie à Washington.[/toggle]

– Trump reste muet –

Ni le président américain ni la Maison Blanche n’avaient réagi en milieu de matinée à ce rebondissement de taille qui assombrit ce qui s’annonçait comme une journée de victoire pour M. Trump avec le vote probable par le Sénat de sa grande réforme fiscale.

L’ancien homme d’affaires de New York a toujours réfuté la moindre « collusion » avec la Russie et dénonce régulièrement une « chasse aux sorcières » orchestrée par ceux qui refuseraient d’accepter sa victoire.

Le dirigeant américain, aidé par plusieurs élus républicains et une partie du monde conservateur, tente régulièrement de déplacer l’affaire du terrain judiciaire au terrain politique. Il a tenté – sans grand succès à ce jour – d’allumer des contre-feux visant les démocrates et Hillary Clinton.

M. Flynn est la quatrième personne proche de M. Trump mise en cause dans cette enquête menée par Robert Mueller qui, contrairement à un simple procureur fédéral, dispose d’une plus grande latitude d’action et d’une indépendance renforcée.

Une première vague d’inculpations avait eu lieu fin octobre avec la mise en accusation de Paul Manafort, l’ex-directeur de cette équipe de campagne et Richard Gates. Un troisième, George Papadopoulos, a plaidé coupable d’avoir menti aux enquêteurs du FBI et accepté de collaborer avec les enquêteurs.

Connu pour son indulgence avec la Russie et sa ligne très dure face à l’extrémisme islamique, Michael Flynn est considéré comme un personnage central de cette enquête.

En décembre, son fils Michael Flynn Jr. avait été écarté de l’équipe de transition de Donald Trump pour avoir relayé des théories conspirationnistes. Une rumeur avait fait état pendant la campagne électorale de l’existence d’un réseau pédophile abrité par une pizzeria de Washington, impliquant un proche d’Hillary Clinton, une affaire connue sous le nom de « Pizzagate ».

[toggle title= »AFFAIRE RUSSE AUX ÉTATS-UNIS, CE QUE L’ON SAIT » load= »hide »]

L’enquête sur l’ingérence de Moscou dans la présidentielle américaine a connu un rebondissement spectaculaire avec la promesse de Michael Flynn, l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, de coopérer pleinement avec le procureur spécial.

Si cette ingérence de Moscou dans l’élection de 2016 ne fait plus guère de doute en Amérique, alors qu’elle est catégoriquement démentie par la Russie, l’autre volet de l’enquête désormais menée par le procureur spécial Robert Mueller, celui sur une possible collusion entre l’équipe de campagne du président Trump et les Russes, reste très incertain.

Voici ce que l’on sait:

Les agences américaines du renseignement accusent en octobre 2016, soit un mois avant le scrutin, la Russie d’avoir piraté et diffusé pendant la présidentielle des emails de proches conseillers de la démocrate Hillary Clinton dans le but de la discréditer.

Au crépuscule de son mandat, Barack Obama annonce le 29 décembre des sanctions contre Moscou et l’expulsion de 35 agents russes.

Le 6 janvier, les agences de renseignement publient un rapport affirmant que le président russe Vladimir Poutine se trouvait derrière cette interférence présumée.

Le ministère de la Justice, la police fédérale (FBI) et les agences américaines de renseignement lancent des enquêtes.

Parallèlement, deux commissions du Sénat et une de la Chambre des représentants entament des investigations.

Le 9 mai, un président Trump excédé par la tournure que prend l’investigation du FBI dans l’affaire russe limoge le directeur du FBI, James Comey. Le tollé –alimenté par les révélations de M. Comey sur les pressions de la Maison Blanche — force le ministère de la Justice à nommer un procureur spécial qui a les coudées plus franches.

Le choix se porte sur Robert Mueller, qui a précédé James Comey à la tête du FBI. L’homme, durci sous le feu de l’ennemi au Vietnam, a une réputation d’intégrité absolue au service de l’établissement de la vérité et de ne jamais lâcher sa proie.

Robert Mueller prend son temps et travaille dans le plus grand secret. Il frappe un premier grand coup le 30 octobre.

L’ex-directeur de campagne Paul Manafort et son associé Richard Gates font l’objet de 12 chefs d’inculpation, parmi lesquels complot contre les États-Unis, blanchiment, fausses déclarations et non déclarations de comptes détenus à l’étranger.

Un troisième homme, George Papadopoulos, moins visible pendant la campagne, a lui plaidé coupable d’avoir menti aux enquêteurs du FBI. Il était chargé des questions de politique étrangère au sein de l’équipe, et a par ses fausses déclarations « entravé l’enquête (…) sur l’existence de liens ou de coordination éventuels entre des personnes associées à la campagne et le gouvernement russe », selon l’acte d’accusation.

Un mois jour pour jour après les premières inculpations dans l’affaire russe, Robert Mueller frappe à nouveau. Il inculpe Michael Flynn, l’éphémère conseiller à la sécurité nationale du président.

Ce soutien enthousiaste du candidat Donald Trump est accusé d’avoir menti à des agents du FBI qui l’ont interrogé quelques jours seulement après l’entrée de l’homme d’affaires à la Maison Blanche, dans le cadre de l’enquête sur l’ingérence russe.

Mentir à des agents du FBI est un crime passible de plusieurs années de prison mais en plaidant coupable et surtout en acceptant de collaborer pleinement avec Robert Mueller et ses hommes, M. Flynn s’est assuré une justice plus clémente.

Les documents publiés vendredi laissent clairement entendre que le procureur spécial a gardé de la poudre au sec dans le dossier Flynn.

« Les omissions et fausses déclarations de M. Flynn ont entravé et eu des conséquences réelles sur les investigations en cours du FBI » concernant une éventuelle entente entre les Russes et l’équipe de campagne de M. Trump, note le document signé de Robert Mueller.

M. Flynn se voit par ailleurs reprocher d’avoir menti au sujet de conversations qu’il a tenues avec des diplomates, dont l’ambassadeur de Russie à Washington, et d’avoir dissimulé qu’il a cherché à influencer un vote du Conseil de sécurité des Nations unies sur la colonisation menée par Israël.

Ces manoeuvres devaient affaiblir l’action de Barack Obama, à l’époque encore président en exercice des Etats-Unis.

« Le 22 décembre 2016, un très haut responsable de l’équipe de transition présidentielle a demandé à M. Flynn de contacter des officiels de gouvernements étrangers, y compris de la Russie, afin de connaître leur position sur la résolution et pour influencer ces gouvernements afin de retarder le vote ou faire avorter la résolution », résume M. Mueller.

Si des liens ou des relations peuvent avoir existé entre des membres de la campagne de l’actuel président américain et la Russie, une collusion directe destinée à influencer la présidentielle semble à cette heure loin d’être prouvée.

« Il n’y a AUCUNE COLLUSION! », avait d’ailleurs réagi Donald Trump le 30 octobre sur Twitter. Le milliardaire dénonce depuis des mois une « chasse aux sorcières » destinée à détourner l’attention des méfaits commis par sa rivale démocrate Hillary Clinton.[/toggle]