Le chargé d’affaires du Canada se fait virer du Venezuela par l’Assemblée constituante

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L'ambassade canadienne au Venezuela. (Twitter)
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Le chargé d’affaires canadien au Venezuela Craib Kowalik (droite), alors qu’il recevait en octobre dernuier une note officielle de protestation des mains du ministre vénézuelien des Affaires étrangères, Jorge Arreaza (gauche) (Twitter/@vencancilleria)

Aboutissement de mois de tensions et de frictions, le Venezuela a déclaré « personae non gratae » l’ambassadeur du Brésil, Ruy Pereira, et le chargé d’affaires du Canada, Craib Kowalik, a annoncé samedi la présidente de l’Assemblée nationale constituante, Delcy Rodriguez, excédée par les critiques canadiennes.

La présidente de l’Assemblée constituante vénézuélienne (ANC) reproche au chargé d’affaires du Canada « une ingérence permanente, insistante, grossière et vulgaire dans les affaires intérieures du Venezuela ».

La veille encore, l’ambassade canadienne twittait « Le décret de l’ANC visant à obliger certains partis politiques à se réinscrire est une autre menace pour les droits des Vénézuéliens à choisir librement leurs dirigeants, y compris leur prochain président. Alors que l’ANC sape la démocratie au Venezuela, la situation humanitaire ne fait que s’aggraver ».

Cette remarque de l’ambassade canadienne suivait une décision aux conséquences graves pour ce qui reste de la démocratie vénézuélienne.

L’Assemblée constituante, 100 % favorable au régime de Nicolás Maduro, et qui s’est arrogée en juillet les pouvoirs législatifs aux dépens de l’Assemblée nationale, jugeait que les partis qui avaient boycotté les élections locales de ce mois-ci avaient perdu leur légitimité, éliminant potentiellement les principaux groupes d’opposition de la course présidentielle de 2018.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que le torchon brûle entre le Canada et le Venezuela. Le 8 août dernier, la Police nationale bolivarienne de Nicolas Maduro avait même lancé des bombes lacrymogène en direction de l’ambassade canadienne à Caracas.

Le Canada n’a pas caché qu’il est vivement préoccupé, tout particulièrement depuis août dernier, par la détérioration rapide de la crise politique et économique au Venezuela et n’a pas hésité à réaffirmer son engagement à promouvoir et à protéger la démocratie et les droits de la personne.

Récemment, le Canada a haussé encore davantage le ton contre le régime du président Nicolas Maduro pour l’inciter au dialogue avec l’opposition et pris contre lui des sanctions.

Le gouvernement canadien a décidé en novembre de geler les avoirs au Canada et d’interdire sur son territoire 52 responsables du Venezuela, de Russie et du Soudan du Sud, qu’il accuse d’être corrompus ou liés à des violations des droits de l’homme.

[toggle title= »SANCTIONS CANADIENNES CONTRE DES DIRIGEANTS VENEZUÉLIENS CORROMPUS OU LIÉS À DES VIOLATIONS DES DROITS DE L’HOMME  » load= »hide »]

Le Canada demeure préoccupé par l’omniprésence de la corruption à grande échelle et des violations des droits de la personne au Venezuela, ce qui alimente la crise grave qui sévit dans ce pays.

Dès maintenant, le Canada impose des sanctions en vertu de la Loi sur la justice pour les victimes de dirigeants étrangers corrompus contre 19 représentants du Venezuela, y compris le président Nicolás Maduro. Ces individus sont responsables ou complices de violations graves des droits de la personne reconnus à l’échelle internationale, ont commis des actes de corruption à grande échelle, ou les deux. Ces mesures s’harmonisent avec les principes et les valeurs du Canada et appuient les efforts internationaux du Canada pour restaurer la démocratie au Venezuela.

Ces mesures s’ajoutent aux sanctions imposées le 22 septembre 2017 en vertu de la Loi sur les mesures économiques spéciales contre le Venezuela et des personnalités clés du régime Maduro.

Voici les noms des personnes ciblées par ces sanctions :

Nicolás MADURO MOROS
Tareck Zaidan EL AISSAMI MADDAH
Gustavo Enrique GONZÁLEZ LÓPEZ
Adán Coromoto CHÁVEZ FRÍAS
Luis Ramón REYES REYES
Rocco ALBISINNI SERRANO
Alejandro Antonio FLEMING CABRERA
Rafael Darío RAMÍREZ CARREÑO
Carlos Alberto OSORIO ZAMBRANO
Luis Alfredo MOTTA DOMÍNGUEZ
José Vicente RANGEL ÁVALOS
Eulogio Antonio DEL PINO DÍAZ
Nelson José MERENTES DÍAZ
José David CABELLO RONDÓN
Rodolfo Clemente MARCO TORRES
José Gregorio VIELMA MORA
Francisco José RANGEL GÓMEZ
Ricardo Antonio MOLINA PEÑALOZA
Argenis de Jesús CHÁVEZ FRÍAS[/toggle]

Quant à l’ambassadeur brésilien, dans le cadre des « compétences de l’Assemblée constituante, nous avons décidé de déclarer persona non grata l’ambassadeur du Brésil jusqu’à ce que soit rétabli l’ordre constitutionnel que le gouvernement a de facto violé dans ce pays frère », a déclaré Mme Rodríguez, faisant allusion au président brésilien Michel Temer.

Ce dernier a pris le pouvoir il y a un an et demi, après la destitution controversée de Dilma Rousseff (gauche), dont il était le vice-président.

En outre, le Mercosur, dont fait partie le Brésil aux côtés de l’Argentine, du Paraguay et de l’Uruguay, a appelé jeudi le Venezuela à libérer ses prisonniers politiques et à respecter les droits de l’Homme. Ce que le régime a finalement consenti à faire aujourd’hui, une commission de l’Assemblée constituante vénézuélienne recommandant samedi la remise en liberté de plus de 80 opposants au chef de l’État, Nicolas Maduro, dont certains détenus depuis 2014.

Le Mercosur a suspendu en août dernier le Venezuela, submergé par une profonde crise politique et en plein naufrage économique, accusant Nicolas Maduro de violer les droits de l’Homme.

Voir aussi Le Canada et la crise au Venezuela >>

*Avec AFP