Iran: nouvelle mobilisation en soutien au régime avant une réunion de l’ONU

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Manifestation pro-régime à Machhad, la deuxième ville d'Iran, le 4 janvier 2018. (TASNIM NEWS/AFP/NIMA NAJAFZADEH)
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Manifestation pro-régime à Machhad, la deuxième ville d’Iran, le 4 janvier 2018. (TASNIM NEWS/AFP/NIMA NAJAFZADEH)

De nouvelles manifestations prorégime ont eu lieu vendredi en Iran en riposte au mouvement de contestation, avant une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU réclamée par les États-Unis.

L’administration américaine de Donald Trump, hostile à l’Iran et qui a apporté un soutien appuyé aux protestataires, a imposé de nouvelles sanctions contre des groupes industriels iraniens soupçonnés de participer au programme de missiles balistiques de l’Iran.

Ce mouvement de contestation, basé sur des revendications essentiellement économiques, a secoué de nombreuses villes du pays. Il a parfois comporté des slogans plus politiques, et des violences ont fait 21 morts, en majorité des manifestants.

Le calme est globalement revenu depuis mardi, au prix d’un déploiement important des forces de sécurité.

Selon des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, dont on ne peut vérifier l’authenticité, de petites protestations ont encore eu lieu jeudi soir en province.

Les responsables iraniens ont accusé la CIA américaine, Israël et l’Arabie saoudite d’être derrière les troubles, avec l’aide de groupes « contre-révolutionnaires » et des Moudjahidine du peuple –principal groupe d’opposition en exil–.

« L’Arabie saoudite et le groupe État islamique (EI), suivant la ligne de Trump, ont tous approuvé les violences, les morts et les destructions en Iran. Pourquoi serions nous surpris? » a commenté dans un tweet le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif.

Vendredi, le pouvoir iranien a annoncé l’arrestation de quatre membres d’une « cellule terroriste » liée aux Moudjahidine dans la province de Lorestan (ouest).

Pour la troisième journée consécutive, de nouveaux rassemblement de soutien au régime ont eu lieu vendredi, après la prière collective, dans la région de Téhéran ainsi que dans plusieurs villes de province.

Elles ont été l’occasion de vilipender à nouveau les « fauteurs de troubles », selon les images de la télévision d’État.

« Nous sommes là pour montrer qu’on peut régler nous-mêmes nos problèmes et que nous ne permettrons jamais à l’Arabie saoudite, aux Etats-Unis et à Israël d’intervenir (…), nous sommes derrière notre révolution jusqu’à la dernière goutte de notre sang », a dit à l’AFP Mohsen, un ingénieur en technologie, dans la foule des manifestants à Téhéran.

[toggle title= »IRAN: FACE AUX REVENDICATIONS, LES GROUPES POLITIQUES EN PRÉSENCE » load= »hide »]

Les protestations en Iran ont mis en lumière une série de revendications, notamment économiques, à laquelle l’ensemble de la classe politique a promis de répondre, en condamnant unanimement les « violences ».

Loin d’être monolithique, le champ politique iranien est toutefois divisé entre des tendances qui expriment des sensibilités différentes en matière de réformes politiques et socio-économiques.

Le conseil des Gardiens de la Constitution s’assure du fait que ces différents groupes demeurent loyaux aux fondamentaux de la Révolution islamique de 1979, tandis que le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a le dernier mot sur les grands dossiers.

– Les « modérés » du président Rohani –

Les modérés, réunis au sein du Parti de la modération et du développement, prônent une gestion économique plus efficace, une plus grande liberté politique et culturelle et un rapprochement avec l’Occident, même si leur chef de file, le président Hassan Rohani, a dénoncé à plusieurs reprises la politique des États-Unis de Donald Trump.

Élu en 2013 puis réélu l’an dernier, M. Rohani est accusé par ses adversaires conservateurs de mener une politique trop libérale, et de ne pas tenir compte de la situation des couches les plus populaires.

L’ex-président Akbar Hachemi Rafsandjani, décédé il y a un an, a été son mentor. En 2013, son soutien ainsi que celui de l’ex-président réformateur Mohammad Khatami ont été cruciaux.

– Les réformateurs de l’ex-président Khatami –

L’ex-président Khatami (1997-2005) reste le leader du mouvement réformateur, qui compte une vingtaine de partis politiques et d’associations. Ils ont formé une alliance avec les modérés, permettant l’élection et la réélection de Hassan Rohani.

En 2009, ils avaient soutenu Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi lors d’un scrutin présidentiel qui a donné lieu à une vive contestation après l’annonce de la réélection de l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad.

MM. Moussavi et Karoubi sont en résidence surveillée depuis février 2011.

Après cette réélection controversée, et la répression du mouvement de protestation, de nombreux responsables réformateurs ont également été arrêtés et condamnés à de lourdes peines de prison. Ils ont été libérés depuis, mais écartés des rouages du pouvoir durant des années.

L’élection de M. Rohani en 2013 a permis le retour en scène des réformateurs, qui participent actuellement au gouvernement. Mais M. Khatami fait toujours l’objet de restrictions, et les médias n’ont pas le droit de publier son nom et sa photo.

Le mouvement prône des réformes à l’intérieur du système, notamment plus de libertés politiques et culturelles. Les conservateurs avaient bloqué une partie des réformes de la présidence Khatami.

– Les conservateurs modérés d’Ali Larijani –

Les conservateurs modérés sont réunis autour d’Ali Larijani, actuel président du Parlement. Ils soutiennent le gouvernement du président Rohani.

Ils sont rassemblés au sein du groupe parlementaire « Partisans du Velayat », et contrôlent les principales commissions.

Ali Larijani a soutenu l’accord sur le nucléaire conclu en juillet 2015 avec les grandes puissances. Il prône une politique économique centrée sur le soutien à la production nationale afin d’améliorer la situation des gens et résorber le chômage.

– Les conservateurs –

Lors de la présidentielle de mai 2017, les conservateurs ont formé la « Coalition populaire des forces de la révolution islamique », regroupant les principales personnalités et les groupes politiques de ce camp. Ils avaient soutenu Ebrahim Raissi et l’ex-maire de Téhéran, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui s’est finalement désisté au profit de M. Raissi. Ce dernier a obtenu 15,8 millions de voix face à M. Rohani, qui l’a emporté avec 23,6 millions de voix.

Les conservateurs critiquent la politique économique du gouvernement en affirmant qu’elle ne donne pas la priorité aux couches populaires.

Ils critiquent aussi l’accord nucléaire en soutenant que le gouvernement a fait trop de concessions sans obtenir la garantie que toutes les sanctions allaient être levées. Ils justifient leurs critiques par l’attitude hostile du président américain Donald Trump et les nouvelles sanctions américaines.

– Les partisans de l’ex-président Ahmadinejad –

Soutenu par les conservateurs lors de la présidentielle de 2005, puis en 2009, M. Ahmadinejad et ses amis politiques ont choisi de se séparer de ces derniers. L’ex-président, au discours populiste, dénonce de plus en plus le pouvoir. Plusieurs de ses proches ont été condamnés à des peines de prison pour corruption et lui-même est visé par la justice, qu’il ne cesse de fustiger. Plusieurs responsables conservateurs l’accusent de vouloir attiser la contestation en exploitant les difficultés économiques et sociales.

Son bras droit, Hamid Baghaï, empêché de se présenter à la présidentielle de mai 2013, a été condamné à 15 ans de prison pour corruption.

M. Ahmadinejad n’a fait aucune déclaration depuis le début de la contestation.[/toggle]

– Identifier les protestataires –

Durant les troubles, des centaines de personnes ont été arrêtées tandis que des biens publics -banques, bâtiments officiels, postes de police- ont été endommagés ou incendiés.

La police a demandé à la population de lui « envoyer les vidéos et les images des actions anti-sécuritaires », selon les médias. Des photos de protestataires ont aussi été publiées par les autorités pour demander aux citoyens d’aider à les identifier.

Les autorités, toutes tendances confondues, ont resserré les rangs pour dénoncer les troubles, tout en soulignant la nécessité de répondre aux revendications « légitimes ».

Certains partisans du président modéré Hassan Rohani ont par ailleurs accusé des groupes conservateurs d’avoir provoqué, par calcul politique, les manifestations initiales de Machhad, la deuxième ville du pays, qui ont ensuite dégénéré.

Les conservateurs ont nié et insisté sur le fait qu’il revenait au gouvernement de changer de politique économique pour préserver le pouvoir d’achat des classes populaires.

Le Parlement dirigé par le conservateur modéré Ali Larijani, un allié de M. Rohani, a déjà rejeté l’idée d’une hausse de 50% du prix de l’essence, prévue dans le projet de budget.

« Les prix de l’électricité, de l’eau et du gaz ne vont pas non plus augmenter », a ajouté vendredi Gholamreza Gharmsar, membre de la direction du Parlement.

– ‘Sans aucune honte’ –

Contrastant avec le ton mesuré des Européens et de l’ONU, l’administration américaine, qui est vent debout contre l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015, a apporté un soutien appuyé aux contestataires.

À la demande de Washington, une réunion du Conseil de sécurité sur l’Iran est prévue dans la journée, une démarche vigoureusement dénoncée par la Russie qui a réclamé des consultations à huis clos juste avant cette réunion.

« Les États-Unis continuent à interférer (…) dans les affaires intérieures des autres pays, ils le font sans aucune honte », a lancé le vice-ministre russe Sergueï Riabkov, cité par l’agence de presse Interfax.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a lui aussi accusé « certains pays, surtout les États-Unis et Israël », de s’immiscer « dans les affaires internes » de l’Iran.

Washington a déjà franchi un pas jeudi en imposant de nouvelles sanctions contre des groupes industriels soupçonnés de participer au programme de missiles balistiques de Téhéran.

Le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, a accusé l’Iran de « privilégier » son programme de missiles « au détriment du bien-être économique de son peuple ».

Pour le département d’État, les responsables iraniens devront « rendre des comptes (…) ».

En échange, le procureur général iranien, Mohammad Jafar Montazeri, a réitéré les accusations de Téhéran envers les États-Unis, Israël et l’Arabie saoudite.

« Le projet pour créer l’insécurité et des troubles en Iran a commencé il y a quatre ans (…), le principal architecte est « le responsable de la CIA » pour l’Iran Michael D’Andrea, a dit M. Montazeri, cité par l’agence Isna.