Le chef de l’EI mort dans une opération américaine

Capture d'écran d'une vidéo où apparaît Abou Bakr al-Baghdadi, publiée par le média de propagande Al-Furqan le 29 avril 2019
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Le président des États-Unis Donald Trump a annoncé dimanche la mort du chef du groupe État islamique (EI), Abou Bakr al-Baghdadi lors d’une opération militaire américaine dans le nord-ouest de la Syrie.


«Abou Bakr al-Baghdadi est mort», a déclaré M. Trump lors d’une allocution depuis la Maison-Blanche.  

L’homme le plus recherché du monde, considéré comme responsable de multiples exactions et atrocités en Irak et en Syrie et d’attentats sanglants dans plusieurs pays, avait été plusieurs fois annoncé mort ces dernières années.  

Le chef de l’EI, « calife » autoproclamé en 2014 ayant un temps présidé aux destinées de 7 millions de personnes en Irak et en Syrie, est mort « comme un chien », a ajouté le président américain.

«Il n’est pas mort comme un héros, il est mort comme un lâche», a-t-il martelé, précisant qu’il s’était fait exploser avec sa « veste » chargée d’explosifs alors qu’il s’était réfugié dans un tunnel creusé pour sa protection. Trois de ses enfants sont morts avec lui, a ajouté le président américain.

«Capturer ou tuer Baghdadi était la priorité absolue de mon administration», a-t-il ajouté, lors d’une allocution suivie d’une longue séquence de questions-réponses avec les journalistes.

«C’était comme regarder un film», a raconté M. Trump, relatant comment il avait visionné en temps réel le raid américain grâce à des caméras embarquées par les forces spéciales.

Intense activité militaire

En tout début de matinée, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui dispose d’un vaste réseau de sources sur le terrain, avait fait état également d’une opération de commandos américains héliportés et débarqués dans la nuit dans la région d’Idleb.

Les tirs de huit hélicoptères ont visé après minuit une maison et une voiture aux abords du village de Baricha (nord-ouest), a déclaré à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

L’Observatoire fait état d’au moins neuf morts, dont deux femmes et un enfant, sans pouvoir dire si le chef de l’EI se trouvait dans le secteur.  

Abdelhamid, un habitant de Baricha, s’est rendu dans le secteur touché très tôt dimanche matin. « Il y a une maison écroulée, des tentes et une voiture civile endommagées avec deux morts à l’intérieur », a-t-il raconté à l’AFP.

Aux abords de Baricha, un correspondant de l’AFP a pu voir la carcasse d’un minibus carbonisé, touché par des bombardements.

« L’opération a duré au moins jusqu’à 3 h 30 du matin », a précisé un autre habitant.

Un groupe djihadiste contrôlant la région a bloqué dimanche l’accès au site visé par l’opération américaine, a constaté un journaliste de l’AFP. Il a précisé que des combattants du groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTS), djihadistes rivaux de l’EI qui dominent cette région de la Syrie, avaient pris position autour d’une maison en ruines au milieu des oliviers de Baricha.

Quelques journalistes ont pu brièvement s’approcher des ruines de cette maison totalement détruite. Des pelleteuses étaient à l’œuvre pour déblayer les gravats.

Ce développement intervient dans une période d’intense activité militaire dans le nord de la Syrie, où les forces turques ont lancé le 9 octobre une vaste offensive contre les forces kurdes.

De leur côté, le régime de Damas et son allié russe ont accéléré le déploiement de leurs troupes à la frontière syro-turque, tandis que les Américains ont annoncé l’envoi de renforts militaires dans une zone pétrolière plus à l’est.

La dernière apparition de Baghdadi remonte à une vidéo de propagande du 29 avril dernier où il appelle ses partisans à poursuivre le combat.

Il y apparaissait pour la première fois depuis cinq ans et avait promis que son organisation «vengerait» la mort des djihadistes tués de l’EI, affirmant que le combat contre l’Occident était «une longue bataille».

En septembre, il avait appelé dans un enregistrement audio ses partisans à «sauver» les djihadistes détenus dans les prisons et leurs familles vivant dans des camps de déplacés notamment en Syrie et en Irak.

Califat éradiqué

Capture d’écran d’une vidéo de propagande du chef de l’État islamique (EI), Abou Bakr Al-Baghdadi, désigné en 2014 par son groupe «Calife» et «Commandeurs des croyants» (Archives/45eNord.ca)

C’est à Mossoul, en Irak, que le chef de l’EI a fait sa seule apparition publique connue, en juillet 2014, à la mosquée al-Nouri.

En turban et habit noirs, barbe grisonnante, il avait alors appelé tous les musulmans à lui prêter allégeance à la tête du «califat» de l’EI autoproclamé sur les vastes territoires conquis en Irak et en Syrie voisine.  

Ce «califat» a été déclaré éradiqué le 23 mars 2019 par les forces antidjihadistes en Syrie, mais le chaos sécuritaire de la région fait craindre une résurgence de l’organisation.

De son vrai nom Ibrahim Awad al-Badri, le chef de l’EI serait né en 1971 dans une famille pauvre de la région de Bagdad. Passionné de football, il a échoué à devenir avocat puis militaire avant d’étudier la théologie.

C’est lors de l’invasion américaine de l’Irak en 2003 qu’il crée un groupuscule djihadiste sans grand rayonnement avant d’être arrêté et emprisonné dans la gigantesque prison de Bucca.

Libéré faute de preuves, il rejoint un groupe de guérilla sunnite sous tutelle d’Al-Qaïda puis en prend la tête quelques années plus tard. Profitant du chaos de la guerre civile, ses combattants s’installent en Syrie en 2013 avant une offensive fulgurante en Irak.

Le groupe, rebaptisé État islamique, supplante Al-Qaïda, tandis que ses succès militaires initiaux et sa propagande soigneusement réalisée attirent des milliers de partisans du monde entier.