Syrie: l’armée et les forces kurdes affrontent « ensemble » les rebelles proturcs

Des soldats des forces gouvernementales syriennes arrivent à Tal Tamr, près de la ligne de front de l'offensive turque, dans le nord-est syrien, le 15 octobre 2019. [AFP]
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De violents combats opposaient mercredi l’armée du régime syrien et les forces kurdes aux rebelles proturcs dans le nord de la Syrie en guerre, où la Turquie a lancé une offensive contre une milice kurde syrienne à sa frontière, a rapporté une ONG.

Pour contrer la progression des troupes turques, les forces kurdes, lâchées par Washington, ont appelé l’armée de Bachar al-Assad à se déployer dans certains secteurs du nord, notamment à Minbej et à Aïn Issa, situés à une trentaine de kilomètres de la frontière.

Depuis le lancement de leur offensive il y a une semaine, l’armée turque et ses supplétifs syriens –anciens combattants rebelles qui luttaient autrefois pour la chute du régime– ont déjà conquis une bande de territoire à la frontière s’étalant sur environ 120 kilomètres.

Mercredi, de « violents affrontements » au nord-est d’Aïn Issa opposaient l’armée syrienne et les forces kurdes aux rebelles proturcs, d’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Ces combats se déroulaient près de l’autoroute stratégique M4, dans des secteurs séparant les territoires sous contrôle des forces kurdes de zones récemment conquises par les supplétifs syriens d’Ankara, a précisé l’OSDH.

Le régime et les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les forces kurdes, combattent « ensemble », a indiqué à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Mardi soir, deux soldats du régime syrien ont été tués aux abords d’Aïn Issa dans des tirs d’artillerie des rebelles proturcs, selon l’OSDH. La veille déjà, un soldat de l’armée syrienne avait été tué dans des tirs similaires près de Minbej, selon la même source.

Grand allié du régime de Bachar al-Assad, la Russie a souligné qu’elle ne permettrait pas des combats entre les armées turque et syrienne.

De tels combats « ne sont dans l’intérêt de personne et seraient inacceptables », a déclaré l’émissaire russe pour la Syrie, Alexandre Lavrentiev. « Nous ne laisserons pas (les choses) en arriver là. »

Accusé d’avoir lâché les Kurdes, le président américain Donald Trump a annoncé que le vice-président Mike Pence et le secrétaire d’Etat Mike Pompeo se rendraient mercredi en Turquie pour négocier un « cessez-le-feu ».Mais dès mardi, le président turc Recep Tayyip Erdogan a catégoriquement écarté la proposition américaine d’un cessez-le-feu.

Les combats entre forces kurdes et les rebelles proturcs se concentrent surtout à la frontière, aux abords de la ville de Ras al-Aïn, d’après l’OSDH.

Durant la nuit, les raids de l’aviation turque et l’artillerie ont visé la ville tenue par les forces kurdes, selon la même source.

Pendant ce temps, près d’un millier de Kurdes de Syrie se réfugient en Irak

Des réfugiés kurdes de Syrie arrivent à Dohouk, au Kurdistan irakien, le 16 octobre 2019. [AFP]

Près d’un millier de Kurdes de Syrie ont fui ces quatre derniers jours vers le Kurdistan irakien voisin face à la progression de l’offensive militaire turque dans le nord syrien, ont indiqué mercredi des responsables.

« Mercredi, environ 800 réfugiés syriens sont entrés au Kurdistan irakien », a indiqué à l’AFP Rachid Hussein, de l’Autorité en charge des réfugiés dans la région autonome.

Parmi eux, « 285 réfugiés syriens, en majorité des femmes et des enfants, sont arrivés dans le camp de Berdarch, dans la province de Dohouk », frontalière de la Syrie, « et 540 autres réfugiés sont en route vers le camp », a-t-il détaillé. 

Avant eux, samedi soir, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) avait déjà rapporté que « 182 Kurdes syriens » avaient « traversé la frontière vers le Kurdistan irakien pour échapper aux bombardements dans le nord-est syrien ».

Interrogé par l’AFP à leur sujet, Ismaïl Ahmed, responsable des Affaires humanitaires au sein du Conseil provincial de Dohouk, a affirmé qu’il s’agit de « Kurdes syriens résidant déjà au Kurdistan irakien, qui avaient rendu visite à leurs proches en Syrie avant de repartir dans l’autre sens en raison des bombardements ».

Il existe encore de nombreux camps de déplacés dans le nord-ouest de l’Irak, où des millions de déplacés irakiens avaient trouvé refuge depuis la percée du groupe Etat islamique (EI) en 2014.

Les responsables de la région autonome ont toutefois monté de nouvelles tentes pour accueillir les réfugiés syriens, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Les ONG opérant au Kurdistan irakien se disent en état d’alerte depuis qu’Ankara a lancé il y a une semaine une opération militaire dans le nord de la Syrie, visant la milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple (YPG), alliée des Occidentaux dans la lutte antijihadistes.