Confusion à l’ambassade du Venezuela à Brasilia en plein sommet des BRICS

Des policiers devant l'entrée de l'ambassade du Venezuela au Brésil, le 13 novembre 2019 à Brasilia. [AFP]
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La situation était confuse mercredi à l’ambassade du Venezuela à Brasilia, occupée par des partisans du chef de l’opposition Juan Guaido mais défendue par des diplomates loyaux au régime de Nicolas Maduro, au moment où le sommet des BRICS s’ouvre dans la capitale brésilienne.


Mise à jour 14/11/2019, 8h19

Les partisans du chef de l’opposition vénézuélienne Juan Guaido ont quitté mercredi l’ambassade du Venezuela à Brasilia qu’ils avaient occupée une douzaine d’heures, mettant fin à une situation confuse au moment où se tenait la réunion des pays des Brics dans la capitale brésilienne.


Les pro-Guaido disent que le personnel de l’ambassade leur a ouvert les portes en faisant allégeance à l’opposant vénézuélien, tandis que Caracas considère que la mission diplomatique a été « envahie de force ».

Des sources des deux camps ont indiqué que des échauffourées avaient éclaté, mais sans faire de blessés.

Plusieurs dizaines de policiers brésiliens ont été postés devant l’ambassade, où une centaine de militants de gauche protestaient contre cette occupation, criant « Guaido putschiste » ou « Guaido narcotrafiquant », ont constaté les journalistes de l’AFP.

Le tout à quelques kilomètres du Palais d’Itamaraty, qui accueille mercredi et jeudi le sommet des BRICS en présence de dirigeants de premier plan comme les présidents chinois Xi Jiping — déjà arrivé sur place — et russe Vladimir Poutine.

Selon une source policière brésilienne, le groupe qui a fait irruption dans l’ambassade « tentait de mener une négociation pacifique » avec des soutiens du président vénézuélien Nicolas Maduro au sein de la représentation diplomatique.

Bolsonaro ouvertement pro-Guaido

Dans un communiqué, Teresa Belandria, ambassadrice désignée par Guaido, a assuré que des membres du personnel au sein de l’ambassade avaient livré « volontairement la mission diplomatique à la représentation accréditée légitimement au Brésil ». 

« Nous appelons tous les officiels accrédités de l’ambassade et dans les sept consulats du Venezuela (au Brésil) à prendre la même décision », a-t-elle ajouté.

Depuis Caracas, le ministre des Affaires étrangères du Venezuela, Jorge Arreaza, a considéré au contraire que les locaux avaient été « envahis de force » et exigé que le gouvernement brésilien « préserve la sécurité du personnel et des installations ».

Le gouvernement d’extrême droite de Jair Bolsonaro soutient activement Juan Guaido, qui s’est unilatéralement proclamé président du Venezuela — un pays qui s’est enfoncé dans une dramatique crise sociale et économique — et dont la légitimité a été reconnue par une cinquantaine de capitales.

« Si le Brésil reconnait Guaido en tant que président du Venezuela, pourquoi l’ambassadrice Teresa Belandria, qu’il a nommée, ne se trouvait pas déjà physiquement à l’ambassade? Il semble qu’à présent, ce qui est en train d’être fait est correct et juste », a tweeté mercredi le député Eduardo Bolsonaro, un des fils du président.

« Violation gravissime »

Freddy Menegotti, le chargé d’affaires de l’ambassade resté loyal au président Maduro, a raconté pour sa part que « des personnes étrangères à l’ambassade y sont entrées et violent le territoire vénézuélien », dans une vidéo obtenue par l’AFP auprès du Parti des Travailleurs (PT, gauche) de l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva.

Paulo Pimenta, un député du PT qui est entré dans l’ambassade peu après l’arrivée des pro-Guaido, a évoqué des « indices » selon lesquels le gouvernement brésilien aurait « facilité » l’action des opposants vénézuéliens.

« Le ministère des Affaires étrangères brésilien est en train de tenter d’expulser le corps diplomatique vénézuélien de l’ambassade de Brasilia. C’est une violation gravissime de la convention de Vienne », a-t-il accusé sur Twitter. 

La présidence a réagi dans un communiqué, assurant que Jair Bolsonaro n’avait en aucun cas « encouragé l’invasion de l’ambassade du Venezuela par des partisans de M. Guaido ».

Libéré de prison vendredi après un an et demi d’incarcération pour corruption, Lula, chef historique du PT, avait exprimé le lendemain sa « solidarité » envers les gouvernements de gauche d’Amérique du Sud.

« Nous devons être solidaires avec le peuple vénézuélien », a-t-il notamment affirmé lors d’un discours au syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo do Campo, près de Sao Paulo.

« Il est normal qu’il y ait des critiques (…) mais c’est le peuple de chaque pays qui doit régler ses problèmes », avait-il poursuivi.

Le Venezuela est un sujet de divergence au sein des BRICS, où le Brésil est le seul pays à reconnaître la légitimité de Juan Guaido, la Chine comme la Russie soutenant Nicolas Maduro.