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Un mois après son entrée en fonction à titre de commandante de la mission de l’OTAN en Irak, et au lendemain de Noël, la major-général Jennie Carignan s’est longuement entretenue avec 45eNord.ca pour évoquer sa mission.

Une année seulement après avoir pris le commandement de la 2e Division du Canada, la brigadier-général Jennie Carignan a été promue au grade de major-général et s’est vue confier le commandement de la mission de l’OTAN en Irak, en remplacement du major-général Dany Fortin, qui a quitté le théâtre irakien à la fin du mois de novembre.

Pour la générale, commander la mission de l’OTAN en Irak est un «grand privilège».

Avoir repris le flambeau des mains du major-général Dany Fortin, un «ami de longue date», est aussi un bon moyen de poursuivre le bon travail accompli jusque-là. «Je suis heureuse de pouvoir commencer à travailler sur des bases extrêmement solides», d’affirmer Jennie Carignan.

Noël loin de la famille est évidemment une réalité pour celles et ceux qui servent le pays à l’étranger. Pour la générale, être loin des siens n’est pas synonyme de solitude, au contraire. «Un Noël militaire, ça nous efforce d’aller à l’essentiel de l’esprit de Noël: le partage et l’amitié. Des humains qui partagent un moment spécial ensemble loin du chaos commercial à la maison».

Même s’ils sont toujours en état de surveillance, en mode alerte pour le mandat qui leur a été confié, les membres de la mission de l’OTAN en Irak se mettent un peu en pause pour rentrer en communication avec leur famille. «On se permet aussi de célébrer entre collègues, d’échanger des vœux et prendre un repas des fêtes ensemble. On se réunit entre membres de l’OTAN et certaines nations font un party comme les Français et les Britanniques. On a diverses occasion spéciales durant le temps des fêtes malgré nos moyens limités pour célébrer. C’est très ‘de base’, mais en bout de ligne il s’agit de passer du temps entre collègues militaires et partager nos valeurs et notre amitié».

«Amener la mission un petit peu plus loin»

Si le but du deuxième commandant de la mission est de préparer le terrain pour son successeur, il est avant tout de «bien développer cette relation qui a été installée et encore mieux s’intégrer au niveau stratégique au ministère de la Défense».

La générale Carignan a expliqué vouloir notamment amener encore un peu plus loin le développement des institutions: en logistique, leadership et programmation financière. «Ce sont ces trois 3 aspects qui vont permettre de soutenir les écoles [de formation] dans le long terme et qu’elles soient auto-suffisantes. Ces institutions qui chapeautent ces écoles là doivent être solides et présentement, c’est là où il y a des faiblesses et c’est là-dessus qu’on va travailler».

Il faut dire que le ministère irakien de la Défense a connu de nombreux changements au cours des dernières années! La générale va même encore plus loin en affirmant qu’il y avait «un régime autoritaire qui ne pensait pas beaucoup à développer l’institution militaire qui est responsable envers le peuple et envers le gouvernement. Les institutions avaient été construites pour ne pas être trop menaçantes envers ce gouvernement autoritaire, donc la faiblesse actuelle vient pas mal de là. On travaille donc pour développer avec eux une force militaire qui rend des comptes aux autorités civiles et à sa population».

La générale Carignan explique avoir «fait ses devoirs» avant d’arriver en Irak. Elle a ainsi beaucoup étudier les raisons pour lesquelles l’armée irakienne s’est effondrée en 2014, face à l’avancée des djihadistes du groupe armé État islamique (Daech). «J’ai étudié leur plan de sécurité nationale, étudier leur stratégie pour combattre l’extrémisme violent… et les raisons principales qui ressortent de cela, c’est qu’il y avait un système logistique défaillant, des erreurs de leadership et un système de programmation financière basé en grande partie sur la corruption».

La réforme nécessaire du secteur de la sécurité en Irak fait face parfois à des défis simple comme la multitude d’acteurs et d’organisations présents.

L’OTAN peut compter sur des partenaires de l’Union européenne, de la Coalition mondiale et des Nations unies. «On se rencontrent régulièrement à divers niveaux pour coordonner nos actions et nos efforts».

De plus, les forces armées irakiennes ne sont pas une force homogène. «Il y a des forces ici qui font ce qu’elles veulent et ne rendent pas de compte au gouvernement», mentionne la commandante de la mission. L’OTAN n’est d’ailleurs «aucunement impliquée» dans la gestion courante de la crise politique irakienne et dans l’assistance ou la formation des troupes irakiennes qui sont au contact des manifestants. Le prédécesseur de Jennie Carignan, Dany Fortin, avait précisé lors de son interview fin de mandat à 45eNord.ca, que ce sont les militaires du ministère de l’Intérieur qui gèrent cette crise, et non ceux du Ministère de la Défense.

Puisque l’OTAN est une alliance de près d’une trentaine de pays, il y a de nombreux processus en place avant même le début de la mission pour permettre aux futurs participants de se rencontrer. «En tant qu’alliés de l’OTAN, on se rencontre sur plusieurs plateformes au préalable et, même s’il y a de nouveaux visages dans l’équipe, on applique les standards de l’OTAN. C’est presque pareil! J’émets des intentions, des directives et on embarque là-dedans».

Avec tous ces pays participant à la mission, chacun et chacune amène une connaissance, une expérience et une perspective «essentielles» au succès.

Pour sa part, le Canada amène beaucoup d’éléments qui «facilitent la mission», comme par exemple la protection de la force ou encore le détachement d’hélicoptères pour rallier les écoles à l’extérieur de Bagdad. Avec une quarantaine d’engagements par jour au Ministère de la Défense ou dans les différentes écoles de formations, les éléments amenés par le Canada sont donc cruciaux. «Le Canada a un important rôle à jouer», rappelle la générale.

«C’est évidemment extrêmement important pour moi comme commandant de m’assurer de la sécurité de mes troupes, mais on en a vu d’autres. On est bien préparé, bien informé et on prend les mesures appropriés.»

Contrairement à l’Afghanistan et à la mission de formation à laquelle a pris part le Canada entre 2011 et 2014, cette fois-ci c’est vraiment différent. «On est vraiment intégré au niveau stratégique au Ministère de la Défense, et on a aussi des civils qui sont intégrés et impliqués avec la fonction civile du ministère. On va donc du tactique directement jusqu’au niveau du ministre de la Défense».

Selon la générale il y a donc beaucoup de place à ce que les membres de la mission fassent des recommandations pour mieux s’organiser. «C’est un modèle très facilitant», de conclure Jennie Carignan.