L’Iran lance une douzaine de missiles sur des bases abritant des soldats américains en Irak

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Au moins douze missiles iraniens se sont abattues dans la nuit de mardi à mercredi à Erbil et Aïn al-Assad en Irak sur des bases où sont postés des soldats américains.


Mise à jour 08/01/2020, 10h08

Des responsables ont déclaré qu’il n’y avait pas eu de victimes américaines à la suite des attaques, bien qu’une évaluation complète soit en cours, ce qui porterait à croire que l’Iran, en évitant des morts américaines, se serait ainsi contenté d’une vengeance mesurée doublée d’une démonstration de force.


Mise à jour 08/01/2020, 6h38

Pas de victimes non plus du côté canadien.


Cette attaque intervient un peu plus de 24 heures après un cafouillage des États-Unis, leur commandement militaire affirmant se retirer du pays conformément à un appel du Parlement et le Pentagone démentant.

Plusieurs États membres de la coalition ont déjà retiré des soldats, par crainte de nouvelles attaques à la roquette, dont une quinzaine ont déjà visé des bases où sont postés les militaires de la coalition depuis fin octobre.

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont ainsi riposté mercredi dans la nuit à l’assassinat du général Qassem Soleimani en attaquant à coup de missiles la base aérienne d’Aïn al-Assad en Irak, utilisée par l’armée américaine, selon la télévision d’État iranienne.

Les Gardiens «confirment avoir frappé (cette) base en Irak avec des dizaines de missiles», et menacent de «réponses encore plus dévastatrices » en cas de riposte américaine, écrit PressTV, la chaîne d’information iranienne en anglais, sur son compte Twitter.

Le porte-parole du Pentagone, Jonathan Hoffman, a confirmé pour sa part qu’à environ 17h30, heure normale de l’Est américain, l’Iran a lancé une douzaine de missiles contre les forces américaines et les forces de la Coalition en Irak.

Toutes les bases abritant des militaires américains en Irak avaient été placées en état d’alerte maximale en raison des menaces iraniennes, a indiqué le porte-parole du Pentagone, qui a également déclaré que les forces américaines en sont à l’évaluation initiale des dommages, a tenu à assurer que des mesures appropriées seront prises pour protéger le personnel américain et ses alliés.

Le président des États-Unis Donald Trump a été informé des frappes visant des installations américaines en Irak et suit la situation «de près», a annoncé e son côté mardi soir la Maison-Blanche.

«Nous sommes au courant des informations concernant des attaques contre des installations américaines en Irak. Le président a été informé, suit la situation de près et consulte son équipe de sécurité nationale», a indiqué Stephanie Grisham, porte-parole de l’exécutif américain.

Le monde retient son souffle

Depuis que les États-Unis ont assassiné Soleimani, le monde entier redoute une déflagration dont l’impact pourrait toucher au-delà du Moyen-Orient.

Non seulement le Parlement irakien a réclamé le départ des troupes étrangères du pays, mais Le Parlement iranien a de son côté adopté en urgence une loi classant toutes les forces armées américaines comme « terroristes » après la mort de l’architecte de la stratégie de l’Iran au Moyen-Orient, souvent considéré comme un héros dans son pays pour le combat contre l’EI.

Un retrait des troupes américaines «serait la pire chose qui puisse arriver à l’Irak», a toutefois affirmé aujourd’hui Donald Trump, évoquant le danger que représente à ses yeux pour ce pays l’imposant voisin iranien. «À un moment donné, nous partirons», «mais ce moment n’est pas venu», a-t-il déclaré.

Quasiment au même moment, son secrétaire à la Défense Mark Esper martelait, lors d’une conférence de presse, que la politique américaine n’avait «pas changée»: «Nous ne quittons pas l’Irak ».

Mais, après le vote au Parlement irakien, le premier ministre d’Irak Adel Abdel al-Mahdi a bel et bien réclamé à son tour lors d’une rencontre avec l’ambassadeur américain le départ des troupes, contrairement à ce qu’a affirmé le secrétaire à la Défense Esper.

De plus, le raid de vendredi qui a tué Soleimani a ressoudé et même élargi les rangs de «l’axe de la résistance» mené par Téhéran, son allié libanais du Hezbollah et le Hachd irakien. Ralliés sous la bannière de l’anti-américanisme, ils ont annoncé mardi soir avoir formé de nouveaux « bataillons ».

«Les Marines américains doivent rentrer dans leurs repaires immédiatement pour préparer leurs cercueils parce que “les bataillons de la résistance internationale” ont été formés pour leur adresser une réponse sévère et étudiée aux forces américaines terroristes », a annoncé dans la soirée Akram al-Kaabi, chef de Noujaba, l’une des factions pro-Iran les plus radicales du Hachd.

Plus tôt, son numéro deux, Nasser al-Chemmari, avait annoncé «une guerre contre la présence américaine dans tous les endroits de la région que nous pouvons toucher», citant notamment l’ambassade américaine à Bagdad, «un nid d’espions» selon ses mots, déjà attaquée il y a une semaine par des milliers de pro-Iran.

«Les milliers de Marines qui s’y trouvent sont des cibles potentielles», avait-il insisté, alors que la coalition antidjihadistes et l’OTAN ont déjà suspendu leurs opérations en Irak pour se consacrer à la protection de leurs troupes.

Le leader chiite Moqtada Sadr a réactivé récemment sa milice qui avait tué des dizaines de soldats américains lors de l’occupation des États-Unis à partir de 2003.  

Un chef du Hachd avait promis aux Américains «l’enfer au-dessus de leurs têtes»

Tout va très bien, Madame la Marquise, assure Trump

Donald Trump a enfin réagi par un tweet à 21h45.

Dans ce tweet au ton particulièrement léger et plutôt apaisant, le président américain a indiqué qu’il ferait une déclaration mercredi matin et laissé entendre que le bilan n’était pas très lourd. «L’évaluation des dégâts et des victimes est en cours. Jusqu’ici, tout va bien !».

De son côté, Mohammad Javad Zarif, chef de la diplomatie iranienne, avait affirmé quelques minutes plus tôt que son pays avait mené et «terminé» dans la nuit des représailles «proportionnées». «Nous ne cherchons pas l’escalade ou la guerre», a-t-il insisté.

Donc, en principe, s’il n’y pas de réplique, ça devrait d’arrêter là.

L’agence fédérale de l’aviation américaine (FAA) a pour sa part interdit aux avions civils américains le survol de l’Irak, de l’Iran et du Golfe.

Et les cours du pétrole s’envolaient de plus de 4,5 % mercredi matin dans les échanges en Asie.

*Avec AFP