Irak: raid sur Taji, un des trois lieux où est déployée la mission de l’OTAN dirigée par le Canada

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L’escalade entre les Etats-Unis et l’Iran se poursuit samedi avec un nouveau raid contre les pro-Téhéran en Irak, attribué aux États-Unis, ce que dément toutefois le Commandement central américain, responsable de cette zone.


Mise à jour 04/01/2020, 8h42

L’OTAN a suspendu ses opérations d’entraînement en Irak, a indiqué ce samedi à 45eNord.ca le porte-parole de l’Alliance, Dylan White.


Le raid a cette fois frappé Taji, un district rural au nord de la capitale irakienne, un des trois lieux, avec Bismayah, à l’est de Bagdad, et Bagdad même, où est située le siège de la mission, où les soldats de la mission de l’OTAN en Irak, la N.M.I., dirigée par la major-générale Jennie Carignan, mènent leur mission d’aide et d’assistance aux forces irakiennes.

La mission de l’OTAN compte près de 550 soldats, dont environ 220 Canadiens. On ne rapporte aucune victime canadienne pour l’instant.

Peu après que le président américain Donald Trump a assuré ne pas chercher la guerre avec l’Iran, Washington aurait selon le groupe pro-iranien irakien Hachd al-Chaabi de nouveau frappé en Irak.

Il y a eu « des morts et des blessés » dans un raid aérien contre un convoi du Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires pro-Iran désormais intégrés à l’Etat irakien, au nord de Bagdad, a aussi indiqué une source policière.

Le groupement général de groupes paramilitaires des Forces de mobilisation populaire irakiennes (Popular Mobilization Force ou P.M.U.) a déclaré samedi que la nouvelle frappe aérienne américaine ciblant ses combattants avait frappé un convoi de médecins, et non de hauts dirigeants, comme l’ont rapporté certains médias.

« Des sources initiales confirment que la frappe a visé un convoi de médecins des Forces de mobilisation populaire près du stade Taji à Bagdad », a indiqué le P.M.U. dans un communiqué.

Les frappes ont fait six morts et trois blessés graves, a pour sa part indiqué aux médias une source de l’armée irakienne.

Des informations continuent de circuler toutefois disant qu’un important leader de la milice, Chibal Zaidi, aurait été tué par cette frappe.

Pour sa part, le porte-parole du Commandement central américain, responsable de cette zone, dément avoir mené mené cette frappe.

Pour le moment, la situation reste confuse, mais, chose certaine, le danger va en croissant.

Le Canada appelle aussi à la retenue

Suite à la mort du général Soleimani, Dylan White, porte-parole de l’OTAN, avait déclaré à 45eNord.ca: «L’OTAN suit de très près la situation dans la région. Nous restons en contact étroit et régulier avec les autorités américaines.La sécurité de notre personnel en Irak est primordiale. Nous continuons de surveiller l’environnement de sécurité et de prendre toutes les précautions nécessaires.».

Le Canada a également appelé à la «retenue» et souhaite une   « désescalade.»

Le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, avait déclaré vendredi par voie de communiqué au lendemain de l’élimination de Soleimani à Bagdad, que le Canada appelait «…toutes les parties à faire preuve de retenue et à poursuivre la désescalade. Notre objectif est et demeure un Irak uni et stable».

Sans appuyer la frappe contre le général Soleimani, le chef de la diplomatie canadienne a fait observer que «Le Canada est depuis longtemps préoccupé par la Brigade al-Qods des Gardiens de la révolution islamique, dirigée par Qasem Soleimani, dont les actions agressives ont eu un effet déstabilisateur dans la région et au-delà.»

Se référant ensuite aux troupes canadiennes en Irak, dans le cadre d’une mission de l’OTAN, le ministre canadien a aussi déclaré que «Le Canada est en contact avec nos partenaires internationaux. La sécurité et le bien-être des Canadiens et Canadiennes en Irak et la région, y compris nos troupes et de nos diplomates, sont d’une importance primordiale», alors que les observateurs craignent désormais en raison de l’intensité des tensions que l’Iran ou les factions pro-Iran dans la région puissent s’en prendre aux alliés des États-Unis.

Quant aux civils, Affaires mondiales Canada a enjoint les Canadiens à éviter tout voyage en Irak «en raison de l’état de sécurité volatil, imprévisible et potentiellement dangereux», ajoutant «Si vous vous trouvez en Iraq, envisagez de quitter le pays par un moyen de transport commercial si vous pouvez le faire de façon sécuritaire.»

Bilan des tensions qui ne cessent de monter

La veille déjà, c’est un « tir de précision d’un drone » américain qui avait plongé le monde entier dans l’incertitude, faisant redouter « une nouvelle guerre dans le Golfe » que « le monde ne peut se permettre », selon l’ONU.

Egalement au beau milieu de la nuit, le bombardement américain avait pulvérisé deux voitures qui sortaient de l’aéroport de Bagdad. A l’intérieur, Soleimani, l’architecte de la stratégie iranienne au Moyen-Orient, et Abou Mehdi al-Mouhandis, l’homme de l’Iran à Bagdad, étaient tués sur le coup.

Téhéran a promis « une dure vengeance » pour la mort de son général le plus populaire que tous au Moyen-Orient pensaient absolument intouchable. Qui sera menée « au bon endroit et au bon moment », a ajouté l’Iran, augmentant les craintes en Irak que le pays ne serve de champ de bataille interposé à ses deux alliés, Téhéran et Washington.

Bagdad a déjà dit redouter « une guerre dévastatrice » sur son sol, qui devrait être samedi le terrain d’une nouvelle démonstration de force de Téhéran et de ses alliés locaux, avec des funérailles officielles et populaires des deux hommes tués dans la nuit de jeudi à vendredi.

Mardi, le cortège funéraire de 25 combattants pro-Iran tués dans des frappes américaines près de la Syrie avait dégénéré dans l’ultrasécurisée Zone verte de Bagdad. Sous les coups de barres de fer et autres béliers de fortune, la première enceinte de l’ambassade américaine à Bagdad avait cédé sous la pression de plusieurs milliers de pro-Iran en colère.

Samedi, c’est dans ce quartier où siègent, outre la chancellerie américaine, les plus hautes institutions d’Irak, que l’Etat irakien tiendra des funérailles nationales pour Soleimani et Mouhandis, avant que les corps des dix morts du raid américain à l’aéroport de Bagdad ne soient présentés à la foule à Bagdad puis emmenés dans les deux villes saintes chiites du sud de l’Irak, Kerbala et Najaf, pour des dernières prières avant l’enterrement de Mouhandis et le départ du corps de Soleimani vers l’Iran.

Loin de Bagdad, sous haute sécurité à l’approche du début des funérailles, l’escalade entre Téhéran et Washington se poursuit, chacun s’estimant en droit de se « défendre ».

M. Trump a déclaré avoir ordonné l’élimination de Soleimani pour « arrêter » une guerre et non pour en commencer une, affirmant qu’une attaque contre des Américains était « imminente ».

Et aux autres « terroristes » qui menaceraient les intérêts de Washington, il a lancé: « Nous vous trouverons. Nous vous éliminerons ».

« Nous ne cherchons pas de changement de régime » en Iran, a-t-il en revanche assuré.

En République islamique, trois jours de deuil ont été décrété en mémoire de Soleimani, 62 ans, alors que vendredi déjà des dizaines de milliers de personnes avaient défilé à Téhéran au cri de « Mort à l’Amérique ».

Les Etats-Unis ont commis leur « plus grave erreur » en tuant Soleimani, a averti le Conseil suprême de la sécurité nationale, plus haute instance sécuritaire d’Iran. « Ces criminels subiront une dure vengeance au bon endroit et au bon moment. » 

Le guide suprême iranien Ali Khamenei et le président Hassan Rohani, qui ont rapidement nommé le successeur de Soleimani, Esmaïl Qaani, ont eux aussi appelé à des représailles.

En Irak voisin, secoué depuis des années par des violences à chaque soubresaut des tensions entre l’Iran et les Etats-Unis aujourd’hui à leur paroxysme, les pro-Iran ont désormais la haute main.

Carte de l’état des relations de l’Iran avec les pays du Moyen-Orient. [AFP]

Bruit de bottes en Irak

Depuis que les Etats-Unis ont tué Soleimani, ils ont créé un consensus rare dans un Irak déchiré depuis plus de trois mois par une révolte populaire dénonçant notamment la mainmise de l’Iran.

Parce que Washington a « violé la souveraineté de l’Irak », selon les mots des plus hauts dirigeants de l’Etat, les commandants du Hachd ont appelé leurs combattants à se « tenir prêts ». 

Le turbulent leader chiite irakien Moqtada Sadr a même réactivé l’Armée du Mehdi, sa milice dissoute après avoir harcelé l’occupant américain en Irak (2003-2011).

Il faut désormais, a exhorté Hadi al-Ameri, le patron des pro-Iran au Parlement, « serrer les rangs pour bouter les troupes étrangères » hors d’Irak.

Les députés doivent se réunir dimanche et pourraient dénoncer l’accord irako-américain qui encadre la présence de 5.200 soldats américains sur le sol irakien. Et ce, au moment même où Washington annonce déployer 3.000 à 3.500 soldats supplémentaires au Koweït, voisin de l’Irak, en prévention selon un haut responsable du Pentagone, en plus de 750 autres déjà envoyés cette semaine.

L’allié libanais de Téhéran, le Hezbollah, a promis « un juste châtiment » aux « assassins ». Et au Yémen, les rebelles Houthis, soutenus par Téhéran, ont appelé à des « représailles rapides ».

A Washington, le camp républicain de M. Trump applaudissait alors que leurs adversaires démocrates critiquaient une décision jugée irréfléchie.

« Le président Trump vient de jeter un bâton de dynamite dans une poudrière, et il doit au peuple américain une explication », a réagi l’ancien vice-président Joe Biden, candidat aux primaires pour la présidentielle de novembre.

Dans les grandes capitales, l’inquiétude dominait.

Vladimir Poutine et Emmanuel Macron se sont appelés, et ont dit s’inquiéter du risque de « sérieusement aggraver la situation » au Moyen-Orient. Pékin et Londres ont appelé à la « désescalade ».

Côté économique, les cours du pétrole ont bondi, les marchés craignant des perturbations voire un blocage de pétroliers dans le détroit d’Ormuz.

*Avec AFP