Trump menace de frapper 52 sites en Iran, la tension monte

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Donald Trump à Mar-a-Lago, à Palm Beach en Floride, le 3 janvier 2020. [AFP]
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Le président Donald Trump a averti samedi Téhéran que les États-Unis ont identifié 52 sites en Iran et les frapperont «très rapidement et très durement» si la République islamique attaque du personnel ou des objectifs américains.


Mise à jour 05/01/2020, 7h47

Téhéran sert un avertissement à Trump après ses menaces. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a mis en garde le président américain, écrivant sur son compte Twitter «Ayant gravement violé le droit» international avec les «lâches assassinats» vendredi du général iranien Qassem Soleimani et d’un chef milicien pro-Iran en Irak, M. Trump «menace encore de commettre de nouvelles violations […] des normes impératives du droit international », de franchir de nouvelles « lignes rouges».

De son côté, l’armée iranienne a répondu au dernier défi de Donald Trump en disant douter que les États-Unis aient le « courage » de frapper l’Iran.«Ils disent ce genre de choses pour détourner l’attention de l’opinion mondiale de leur acte odieux et injustifiable», a déclaré le général de division Abdolrahim Moussavi, commandant en chef de l’armée iranienne, cité par l’agence officielle Irna, en faisant référence à l’assassinat du général Soleimani. Mais « je doute qu’ils en aient le courage», a ajouté l’officier.

Et, pendant ce temps, une marée humaine a envahi les rues d’Ahvaz en Iran dimanche au premier de trois jours d’hommage national en Iran au général Qassem Soleimani.


Certains de ces sites iraniens «sont de très haut niveau et très importants pour l’Iran et pour la culture iranienne », a précisé M. Trump dans un tweet. «Les États-Unis ne veulent plus de menaces !», a-t-il prévenu.

M. Trump a souligné que le chiffre de 52 correspondait au nombre d’Américains qui avaient été retenus en otages pendant plus d’un an à partir de la fin de 1979 à l’ambassade des États-Unis à Téhéran.

L’annonce de Donald Trump intervient en réponse aux menaces de vengeance émises par la direction iranienne après la frappe américaine qui a tué à Bagdad le général iranien Qassem Soleimani, qui était le chef de la Force Al-Qods, chargée des opérations extérieures de l’Iran.

Lire aussi «Irak: pas intimidées du tout, les factions pro-Iran attaquent une autre base abritant des Américains» >>

«Pas de guerre contre l’Iran»: des manifestants défilent aux Etats-Unis

Des manifestants contre la présence militaire américaine en Irak défilent à New York le 4 janvier 2020. [AFP]

En scandant « pas de guerre contre l’Iran » et « les USA hors du Proche-Orient », des manifestants se sont rassemblés samedi à Washington, New York et à travers les Etats-Unis après la frappe américaine qui a tué le puissant général iranien Qassem Soleimani. 

Devant la Maison Blanche, ils étaient environ 200 à se rassembler à l’appel d’organisations de gauche. Derrière le mot d’ordre « Retrait des USA d’Irak maintenant! Et pas de guerre et de sanctions contre l’Iran! », elles avaient convoqué ces manifestations dans quelque 70 villes.

« Nous ne permettrons pas que notre pays soit entraîné dans une autre guerre inconsciente », a lancé l’un des organisateurs à la petite foule, qui s’est ensuite dirigée vers l’hôtel Trump, non loin de la Maison Blanche. 

« Besoin de détourner l’attention? Déclenchez une guerre », pouvait-on lire sur la pancarte brandie par Sam Crook, âgé de 66 ans, qui se disait « inquiet ». 

« Ce pays est entre les mains de quelqu’un qui n’est pas stable mentalement, Donald Trump », a-t-il déclaré à l’AFP. « J’ai peur qu’il déclenche par inadvertance — je pense qu’il ne le veut pas vraiment — une véritable déflagration au Proche-Orient ».

Shirin, une Irano-Américaine âgée de 31 ans qui a préféré ne pas donner son nom de famille, s’est aussi dite « inquiète de la possibilité d’une guerre avec l’Iran ».

« On a déjà dépensé des trillions de dollars pour mener des guerres injustes en Irak (…) et en Afghanistan, et à quoi cela a-t-il mené? », a-t-elle expliqué, en ajoutant que l’Iran en était notamment sorti renforcé, devenant une « force politique, sociale et culturelle majeure en Irak ». 

Sur Times Square, à New York, les manifestants ont défilé en brandissant aussi des panneaux appelant à ne pas entrer en « guerre contre l’Iran » et à retirer les troupes américaines d’Irak. 

« La guerre n’est pas une stratégie de réélection », pouvait-on lire sur un panneau.

Des rassemblements étaient également organisés samedi à Chicago devant l’immeuble Trump Tower ou encore à Los Angeles. 

Pendant ce temps, en Iran, on brûle des drapeaux américains

Des Iraniens brûlent des drapeaux américains et israéliens lors d’une manifestation anti-américaine le 4 janvier 2020 à Téhéran au lendemain de l’assassinat dans une frappe américaine du puissant général iranien Qasem Soleimani. [AFP]

Des drapeaux américains et israéliens ont été brûlés samedi dans la capitale iranienne où des milliers de personnes pleurent la perte du puissant général iranien Qassem Soleimani, assassiné vendredi dans un raid américain en Irak.

« Nous sommes avec vous », a scandé la foule agitant les mains à l’unisson lors d’un rassemblement sur la place de la Palestine à Téhéran, a rapporté un correspondant de l’AFP.

Soleimani, 62 ans, chef de la Force Qods des Gardiens de la révolution, chargée des opérations extérieures d’Iran et architecte de la stratégie iranienne au Moyen-Orient, a été tué vendredi dans une frappe aérienne américaine devant l’aéroport international de Bagdad. 

Sa mort a choqué la République islamique et suscité des craintes d’une nouvelle guerre au Moyen-Orient. 

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a promis une « vengeance sévère » et décrété trois jours de deuil.

Lors du rassemblement de samedi à Téhéran, des manifestants ont brandi des pancartes appelant à la « vengeance » tandis que des femmes vêtues de noir tenaient des portraits de Soleimani et Khamenei.

Un homme portant un masque est monté sur un monument en pierre tenant des drapeaux américains et israéliens en feu tandis que d’autres scandaient « Mort à l’Amérique ». 

« Notre réponse sera certainement au-delà du lancement de certains missiles ou de la destruction de certaines bases américaines », a déclaré Milad Najafi, l’un des manifestants en pleurs.

« Je pense que notre vengeance sera l’anéantissement d’Israël », a déclaré cet étudiant à l’AFP. Un autre manifestant, Ali Gholinam, a rendu hommage à Soleimani comme « le plus grand homme que nous ayons eu ».

« Les membres du +Front de la résistance+ pleurent maintenant ce grand homme », a-t-il déclaré à l’AFP, faisant référence aux alliés de l’Iran dans la région. « Je ne sais pas quelle pourrait être la réponse, mais elle doit être proportionnelle », a-t-il dit. 

Le corps de Qassem Soleimani doit être transféré en Iran dimanche avant les cérémonies à Ahvaz, Téhéran, Machhad et Qom et il sera inhumé dans sa ville natale de Kerman mardi.

C’est une frappe ordonnée par Donald Trump qui a tué vendredi à Bagdad le puissant général iranien Qassem Soleimani et l’homme de l’Iran en Irak, Abou Mehdi al-Mouhandis.

La communauté internationale redoute désormais une déflagration, après une escalade verbale et des appels à la vengeance. Washington a annoncé le déploiement de 3.000 à 3.500 soldats supplémentaires dans la région.