Un système de défense antiaérien iranien a abattu par erreur le vol 752

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[Croissant rouge iranien]
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Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a affirmé jeudi que le Boeing 737 qui s’est écrasé mercredi près de Téhéran avait été abattu par un missile iranien, probablement par erreur.


Mise à jour 10/01/2020, 9h25

Le Bureau canadien de la sécurité des transports a indiqué avoir accepté une invitation de l’autorité de l’aviation civile iranienne à se joindre à l’enquête. M. Trudeau a par ailleurs estimé que la France, dont la société Safran fabrique les moteurs du Boeing 737 en partenariat avec l’Américain General Electric, devrait être associée étroitement aux investigations. 

Téhéran a aussi invité Boeing, le constructeur de l’aéronef, à « participer » à l’enquête. 


« Nous avons des informations de sources multiples, notamment de nos alliés et de nos propres services » qui indiquent que l’avion a été abattu « par un missile sol-air iranien », a déclaré M. Trudeau lors d’une conférence de presse. « Ce n’était peut-être pas intentionnel », a-t-il ajouté.

« Ces informations vont sans aucun doute provoquer un nouveau choc aux familles déjà endeuillées par cette tragédie sans nom », a-t-il poursuivi. Pour lui, ces derniers développements renforcent « la nécessité d’une enquête approfondie », à laquelle il souhaite que le Canada soit associé.

Les autorités iraniennes affirment de leur côté que les « rumeurs » selon lesquelles l’avion d’Ukraine Airlines International aurait été abattu intentionnellement par un missile n’ont « aucun sens ».

Le vol 752 d’Ukraine International Airlines, un Boeing 737–800 faisait route de l’aéroport international de Téhéran Imam Khomeini à l’aéroport international de Kiev Boryspil, lorsqu’il a cessé de transmettre ses données mardi quelques minutes seulement après le décollage et peu de temps après que l’Iran a lancé des missiles dans des bases militaires abritant des forces américaines et alliées en Irak voisine. 

Selon trois responsables, un haut responsable du renseignement américain et un responsable du renseignement irakien s’exprimant sous-couvert d’anonymat parce qu’ils n’étaient pas autorisés à s’exprimer publiquement sur le dossier et cités par le magazine américain Newsweek, l’avion aurait été heurté par un système de missiles sol-air Tor-M1 de construction russe, connu par l’OTAN sous le nom de Gauntlet.

Il faut dire que des images ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux dès mercredi de ce qui semblait être des fragments d’un missile Tor M-1 qui aurait été retrouvé.

Les deux responsables américains ont dit croire que l’incident était toutefois accidentel.

Selon ces sources, les systèmes de défense devaient probablement être actifs après la réponse iranienne face à l’attaque américaine qui a tué la semaine dernière le commandant de la Force des gardes de la révolution Qods, le général de division Qassem Soleimani,

Le commandement central américain a refusé de commenter la question lorsqu’il a été contacté par Newsweek. Aucune réponse ou commentaire n’a été apporté, tant par le commandement central américain que par le Conseil de sécurité nationale ou le Département d’État.

Une cinquantaine d’experts ukrainiens sont arrivés jeudi à Téhéran pour participer à l’enquête et notamment au décryptage des boîtes noires de l’appareil, mais une certaine confusion règne sur le sort de ces boites noires, cruciales pour les investigations à venir. 

Seuls quelques pays, dont les Etats-Unis, mais aussi l’Allemagne ou la France, ont les capacités techniques d’analyser les boîtes noires et mercredi, l’agence Mehr, proche des ultraconservateurs, a cité des propos d’Ali Abedzadeh, président de l’Organisation de l’aviation civile iranienne (CAO) selon lesquels l’Iran ne remettrait pas les boîtes noires aux Américains.

Ce qui a fait dire au président américain, conscient, avec les tensions extrêmes Iran-États-Unis,que l’Iran ne voulait pays livrer les boîtes noires à un pays qu’il considérait hostile, «A un moment ou à un autre, ils remettront les boites noires, idéalement à Boeing [le fabricant de l’appareil abattu, mais une compagnie américaine],mais s’ils les donnent à la France ou un autre pays, cela irait aussi»

Un peu plus tôt aujourd’hui, Kiev affirmait dans un rapport étudier sept thèses pour expliquer l’écrasement, parmi lesquelles celle d’un tir de missile, d’un attentat ou d’un problème technique.

Sur les 176 personnes à bord, 82 étaient iraniennes, 63 canadiennes et 11 ukrainiennes (dont neuf membres d’équipage), ainsi que 10 suédois, sept afghans et trois allemands. Aucune n’a survécu.

Le ministre des Affaires étrangères canadien François Philippe Champagne s’est pour sa part entretenu pour sa part hier soir avec son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif, et a souligné qu’il est «important que les autorités canadiennes aient un accès en Iran rapidement afin de fournir des services consulaires, aider à l’identification des victimes et faire partie de l’enquête sur l’accident».

Le ministre Champagne a également déclaré lors de sa conversation avec M. Zarif que le Canada et les Canadiennes et Canadiens «ont des questions auxquelles il faudra des réponses».

Les drapeaux canadiens, ici et ailleurs dans le monde, sont en berne en hommage aux victimes de l’écrasement.

*Avec AFP