Arctique: la Russie a la suprématie, dit le patron du NORAD

General Terrence J. O’Shaughnessy is Commander, United States Northern Command and North American Aerospace Defense Command. (US Air Force)
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Les États-Unis et le Canada ont perdu leur suprématie militaire dans l’Arctique au profit de la Russie, a mis en garde le patron du NORAD, le général Terrence O’Shaughnessy, jeudi.

Selon lui, il est absolument nécessaire de moderniser le système d’alerte précoce vieillissant du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD).

Dans un rapport remis au Comité des forces armées du Sénat des États-Unis, l’officier supérieur de l’organisation de défense canado-américaine soutient que la Russie a progressivement étendu sa présence militaire dans l’Arctique en améliorant ses bombardiers à longue portée et en mettant en service de nouveaux navires de guerre capables de transporter des missiles de croisière.

Ces armes ainsi que les nouveaux lanceurs de missiles de croisière terrestres installés sur le territoire russe constituent une menace nouvelle et directe pour l’Amérique du Nord en raison de leur portée et de leur capacité à se déployer dans l’Arctique, ajoute le général O’Shaughnessy.

«L’Arctique n’est plus un mur de forteresse. Nos océans ne sont plus des fossés protecteurs. [Les Russes] ont maintenant des voies d’approche pour leurs armes conventionnelles avancées et les plateformes qui les portent, écrit-il. La Russie n’a cessé d’étendre sa présence militaire dans la région en déployant des missiles de croisière avancés à longue portée. Elle ne nous laisse pas d’autres choix que d’améliorer nos capacités de défense intérieure.»

Il y a près de deux semaines, deux bombardiers russes pouvant transporter des missiles de croisière ont frôlé l’espace aérien canadien au-dessus de l’Arctique.

Le commandant du NORAD s’inquiète aussi de l’intérêt croissant manifesté par la Chine pour l’Arctique. Dans son rapport, il note l’existence de signes démontrant « une coopération stratégique naissante, mais croissante » entre le géant asiatique et la Russie. Il cite l’exemple d’une patrouille comprenant des appareils des deux pays en juillet.

Un système vieillissant

La dernière mise à jour du système technologique remonte aux années 1980, bien avant la fin de la guerre froide. Les États-Unis ont la capacité de détruire des missiles depuis le milieu des années 2000, mais le Canada a décidé en 2005 de ne pas adhérer à ce qui est aujourd’hui connu sous le nom de «bouclier antimissile».

La politique de défense présentée en 2017 par le gouvernement Trudeau mentionnait la nécessité de moderniser le NORAD contre les nouvelles menaces, mais les pourparlers avec les Américains à ce sujet ont été minimes. Aucune somme d’argent n’a encore été mise de côté pour un projet qui coûtera sans doute plusieurs milliards de dollars.

Le général O’Shaughnessy fait valoir les progrès réalisés dans divers secteurs, mentionnant notamment un radar à longue portée qui sera en mesure de détecter les avions et les missiles de croisière pénétrants dans l’Arctique bien avant qu’ils n’atteignent l’Amérique du Nord.

«Afin de récupérer notre avantage stratégique dans le Grand Nord, il est essentiel que nous améliorions notre capacité à détecter et suivre les navires et avions de surface dans nos approches de l’Arctique et à établir des communications sécurisées plus fiables dans ces latitudes.»

Cela comprend la création d’un réseau de capteurs spatiaux et sous-marins qui alimenteraient les systèmes de radar plus traditionnels, souligne-t-il.

«Alors que nous défendons le pays contre des menaces complexes dans tous les domaines, nos commandements comprennent absolument que le statu quo n’est pas acceptable et que nous devons agir maintenant pour construire une défense adaptée offrant une dissuasion crédible», dit le général O’Shaughnessy.