Pompeo appelle à agir en faveur des minorités musulmanes au Xinjiang face à la répression chinoise

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo (d) et son homologue kazakh Mukhtar Tleuberdi, le 2 février 2020 à Nur-Sultan, au Kazakhstan. [AFP]
Temps de lecture estimé : 3 minutes

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, en tournée en Asie centrale, a appelé dimanche la communauté internationale à faire davantage contre la répression des autorités chinoises au Xinjiang, en accordant l’asile aux minorités musulmanes qui s’y trouvent.

« Les Etats-Unis demandent que tous les pays nous rejoignent pour exiger que cela cesse. Nous demandons l’asile pour ceux qui veulent trouver refuge et fuir la Chine », a déclaré M. Pompeo lors d’un point-presse au Kazakhstan aux côtés de son homologue Moukhtar Tleuberdi. « Protégeons la dignité humaine. Faisons ce qui est juste ».

Selon des organisations de défense des droits de l’homme, pas moins d’un million de Chinois musulmans, des Ouïghours du Xinjiang pour la plupart mais aussi des Kazakhs, ont été internés dans des « camps de rééducation » par les autorités communistes chinoises.

Pékin dément ce chiffre et parle de « centres de formation professionnelle », destinés à aider la population à trouver un emploi et à l’éloigner de la tentation de l’extrémisme religieux.

Un rapport de parlementaires américains a accusé en janvier la Chine de « crimes contre l’humanité » au Xinjiang, où les autorités ont engagé une politique de sécurité maximale en réponse à des attentats meurtriers commis contre des civils et attribués à des séparatistes ouïghours.

Le Kazakhstan entretient des relations étroites avec la Chine voisine. Mais cette ex-république soviétique est aussi devenue un lieu de mobilisation pour les organisations traitant de la cause des minorités musulmanes.

Indépendants et souverains

Le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, est attendu dimanche au Kazakhstan et en Ouzbékistan pour renforcer les liens avec ces deux pays d’Asie centrale proches de Moscou et économiquement liés à Pékin.

Après s’être rendu en Ukraine vendredi et samedi au Bélarus, un autre allié de Moscou, Mike Pompeo doit s’entretenir dimanche avec les autorités de ces ex-républiques soviétiques que la Russie considère comme faisant partie de sa sphère d’influence.

En amont de sa visite, M. Pompeo a affirmé que ces pays ayant gagné leur indépendance à la dissolution de l’URSS « veulent être indépendants et souverains ». Il a assuré que Washington comptait les « aider à parvenir à cela ».

Le secrétaire d’Etat américain a toutefois reconnu « une grande présence chinoise et russe » dans la région, partagée entre cinq pays aux gouvernements souvent autoritaires et peu respectueux des droits humains.

Le Kazakhstan, riche en hydrocarbures et en uranium, représente l’économie la plus puissante d’Asie centrale, tandis que l’Ouzbékistan sort tout juste de près de trois décennies d’isolation avec la mort en 2016 de l’ancien despote Islam Karimov.

Washington peine à conserver une influence réelle en Asie centrale, bien que l’Otan y a maintenu une importante présence logistique au plus fort de la guerre en Afghanistan, présence qui est aujourd’hui inexistante.

La Russie y a en revanche maintenu des bases militaires et se trouve à la tête d’une alliance militaire et d’une union économique et douanière qui implique plusieurs pays de la région et lui assure une influence constante, au delà des liens historiques et culturels.

L’Asie centrale est également fortement liée économiquement à la Chine, qui l’a incluse dans son projet commercial gigantesque de nouvelles routes de la soie.

Première visite depuis 2015

L’Ouzbékistan comme le Kazakhstan ont tous deux connu des changements de direction depuis la dernière visite d’un secrétaire d’Etat américain dans la région, qui remonte à celle de John Kerry en 2015.

Au Kazakhstan, Mike Pompeo rencontrera le président Kassym-Jomart Tokaïev tout comme son prédécesseur Noursoultan Nazarbaïev, qui s’est retiré l’année dernière du pouvoir après près de 30 ans à la tête de l’Etat.

En Ouzbékistan, M. Pompeo s’entretiendra avec le président Chavkat Mirziïoïev, qui a lancé d’ambitieuses réformes pour développer le tourisme et attirer les investisseurs tout en gardant intact le système politique autoritaire de son prédécesseur.

L’ancien dirigeant ouzbek Islam Karimov s’était détourné des Etats-Unis en 2005 après des critiques américaines sur la répression de l’opposition. Les relations avaient ensuite progressivement repris.

Chavkat Mirziïoïev avait rendu visite au président Donald Trump à la Maison Blanche en 2018.

En plus de ses rencontres bilatérales, Mike Pompeo s’entretiendra avec les ministres des Affaires étrangères des cinq ex-républiques soviétiques de la région — Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan et Kirghizstan.

Au Bélarus samedi, M. Pompeo a promis de « réels progrès » dans la relation avec cet allié turbulent de Moscou, dont il a dit souhaiter défendre la « souveraineté ».

La veille en Ukraine, également ex-république soviétique cette fois à couteaux tirés avec la Russie, le secrétaire d’Etat américain a assuré que le soutien de Washington n’allait « pas fléchir ».