La guerre en Syrie entre dans sa 10e année, les civils premières victimes

Un membre de la Défense civile syrienne, également connu sous le nom de Casques blancs, combat la flamme sur le site d'une frappe sur la ville d'Ariha tenue par les rebelles dans la province syrienne d'Idleb le 30 janvier 2020. [AFP]
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La guerre en Syrie entre dimanche dans sa dixième année, avec un régime ayant réussi à se maintenir à la tête d’un pays à la population épuisée et à l’économie laminée, où des puissances étrangères aux intérêts divergents jouent des muscles.

Au moins 384 000 personnes, dont plus de 116 000 civils, ont péri dans le conflit, déclenché en mars 2011 par la répression sanglante de manifestations prodémocratie, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une ONG qui dispose d’un vaste réseau de sources dans le pays.

L’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, a déploré la durée et la nature «horrible» du conflit, «preuve d’un échec collectif de la diplomatie», à la veille du 9e anniversaire de la guerre.

Au prix de bombardements dévastateurs, et grâce au soutien des alliés russe et iranien, le régime de Bachar al-Assad a enchaîné les reconquêtes de régions tombées sous contrôle des insurgés. À ce jour, il est parvenu à reprendre plus de 70 % du pays.

Et le principal front actuel de la guerre est la région d’Idlib, ultime grand bastion djihadiste et rebelle dans le nord-ouest, qui bénéficie depuis le 6 mars d’une trêve précaire, après plusieurs mois d’une offensive du régime.

Prévues par cette trêve, des patrouilles conjointes russo-turques – les premières dans le secteur – ont débuté dimanche sur un tronçon de l’autoroute stratégique M4 à Idlib, selon des agences de presse russes.

La police militaire russe et des blindés ont participé à cette patrouille partie du village de Tronba, selon les mêmes sources.

Avant leur lancement, un correspondant de l’AFP a vu une pelleteuse de l’armée turque démanteler des barricades de terre érigées durant la nuit pour entraver l’initiative, sur l’autoroute M4 – qui relie Alep (nord) à Lattaquié (ouest) –, au sud de la localité d’Al-Nayrab.

Quelque 200 personnes étaient aussi rassemblées sur la voie, où des pneus ont été brûlés et des branches d’arbres empilées.

«On a tout perdu»

Appuyé par l’allié russe, le pouvoir était reparti à l’assaut en décembre contre Idlib. L’offensive a entraîné la mort de près de 500 civils, selon l’OSDH, et a déplacé environ un million de personnes, d’après l’ONU.

«Je n’ai jamais connu des jours aussi durs», lâche Siham Abss, 50 ans, installée avec sept de ses enfants dans un camp de déplacés non loin de la frontière turque.

Là, les tentes de bâches en plastique s’alignent le long des routes boueuses, battues par les vents. Comme dans tous les camps de la région, les civils survivent dans des conditions déplorables.

Cette semaine, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a déploré «une décennie de combats qui n’a apporté que des ruines et la misère».

«Les civils payent le plus lourd tribut», a-t-il dit dans un tweet.

C’est à Deraa (sud) que l’étincelle de la révolte est partie, en mars 2011 : des adolescents, inspirés par le Printemps arabe en Tunisie et en Égypte, avaient écrit sur les murs de leur école des slogans anti-Assad.

Les manifestations ont gagné les grandes villes. Avec la répression sanglante, des factions rebelles sont apparues. Le conflit s’est encore complexifié avec la montée en puissance des djihadistes, notamment du groupe État islamique (EI).

La guerre a provoqué l’exode de plus de 11 millions de personnes, déplacés et réfugiés, se pressant parfois aux portes de l’Europe.

«Des centaines de milliers de personnes ont été arrêtées, kidnappées ou sont portées disparues. Les violations des droits humains, les crimes, les destructions et le dénuement ont atteint une échelle monumentale», s’est ému samedi M. Pedersen.

Militante des droits humains, Hala Ibrahim a abandonné les quartiers rebelles d’Alep (nord) reconquis par le régime fin 2016 pour trouver refuge dans la région voisine d’Idlib.

Elle raconte neuf années de « douleurs, entre l’exil, les bombardements et les morts ».

«On a tout perdu. J’ai abandonné mon université, ma maison qui a été bombardée», ajoute la trentenaire.

«Tant d’années de souffrance»

Non seulement toutes les initiatives diplomatiques visant à mettre un terme à la guerre ont échoué, mais aujourd’hui pas moins de cinq armées étrangères interviennent d’une façon ou d’une autre en Syrie.

Les troupes iraniennes et russes sont venues à l’aide du régime, un temps très affaibli.

Les troupes américaines, stationnées dans le nord-est où les Kurdes jouissent d’une semi-autonomie, ont activement participé à la lutte anti-EI, mais veulent aussi enrayer l’influence iranienne.

Au même titre qu’Israël, qui mène régulièrement des frappes contre des positions du régime, de l’Iran ou du Hezbollah libanais.

La Turquie voisine, qui soutient des groupes armés rebelles, a déployé des soldats dans le nord du pays, voulant, entre autres, éviter un nouvel afflux de réfugiés.

La guerre a laminé les infrastructures du pays, entraînant des destructions estimées à quelque 400 milliards de dollars.

Plus de la moitié des installations médicales ne sont pas fonctionnelles, deux écoles sur cinq ne peuvent pas être utilisées, les prix des produits de base ont été multipliés par vingt, selon l’Agence de l’ONU pour l’enfance (UNICEF).

«Notre message est clair: arrêter de frapper les écoles et les hôpitaux. Arrêter de tuer et de mutiler les enfants», a asséné l’organisation.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a souligné vendredi la nécessité «d’aider la population à soigner les séquelles physiques et psychologiques de tant d’années de souffrance».