Afghanistan: augmentation «inquiétante» de la violence après l’accord Etats-Unis-talibans

Un homme passe devant une fresque murale sur laquelle sont peints les portraits de l'émissaire américain Zalmay Khalilzad (g) et du chef politique des talibans, le mollah Abdul Ghani Baradar, le 5 avril 2020 à Kaboul. [AFP]
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La violence a augmenté de manière « inquiétante » en Afghanistan après la signature de l’accord américano-taliban fin février, a rapporté l’ONU lundi, le nombre de victimes civiles du conflit ayant toutefois fortement baissé au premier trimestre 2020, marqué par une trêve partielle.

Quelque 533 civils ont été tués et 760 blessés, a indiqué la mission onusienne en Afghanistan (Manua) dans son rapport trimestriel, un bilan en baisse de 29% par rapport au premier trimestre de l’année 2019.

C’est « le chiffre le plus bas pour un premier trimestre depuis 2012 », a observé dans un communiqué l’ONU, les mois d’hiver, marqués par neige et températures fraîches, étant généralement moins sanglants.

Etats-Unis et talibans ont signé le 29 février à Doha un accord historique sur le retrait des troupes étrangères du sol afghan sous 14 mois en échange de garanties sécuritaires des insurgés.

Ce texte, non ratifié par Kaboul, a été l’occasion d’une trêve de 9 jours, à laquelle les talibans ont mis un terme début mars. Alors qu’ils peinent depuis lors à se mettre d’accord avec le gouvernement afghan, ils ne cessent d’assaillir ses forces de sécurité, tuant des dizaines de soldats et policiers cette dernière semaine.

La Manua dénonce ainsi « une augmentation inquiétante de la violence au cours du mois de mars, à un moment où l’on espérait que le  gouvernement afghan et les talibans entameraient des négociations de paix et chercheraient des moyens pour désamorcer le conflit ».

Les talibans, dans un communiqué, ont « rejeté » le rapport onusien, qu’ils accusent d' »une fois de plus tenter de dissimuler les crimes » des forces américaines et afghanes. 

Alors que les forces pro-gouvernementales sont responsables de 32% des pertes civiles, elles tuent près de deux fois plus d’enfants que les insurgés, principalement dans des frappes aériennes et dans des combats au sol, a toutefois pointé l’ONU.

« Pour sauvegarder la vie d’innombrables civils en Afghanistan et pour donner à la nation l’espoir d’un meilleur avenir, il est impératif que la violence cesse avec l’instauration d’un cessez-le-feu et que démarrent des négociations de paix », a observé Deborah Lyons, qui dirige la Manua.

Les talibans ont rejeté une demande de cessez-le-feu du président Ashraf Ghani à l’occasion du ramadan. L’émissaire américain chargé des négociations entre Etats-Unis et talibans Zalmay Khalilzad a de son côté demandé dimanche aux insurgés de mettre en place un « cessez-le-feu humanitaire » afin de faciliter la lutte contre le coronavirus.