Canada-USA: la guerre des masques n’aura pas lieu

Des travailleurs fabriquent des masques pour répondre à la demande accrue lors de l'épidémie de COVID-19 en Chine dans une usine de Nanjing en février 2020. [AFP]
Temps de lecture estimé : 3 minutes

La Maison-Blanche est revenue sur sa décision d’interdire l’exportation de masques N95 à l’étranger et s’est engagée à éliminer les restrictions d’exportation imposées à 3M, la semaine dernière qui pénalisait notamment le Canada, un allié qui, pourtant, procure lui-même aux États-Unis des services essentiels dans la lutte à la pandémie.

Jeudi dernier, Donald Trump avait en effet annoncé sur Twitter dans son style habituel qu’il avait «frappé 3M durement après avoir vu ce qu’ils faisaient avec leur masque» et qu’il avait eu recours à la Defense Production Act — une loi datant de la guerre de Corée — pour forcer 3M à fabriquer davantage de masques.

Le lendemain, l’entreprise 3M avait annoncé que la Maison-Blanche lui interdisait désormais d’exporter des masques N95 au nord et au sud de la frontière. L’entreprise elle-même n’avait pas craint, dans un communiqué qui ne laissait pas place à l’interprétation, de s’insurger contre la décision de l’administration américaine.

«L’Administration a également demandé à 3M de cesser d’exporter des respirateurs que nous fabriquons actuellement aux États-Unis vers les marchés canadien et latino-américain. Il y a, cependant, des conséquences humanitaires importantes de l’arrêt des fournitures de respirateurs pour les travailleurs de la santé au Canada et en Amérique latine, où nous sommes un fournisseur essentiel de respirateurs.», déclarait 3M, ajoutant « » En outre, la cessation de toute exportation de respirateurs fabriqués aux États-Unis entraînerait probablement d’autres pays à riposter et à faire de même, comme certains l’ont déjà fait. Si cela devait se produire, le nombre net de respirateurs mis à la disposition des États-Unis diminuerait en fait. C’est le contraire de ce que nous et l’administration, au nom du peuple américain, recherchons tous les deux.»

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau avait tout de suite déclaré lors de son point de presse quotidien à Ottawa que Washington faisait une erreur: «Il y a des produits médicaux qui vont dans les deux sens à travers notre frontière et ce serait une erreur pour nos pays d’en limiter l’accès».

Le ministre des Affaires étrangères, l’honorable François-Philippe Champagne, s’est entretenu lundi avec le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo.

Ils ont discuté de la pandémie de la COVID-19 et de l’importance de maintenir une coordination et une coopération étroites entre le Canada et les États-Unis et ont échangé sur le besoin crucial d’assurer la circulation des biens essentiels et de maintenir les chaînes d’approvisionnement intactes pendant la crise actuelle, surtout en ce qui a trait au matériel médical et l’équipement de protection individuelle.

Finalement, lundi, le fabricant 3M s’est engagé est arrivé à une entente avec la Maison-Blanche qui lui permettra «de continuer à envoyer des respirateurs fabriqués aux États-Unis vers le Canada et l’Amérique latine, où 3M est la principale source d’approvisionnement», annonce l,entreprise dans un communiqué..

L’entente prévoit que 3M importera aux États-Unis 166,5 millions de masques N95 au cours des trois prochains mois. Ces respirateurs [l’appellation utilisée par 3M pour désigner ses masques, NDLR] seront fabriqués en Chine à l’usine de la compagnie 3M et ils s’ajoutent aux 35 millions que la compagnie produit déjà chaque mois en sol américain.

«3M et l’Administration [Trump] ont travaillé ensemble pour s’assurer que ce plan ne crée pas de nouvelles implications humanitaires pour les pays qui luttent actuellement contre l’épidémie de COVID-19, et se sont engagés à collaborer davantage pour lutter contre la hausse des prix et la contrefaçon », précise également le communiqué.

Après avoir vu encore une fois avec quelle facilité l’administration Trump peut se tourner contre le Canada, le meilleur allié des États-Unis, il y a peut-être maintenant deux conclusions possibles à cette saga des masques, soit, pour les éternels optimistes, «Tout est bien qui finit bien» ou, pour plusieurs autres, «On l’a échappé belle, cette fois, mais qu’en sera-t-il la prochaine fois ?»

Lire aussi: Au-delà des disputes, Washington dépend des équipements chinois contre le virus >>