Trump licencie un inspecteur du Département d’État qui enquêtait sur Pompeo

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Steve Linick. [AFP]
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Le président américain, Donald Trump, a licencié un enquêteur du gouvernement qui avait ouvert une enquête sur le secrétaire d’État Mike Pompeo, a déclaré un élu démocrate, estimant qu’il s’agissait d’un acte de représailles potentiellement illégal.

Le Département d’État a confirmé le licenciement de l’inspecteur général Steve Linick dans la nuit de vendredi à samedi, sans donner de raison.

Pour sa part, l’élu démocrate Eliot Engel, qui dirige la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, a déclaré avoir appris que M. Linick avait ouvert une enquête sur Pompeo.

«Le fait que M. Linick ait été licencié au milieu d’une telle enquête suggère fortement qu’il s’agit d’un acte de représailles illégal», a ajouté M. Engel.

Un assistant démocrate au Congrès, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a déclaré que M. Linick enquêtait sur des plaintes selon lesquelles M. Pompeo aurait abusé d’une personne nommée par le pouvoir politique pour accomplir des tâches personnelles pour lui et son épouse.

M. Pompeo voyage fréquemment dans le monde entier dans l’avion du gouvernement en compagnie de son épouse, Susan Pompeo, ce qui fait grincer des dents car elle n’a aucun rôle officiel.

Le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo (D),et sa femme Susan Pompeo (G) au Luanda International Airport en Angola le 17 février 2020. [AFP]

L’année dernière, CNN avait rapporté qu’un lanceur d’alerte s’était plaint de voir la sécurité diplomatique chargée de tâches comme s’occuper du chien de la famille ou des courses alimentaires.

Toujours selon CNN, Mike Pompeo aurait lui-même préconisé le renvoi de M. Linick et choisi personnellement son remplaçant, Stephen Akard, un ancien collaborateur du vice-président Mike Pence. 

Depuis l’année dernière, M. Akard dirige le Bureau des missions étrangères du département d’Etat qui s’occupe des relations avec les diplomates en poste aux États-Unis.

D’après la loi américaine, l’exécutif doit prévenir 30 jours à l’avance le Congrès de son intention de démettre un inspecteur général, afin de laisser le temps aux parlementaires de la contester. 

La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a déclaré que M. Linick avait été « puni pour avoir honorablement rempli son devoir de protection de la Constitution et de notre sécurité nationale ».

« Le président doit rompre avec cette habitude d’exercer des représailles et de se venger contre les fonctionnaires qui travaillent au service de la sécurité des Américains, en particulier en ces temps d’urgence mondiale », a ajouté Mme Pelosi.

Nommé par Obama

Procureur de longue date, M. Linick a été nommé en 2013 par le prédécesseur de M. Trump, Barack Obama, pour superviser les 70 milliards de dollars que pèse la diplomatie américaine.

Mike Pompeo, 56 ans, est un très proche collaborateur de Donald Trump et l’un des rares à parvenir à éviter toute divergence visible avec un président impulsif et imprévisible.

Entré en fonction le 26 avril 2018 pour succéder à Rex Tillerson qui entretenait des relations houleuses avec Donald Trump, il a impulsé ces derniers mois un virage de la diplomatie américaine et promu, à l’encontre de l’opinion de nombreux scientifiques, une théorie selon laquelle la pandémie de Covid-19 a démarré dans un laboratoire chinois.

M. Linick a joué un rôle mineur l’an dernier dans le feuilleton de la procédure de destitution contre Donald Trump en remettant au Congrès des documents de l’avocat du président, Rudy Giuliani.

M. Trump, acquitté lors du procès mené au Sénat, avait été accusé par les démocrates d’avoir suspendu une aide militaire à l’Ukraine pour contraindre Kiev à lui fournir des informations compromettantes sur Joe Biden, candidat démocrate à la présidentielle et ancien vice-président de Barack Obama.

Depuis son acquittement, le président américain s’en prend fréquemment à « l’Etat profond » pour critiquer les fonctionnaires fédéraux qui, selon lui, entravent son action.

Il a muté ou limogé des inspecteurs généraux pour le Pentagone, le renseignement et le département de la Santé ainsi qu’un haut responsable scientifique, Rick Bright, qui dirigeait jusqu’à fin avril la Biomedical Advanced Research and Development Authority (BARDA), une agence gouvernementale chargée de développer traitements et vaccins contre le nouveau coronavirus. M. Bright assure avoir été écarté en raison notamment de son opposition à une utilisation large de l’hydroxychloroquine, un médicament un temps vanté par Donald Trump mais sans efficacité prouvée rigoureusement.