Des bases américaines honorant des généraux confédérés pourraient être renommées

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La plus grande base du pays, Fort Bragg, en Caroline du Nord porte le nom d’un ancien général de l’armée sécessionniste, Braxton Bragg, qui est surtout connu pour avoir perdu la grande bataille de Chattanooga en 1863. [U.S. Army Ft. Bragg website]
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L’armée américaine envisage de renommer des bases américaines honorant des généraux confédérés, alors que les manifestations contre les violences policières aux États-Unis ont relancé le débat sur le passé esclavagiste du pays.


Mise à jour 10/06/2020, 17h33

Le président américain Donald Trump s’est dit mercredi catégoriquement opposé à l’idée de rebaptiser des bases militaires honorant des généraux confédérés, une hypothèse pourtant envisagée par le Pentagone.

« Certains ont suggéré de renommer jusqu’à dix bases militaires légendaires », a tweeté le président américain, soulignant que ces bases faisaient désormais partie de « l’héritage américain ». Il a martelé que son gouvernement n’étudierait « même pas » cette éventualité. »Respectez notre armée! », a-t-il conclu.


Plusieurs monuments confédérés ont été déboulonnés depuis la mort de George Floyd, un Américain noir tué lors de son arrestation par un policier blanc à Minneapolis le 25 mai, et le débat sur les disparités raciales a gagné les rangs de l’armée américaine, une des institutions du pays où les minorités sont les plus représentées.

Une statue de généraux sudistes est enlevée à Dallas (Texas) en septembre 2017. [Archives/AFP]

Or dix bases de l’armée de terre, toutes situées dans le sud du pays, portent le nom d’anciens militaires sudistes de la guerre de Sécession (1861-1865), notamment la plus grande base du pays, Fort Bragg, en Caroline du Nord. Elle porte le nom d’un ancien général de l’armée sécessionniste, Braxton Bragg, qui est surtout connu pour avoir perdu la grande bataille de Chattanooga en 1863.

Une base de Géorgie honore Henry L. Benning, un général esclavagiste convaincu, qui avait plaidé pour la création d’une «Slavocratie sudiste». Il existe aussi un Fort Lee, du nom du commandant en chef de l’armée sudiste Robert Lee, à une trentaine de km de Richmond, capitale des États confédérés pendant la guerre.

Les dix bases de l’armée de terre, toutes situées dans le sud du pays, qui portent le nom d’anciens militaires sudistes de la guerre de Sécession sont:Camp Beauregard et Fort Polk en Louisiane; Fort Benning et Fort Gordon en Géorgie; Fort Bragg en Caroline du Nord; Fort A.P. Hill, Fort Lee et Fort Pickett en Virginie; Fort Rucker en Alabama et Fort Hood au Texas. Ces bases ont été ainsi nommées principalement pendant la période des lois Jim Crow dans le sud, dans les années 1910 et 1940. Les lois Jim Crow sont une série d’arrêtés et de règlements promulgués généralement dans les États du Sud des États-Unis et qui constituaient l’un des éléments majeurs de la ségrégation raciale aux États-Unis, distinguant les citoyens selon leur appartenance raciale et, tout en admettant en principe leur égalité de droit, elles imposaient une ségrégation dans tous les lieux et services publics.

Il y a 10 bases de l’armée américaine qui portent le nom de généraux confédérés qui ont combattu pendant la guerre de sécession (12 avr. 1861 – 9 avr. 1865) contre les forces de l’Union. Rangée du haut, de gauche à droite: Braxton Bragg, George Edward Pickett, Henry Benning, A.P. Hill et Leonidas Polk. Rangée du bas, de gauche à droite: John Brown Gordon, John Bell Hood, Robert E. Lee, Edmund Rucker et Pierre Gustave Toutant Beauregard.[montage/Stars and Stripes]

Dans une tribune publiée mardi par le magazine The Atlantic, l’ex-directeur de la CIA David Petraeus, un des anciens militaires les plus respectés du pays, a estimé qu’il était «temps de retirer les noms de traîtres de nos bases militaires les plus importantes», rappelant que les généraux sudistes avaient fait défection de l’armée américaine avant de prendre les armes contre le Nord.

«L’ironie qu’il y a à être formé et entraîné dans des bases qui portent le nom de ceux qui ont pris les armes contre les États-Unis et pour le droit d’asservir les autres ne peut pas échapper à quiconque y prête attention. Maintenant, même tardivement, il est temps pour nous de porter d’y porter attention», écrit aujourd’hui le général à la retraite de l’armée américaine, qui fut aussi directeur de la CIA de 2011 à 2012.

«L’armée américaine a souvent été innovatrice, notamment en termes d’intégration raciale», ajoute David Petraeus. «Nous ne vivons pas dans un pays où Braxton Bragg, Henry Benning ou Robert Lee peuvent être sources d’inspiration. Il est impératif de le reconnaître».

Le Pentagone avait déjà envisagé de renommer ces bases en 2015, après la fusillade de Charleston, en Caroline du Sud, où un jeune suprémaciste blanc avait tué neuf fidèles noirs dans une église.

L’armée de Terre avait finalement choisi de conserver les noms actuels. «Chaque base porte le nom d’un soldat qui a sa place dans notre histoire militaire. Ces noms représentent des individus, non des causes ou des idéologies», avait alors expliqué un porte-parole, le général Malcolm Frost.

*Avec AFP