Les «Boogaloo», nouvelle menace extrémiste, un sergent de la US Air Force inculpé

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Robert Justus, gauche, et Steven Carillo, droite.. [Santa Cruz County Sheriff's Office]
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Un mouvement d’extrême droite dont les adeptes lourdement armés ont perturbé les récentes manifestations antiracistes aux États-Unis est soudain devenu l’un des premiers sujets d’inquiétude des autorités américaines depuis qu’un d’entre eux a tué deux policiers en Californie.

Rares sont ceux qui avaient entendu parler du mouvement «Boogaloo» avant cette année.

Les autorités ont annoncé mardi des accusations de meurtre contre deux hommes en lien avec meurtre d’un adjoint du shérif du comté de Santa Cruz huit jours plus tard, Robert Justus et Steven Carillo.

Steven Carillo, lié au mouvement «Boogaloo» et qui a été inculpé du meurtre d’un policier de la ville d’Oakland durant une récente manifestation contre le racisme et les violences policières le 29 mai, est un sergent californien de la police l’armée de l’air américaine à la Base aérienne Travis, en Californie.

Huit jours après les événements, sa camionnette a été retrouvée plus au sud, près de la ville de Santa Cruz. Lorsque les policiers se sont approchés de sa résidence, il les a pris en embuscade et a tué un second agent.

Steven Carillo, qui possédait chez lui et dans sa camionnette des armes, munitions et de quoi fabriquer une bombe, a écrit «boog» sur le capot de son véhicule, avec son propre sang, au moment de son arrestation.  

Justus, lui, s’est livré au FBI à San Francisco jeudi dernier.

Selon le FBI, Carrillo et Justus se sont rencontrés sur Facebook et le matin de l’attaque, Carrillo a écrit sur sa page: «Allez aux émeutes et soutenez notre propre cause. Montrez-leur les vraies cibles. Utilisez leur colère pour alimenter notre feu. Sortez des sentiers battus. Nous allons avoir des foules de gens en colère à utiliser à notre avantage. »

Le FBI affirme dans la plainte déposé en cour que les hommes ont utilisé les protestations d’Oakland cette nuit-là pour couvrir leur meurtre. «Il n’y a aucune preuve que ces hommes avaient l’intention de se joindre à la manifestation à Oakland. […] Ils sont venus à Oakland pour tuer des flics», a déclaré Jack Bennet, l’agent spécial du FBI responsable de ce dossier.

C’est le deuxième cas d’arrestation de militants de ce groupe d’extrême droite en lien avec le mouvement de protestation historique ayant suivi la mort de George Floyd, asphyxié sous le genou d’un policier blanc à Minneapolis le 25 mai.  

À Las Vegas, trois adeptes du mouvement Boogaloo ont été inculpés début juin d’incitation à la violence lors de marches pacifiques fin mai. Ils étaient notamment en possession d’un cocktail Molotov.

D’autres membres de ce mouvement anti-gouvernement, qui promeut la guerre civile et raciale, ont été arrêtés ces derniers mois.

Un membre du mouvement a été arrêté le 11 avril au Texas après avoir posté sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle il annonçait qu’il allait tendre une embuscade à un policier et le tuer.

À Denver, dans le Colorado, un autre adepte a été arrêté le 1er mai en possession d’une bombe artisanale avant une manifestation contre les restrictions de mouvements dues à la pandémie de coronavirus à laquelle il avait prévu de participer.

Début mai, un gang lourdement armé lié au mouvement avait été arrêté au Texas après une confrontation avec des policiers venus fermer un bar qui avait ouvert en violation des mesures de confinement.

Peu organisés

Des membres du mouvement «boogaloo» armés lors d’un rassemblement pour le 2e amendement (le droit de porter des armes) à Richmond en Virginie en janvier 2020. [Anthony Crider/Wikipédia]

Le terme Boogaloo, qui désigne un courant musical afro-cubain, est utilisé depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux en référence à une nouvelle guerre civile. Le mouvement, qui est peu organisé, rassemble des activistes anti-gouvernement et proarmes à feu, des néonazis et des suprémacistes blancs.

Ce qui les rassemble, c’est leur haine de la police et des autorités et leur propension à porter des fusils d’assaut et des tenues militaires sur des chemises hawaïennes.

«Boogaloo est un terme d’argot pour la guerre civile ou révolutionnaire», expliquait récemment JJ MacNab, une spécialiste de l’extrémisme de la George Washington University. «Mais les sous-groupes qui utilisent ce terme tombent dans des catégories diverses et si jamais ils voulaient former un mouvement uni, ils ne parviendraient pas à s’entendre».

Ils communiquent par le biais des réseaux sociaux. Dans une étude publiée en avril, le Tech Transparency Project a dénombré 125 groupes dédiés à l’idéologie Boogaloo sur Facebook, avec des dizaines de milliers d’abonnés discutant d’armes, d’explosifs et de tactiques pour attaquer les autorités.

Le centre d’études londonien Institute for Strategic Dialogue a lié le mouvement aux opposants aux mesures de confinement imposées pour répondre à la pandémie de coronavirus.

«Les discussions du ’Boogaloo’ se tournent de plus en plus vers la façon d’utiliser la pandémie de COVID-19 à des fins violentes», a-t-il indiqué dans un rapport.

C’était l’objectif dans le cas de Las Vegas. La police a suivi les trois hommes pendant plusieurs semaines grâce à un informateur selon lequel ils prévoyaient de faire exploser des bombes dans des bâtiments officiels en avril et d’y mettre le feu pendant les manifestations anti-confinement, selon l’acte d’accusation.

L’objectif était de provoquer une confrontation entre la police et les manifestants, précise le document.

Ils ont abandonné ce projet, mais ont décidé d’adopter la même tactique lors des manifestations antiracistes fin mai, ajoute l’acte d’accusation. L’un d’eux «était très déçu que les manifestations soient restées pacifiques».

*Avec AFP