Hong Kong: le Canada suspend son traité d’extradition et les exportations militaires

Un policier empêche des manifestants d'installer un barrage dans le district de Mong Kok à Hong Kong le 27 mai 2020. [AFP]
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En réponse à la nouvelle loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin à Hong Kong, le Canada n’autorisera plus l’exportation d’articles militaires sensibles vers ce territoire et suspend également son traité d’extradition avec Hong Kong, a annoncé aujourd’hui le premier ministre Trudeau lors de sa conférence de presse quotidienne sur la pandémie..

La Chine a imposé de nouveaux contrôles stricts à Hong Kong cette semaine, dans ce que le chef de la diplomatie canadienne qualifie de violation du cadre du principe «un pays, deux systèmes» qui devait pourtant rester en vigueur pendant 50 ans après la rétrocession par le Royaume-Uni de Hong Kong à la Chine en 1997.

Le Canada traitera dorénavant les exportations de biens sensibles vers Hong Kong de la même façon que ceux destinés à la Chine.

Le premier ministre canadien a souligné l’«importance » que le Canada accordait au principe d’«un pays, deux systèmes », non seulement pour les 7,5 millions de Hongkongais mais aussi pour «les 300.000 Canadiens qui vivent » sur le territoire.

«C’est pourquoi nous allons continuer d’examiner des mesures que nous pourrions prendre pour assurer la sécurité de ses citoyens», notamment « en matière d’immigration », a-t-il évoqué sans plus de précisions.

Le chef de la diplomatie canadienne, François-Philippe Campagne, a pour sa part expliqué la position de son gouvernement dans un communiqué publié aujourd’hui.

«Le Canada se joint à la communauté internationale pour réitérer sa vive préoccupation face à l’adoption d’une législation sur la sécurité nationale pour Hong Kong par le Comité permanent du Congrès national du peuple de la Chine.

«Cette législation a été promulguée dans le cadre d’un processus secret, sans la participation du corps législatif, du pouvoir judiciaire ou de la population de Hong Kong, et en violation des obligations internationales.

«Ce processus a démontré un mépris pour la Loi fondamentale de Hong Kong et le haut degré d’autonomie promis à Hong Kong en vertu du cadre « un pays, deux systèmes ». Le rôle de Hong Kong en tant que plaque tournante mondiale s’est construit sur cette base. En son absence, le Canada est contraint de réévaluer les dispositions existantes.

«En vigueur immédiatement, le Canada traitera les exportations de biens sensibles vers Hong Kong de la même façon que ceux destinés à la Chine. Le Canada n’autorisera pas l’exportation d’articles militaires sensibles vers Hong Kong.

«Le Canada suspend également le traité d’extradition Canada-Hong Kong.

«Enfin, nous avons mis à jour nos conseils aux voyageurs pour Hong Kong afin d’informer les Canadiens de l’incidence potentielle de la nouvelle législation relative à la sécurité nationale.

«Le gouvernement du Canada continuera de travailler avec ses partenaires pour protéger les droits de la personne et la primauté du droit partout dans le monde.

«Le Canada continuera de soutenir les nombreux échanges significatifs entre le Canada et Hong Kong, tout en appuyant le peuple de Hong Kong.»

Les relations entre le Canada et la Chine traversent une crise sans précédent en raison de la procédure d’extradition vers les Etats-Unis engagée au Canada contre une dirigeante du géant chinois des télécoms Huawei.

Justin Trudeau a récemment rejeté les appels en faveur d’un échange entre la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, et deux Canadiens emprisonnés en Chine et accusés d’espionnage, l’ancien diplomate Michael Kovrig et le consultant Michael Spavor.

Mme Meng avait été interpellée en décembre 2018 à Vancouver à la demande des Etats-Unis qui l’accusent d’avoir contourné les sanctions contre l’Iran et de fraude bancaire.

MM. Kovrig et Spavor avaient été arrêtés quelques jours plus tard et leur détention est considérée en Occident comme une mesure de représailles pour l’arrestation de Mme Meng, ce que Pékin dément.

La décision canadienne de suspendre le traité d’extradition et l’exportation de matériel militaires vers Hong-Kong intervient après que les États-Unis eurent décidé de cesser les ventes d’équipement militaire à Hong Kong.

Pékin renforce son emprise sur Hong Kong

Pendant ce temps, en dépit des critiques, Pékin renforce son emprise sur Hong Kong.

Principaux points résumant la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong. [AFP]

Un dur pour encadrer Hong Kong. Malgré la pression internationale croissante, Pékin a nommé vendredi un responsable à poigne pour s’occuper de la sécurité nationale dans l’ancienne colonie britannique, en vertu d’une loi controversée.

Le nouvellement créé « Bureau de sécurité nationale », qui dépend directement du pouvoir central, a pour tâche de collecter des renseignements et de poursuivre les atteintes à la sûreté de l’Etat à Hong Kong.

Il s’agit de l’une des dispositions prévues par la loi controversée que Pékin a fait passer en force mardi.

Zheng Yanxiong, 56 ans, prend la tête de cet organisme, ont annoncé vendredi les médias d’Etat.

C’est un dur à cuire, un homme de loi et d’ordre », assure à l’AFP le politologue Willy Lam, spécialiste de la Chine à l’Université chinoise de Hong Kong.

L’homme a fait carrière au Guangdong, la province qui borde Hong Kong. M. Zheng est surtout connu pour avoir maté la contestation de Wukan en 2011.

Le village était devenu célèbre lorsque ses habitants s’étaient soulevés pour chasser les caciques locaux du Parti communiste chinois (PCC) qu’ils accusaient de s’enrichir à leurs dépens en saisissant leurs terres.

Ménage sur internet

Le régime communiste a imposé mardi soir à l’ex-colonie britannique un texte très controversé en ce qu’il viole, selon ses détracteurs, le principe « Un pays – deux systèmes » censé garantir à Hong Kong des libertés inconnues ailleurs en Chine.

Jusqu’au dernier moment, Pékin a tenu secret le contenu de cette loi visant à réprimer la subversion, la sécession, le terrorisme et la collusion avec les forces étrangères, en réponse au mouvement de contestation lancé l’an dernier contre le pouvoir central.

Nombre de juristes ont mis en garde contre la formulation très vague d’un texte qui, en se prêtant à toutes les interprétations, encourage l’autocensure.

La nouvelle loi fait souffler un vent de panique chez certains Hongkongais, qui depuis mardi effacent toute trace de leur engagement pro-démocratie sur les réseaux sociaux.

« J’ai changé mon nom de profil et adopté un compte privé pour que mon employeur ne puisse pas voir mes publications qu’il pourrait juger anti-chinoises ou en violation de la loi sur la sécurité nationale », explique sous couvert d’anonymat à l’AFP un employé d’une grande entreprise, dont la direction est selon lui « Pro-Pékin ».

Responsables et banques dans le viseur

L’opposant Nathan Law, le 19 juin 2020 à Hong Kong. [AFP]

A Hong Kong, les autorités paraissent vouloir enfoncer le clou. 

Pour la première fois depuis la promulgation de la loi, un homme d’une vingtaine d’années a été inculpé vendredi pour « incitation à la sécession » et « terrorisme ».   

Et craignant pour sa sécurité, Nathan Law, un des jeunes militants les plus en vue de la contestation de l’an dernier, a annoncé jeudi s’être enfui à l’étranger.

« Compte-tenu des risques, je ne révèlerai pas trop de choses sur l’endroit où je me trouve et ma situation personnelle », a-t-il fait savoir dans un court message.

Vingt-sept pays du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, dont la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Japon, ont condamné la nouvelle loi, tandis que les Etats-Unis ont menacé la Chine de représailles, promettant de ne pas « rester les bras croisés ».

A Washington, le Congrès a voté jeudi une loi qui prévoit de sanctionner les responsables chinois appliquant les nouvelles règles et de cibler les banques qui les financent.  

Pour entrer en vigueur, la loi doit encore être promulguée par le président Donald Trump. La Maison Blanche n’a pas indiqué s’il comptait le faire ou mettre son veto. 

*Avec AFP