Beyrouth: le Canada met sur pied un groupe de travail pour soutenir les personnes touchées par la tragédie

Un couple et des enfants regardent les dommages causés il y a dix jours par l'explosion du port de Beyrouth, le 13 août 2020. (AFP)
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Alors que, les secouristes ont retrouvé vendredi les corps déchiquetés de pompiers tués dans l’explosion meurtrière du port de Beyrouth il y a 10 jours,et tandis que les autorités libanaises, opposées à une investigation internationale, ont chargé un juge local de l’enquête, le Canada met sur pied un groupe de travail pour soutenir les survivants et les autres personnes touchées par la tragédie du 4 août.

Marco E. L. Mendicino, C.P., député, ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, et François-Philippe Champagne, ministre des Affaires étrangères, ont publié la déclaration suivante :

« Les Canadiens ont été choqués et profondément attristés par l’explosion qui a eu lieu à Beyrouth la semaine dernière. Nous pleurons ceux qui ont perdu la vie et souhaitons aux survivants un prompt rétablissement.

La première priorité du gouvernement du Canada est de faire en sorte que les Canadiens touchés ainsi que leurs familles bénéficient de l’assistance consulaire et de tout autre soutien dont ils ont besoin pour traverser cette période difficile. Le Canada met en place un groupe de travail sur le Liban pour soutenir la prestation des services consulaires et pour veiller à ce que les questions et préoccupations liées à l’immigration soient traitées rapidement.

Les citoyens libanais qui se trouvent temporairement au Canada ont également la possibilité de prolonger leur séjour s’ils ne peuvent pas rentrer chez eux en raison de l’explosion. Le Canada renoncera au coût des documents liés au renouvellement de leur statut pour eux, ainsi que pour les Canadiens et les résidents permanents se trouvant au Liban qui doivent rentrer chez eux.

Ces engagements font suite à la promesse d’une aide humanitaire et d’une aide au développement maximale de 30 millions de dollars pour le peuple libanais. Ce financement aidera des partenaires de confiance comme la Croix-Rouge et la Coalition humanitaire à répondre aux besoins urgents des personnes touchées par l’explosion.

Les liens de peuple à peuple entre le Canada et le Liban sont forts. Le Canada continuera à suivre de près la situation pour s’assurer que les survivants de la récente tragédie reçoivent l’aide dont ils ont besoin. Nous demeurons engagés et sommes prêts à lui apporter notre aide dans la mesure du possible. »

  • Les Canadiens et les résidents permanents du Canada qui sont au Liban ont le droit de revenir au Canada, sous réserve des mesures frontalières mises en place pour empêcher la propagation de la COVID-19.
  • Il existe également une exemption pour la famille immédiate à la frontière pour les ressortissants étrangers qui ont un lien de parenté avec des citoyens canadiens et des résidents permanents, sous réserve d’avoir obtenu un visa de résident temporaire valide, de respecter la quarantaine obligatoire de deux semaines et de rester pour un séjour d’au moins 15 jours.
  • Les étudiants étrangers originaires du Liban peuvent se rendre au Canada à condition d’avoir un permis d’études valide délivré avant le 18 mars 2020.
  • Nos partenaires de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, de l’Organisation internationale pour les migrations et des organismes locaux d’établissement ont récemment commencé à reprendre les opérations de réinstallation des réfugiés, et nous continuerons à donner la priorité à la réinstallation des cas les plus urgents.
  • La capacité d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada à traiter les demandes est limitée par la pandémie mondiale, mais nous nous efforçons de donner la priorité aux demandes des Canadiens et des résidents permanents qui rentrent au pays, des groupes vulnérables et des personnes qui assurent des services essentiels.
  • Les Canadiens qui ont besoin d’une aide consulaire au Liban peuvent contacter l’ambassade du Canada à Beyrouth au 961 4 726 700 ou berut-cs@international.gc.ca, ou contacter le Centre de surveillance et d’intervention d’urgence d’Affaires mondiales Canada à Ottawa au + 1-613-996-8885 ou sos@international.gc.ca.

Explosion à Beyrouth: de nouvelles victimes retrouvées, un juge local pour l’enquête

Les secouristes ont retrouvé vendredi les corps déchiquetés de pompiers tués dans l’explosion meurtrière du port de Beyrouth il y a 10 jours, tandis que les autorités libanaises, opposées à une investigation internationale, ont chargé un juge local de l’enquête.

Dans la capitale libanaise sinistrée, les émissaires étrangers se succèdent, signe que le Liban est revenu au centre des luttes d’influence. Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif doit ainsi rencontrer vendredi les responsables libanais.

Il risque de croiser la ministre française des Armées, Florence Parly, et le numéro trois de la diplomatie américaine David Hale, qui doit également s’entretenir avec les dirigeants libanais et des représentants de la société civile.

Ces derniers réclament, de même que la communauté internationale, un gouvernement neutre pour coordonner l’aide qui afflue au Liban, après la démission du cabinet de Hassan Diab. La population accuse les dirigeants d’être responsables, par négligence ou corruption, de l’explosion du 4 août qui a fait plus de 171 morts et 6.500 blessés.

Dans le port dévasté, les secouristes continuent de retrouver des victimes de la déflagration, provoquée par une énorme quantité de nitrate d’ammonium stockée dans un entrepôt.  

Toute la République était au courant, parfois depuis des années, de la présence au milieu de la ville de ces tonnes de nitrate d’ammonium, et ce depuis six ans, de l’aveu même de certains responsables et selon des sources sécuritaires.

Ainsi, les proches de trois pompiers d’une même famille, portés disparus alors qu’ils combattaient un incendie avant l’explosion, ont été informés que les restes de deux d’entre eux avaient été identifiés grâce aux analyses d’ADN.

« Je n’ai pas de mots pour décrire le feu qui nous consume. Imaginez que nous en sommes arrivés à nous féliciter d’avoir retrouvé les restes de deux d’entre vous », a écrit sur Facebook Antonella Hitti, après avoir appris que son frère Najib, 27 ans, et son cousin Charbel, 22 ans, avaient été identifiés.

«Pas d’obsèques»

« Nous n’organiserons pas d’obsèques avant de retrouver Charbel Karam », le troisième pompier de cette même famille, a déclaré au téléphone à l’AFP Mayane Nassif, l’une des proches des victimes.

Jusqu’à présent, les restes de sept des 10 pompiers qui se sont précipités au port de Beyrouth le 4 août pour éteindre l’incendie ont été retrouvés.

Jeudi, les secouristes avaient également retrouvé le corps d’un homme au volant de sa voiture repêchée dans le port.

mage satellite et cartes de la zone dévastée du port de Beyrouth après les explosions du 4 août et localisation des principaux risques biologiques détectés à la suite. (AFP)

Catastrophe de trop pour des Libanais déjà éreintés par une crise économique, l’explosion a relancé le mouvement de contestation déclenché à l’automne 2019 contre la classe politique, accusée de corruption, d’incompétence et de négligence.

Face à la colère de la rue, le gouvernement du Premier ministre Hassan Diab a démissionné lundi, après avoir été formé en janvier par un seul camp politique, celui du Hezbollah pro-iranien et de son allié, le parti du président Michel Aoun, le Courant Patriotique Libre. 

Son successeur doit être nommé par le chef de l’Etat, de plus en plus décrié, sur la base de consultations avec les blocs parlementaires représentant les partis politiques traditionnels que le mouvement de contestation rejette.

Pas d’enquête internationale

Le sous-secrétaire d’Etat américain pour les Affaires politiques, David Hale, qui a rencontré vendredi le président Aoun, a appelé dès son arrivée jeudi à Beyrouth à la formation d’un gouvernement répondant « qui répond à la volonté de son peuple et s’engage véritablement et agit pour la réforme ». 

La France, dont la ministre des Armées a également été reçue vendredi par M. Aoun, fait elle aussi pression en ce sens. Florence Parly devait ensuite accueillir le porte-hélicoptères Le Tonnerre, apportant aide alimentaire et matériaux de construction.

Les autorités libanaises ont nommé le juge Fadi Sawan, connu selon des sources judiciaires pour son indépendance et sa probité, pour mener l’enquête sur les causes de l’explosion.

Mais ce n’est pas lui qui interrogera plusieurs ministres, anciens et actuels, au sujet du nitrate d’ammonium stocké au port: ils devront comparaître devant une instance spéciale.

Jeudi, David Hale a annoncé que la police fédérale américaine (FBI) allait se joindre aux enquêteurs « à l’invitation » des autorités libanaises. Paris a de son côté ouvert une enquête.

Les autorités libanaises rejettent une enquête internationale, malgré les voix qui s’élèvent au Liban et à l’étranger en sa faveur. Des experts de l’ONU ont réclamé une enquête indépendante et rapide, exprimant leur inquiétude devant « l’impunité » dont bénéficient selon eux les responsables politiques libanais.

*Avec AFP