Le chef du Pentagone Mark Esper signe un accord de coopération militaire avec la Tunisie

Le secrétaire à la Défense, Mark Esper, dans le cimetière nord-américain de l'Afrique du Nord à Carthage, en Tunisie, le 30 septembre 2020. Après avoir déposé une couronne en l'honneur des personnes tuées pendant la Seconde Guerre mondiale, Esper a déclaré que les États-Unis s'efforceraient de construire de nouvelles alliances en Afrique et en renforcer d’autres. (DoD)
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Les États-Unis maintiendront des partenariats avec des pays africains partageant les mêmes idées, a déclaré aujourd’hui le secrétaire américain à la Défense, Mark Esper, en visite en Tunisie où il a signé lors de ce qui est sa première visite sur le continent africain un accord de coopération militaire sur dix ans avec la Tunisie, saluant un rapprochement pour faire face à la dégradation de la sécurité en Libye.

Le rôle des États-Unis auprès de l’armée tunisienne s’est développé ces dernières années, notamment dans les domaines de la formation et de l’équipement pour la lutte antiterroriste mais aussi dans le renforcement de la sécurité à la frontière avec la Libye voisine.

«Nous nous réjouissons d’approfondir cette relation afin d’aider la Tunisie à protéger ses ports et ses frontières et à faire reculer le terrorisme », a déclaré le secrétaire américain après avoir rencontré le président tunisien Kais Saied.

L’objectif est de faire face « aux extrémistes violents qui représentent une menace » mais aussi « à nos concurrents stratégiques la Chine et la Russie », a-t-il ajouté au cimetière américain de Carthage devant les tombes de soldats américains tombés en Afrique du Nord

«Aujourd’hui, nos concurrents stratégiques, la Chine et la Russie, continuent d’intimider et de contraindre leurs voisins tout en étendant leur influence autoritaire dans le monde entier, y compris sur ce continent», a-t-il déclaré. «Dans le même temps, les extrémistes violents continuent de constituer une menace non seulement pour la stabilité régionale, mais aussi pour notre patrie. Le partenariat durable des États-Unis avec des pays partageant les mêmes idées – y compris ici en Afrique du Nord – est essentiel pour relever ces défis.»

«La Chine tente de diviser ses alliés naturels et de mettre en place un nouvel ensemble de règles qui répondent à Pékin. La Russie tente d’affirmer sa puissance en agissant comme un spoiler en Europe mais aussi en Libye voisine et en Syrie.», a poursuivi le chef du Pentagone

«L’effort pour contrer cela nécessite une approche pangouvernementale, mais le ministère de la Défense a un rôle à jouer. Le Département de la Défense s’efforce de renforcer les capacités de défense des partenaires et d’atténuer les menaces transnationales, a également déclaré Mark Esper. « « »Nous aidons à dégrader les organisations extrémistes violentes et à fournir une aide humanitaire et des secours en cas de catastrophe aux communautés locales. Et, ensemble, nous continuons à contrer le comportement malveillant, coercitif et prédateur de Pékin et de Moscou, destiné à saper les institutions africaines, à éroder la souveraineté nationale, à créer de l’instabilité et à exploiter les ressources dans toute la région.»

Les États-Unis, qui ont apporté un appui aérien à la coalition de l’OTAN ayant participé à faire tomber Kadhafi en 2011, étaient depuis en retrait, se limitant essentiellement à des frappes contre des repaires djihadistes.

Mais, signe des liens grandissants entre Tunis et Washington, les deux pays mènent régulièrement des exercices militaires conjoints. Depuis la chute du dictateur Zine el Abidine Ben Ali en 2011, les États Unis ont en outre investi un milliard de dollars dans l’armée tunisienne, selon la défense américaine.

L’accord signé mercredi, une feuille de route dont le contenu n’a pas été détaillé, court sur dix ans afin d’établir une relation longue permettant d’assurer la formation et l’après-vente en cas de cession d’armement sophistiqué, indique-t-on dans l’entourage de M. Esper.  

L’utilisation de l’espace aérien tunisien n’a pas été évoqué mercredi et le déploiement d’une base permanente n’est pas considéré comme acceptable par la Tunisie, a indiqué une autre source américaine.

Face aux réticences de la population tunisienne, les autorités tunisiennes ont maintes fois démenti la présence de bases américaines en Tunisie. Mais la présence d’un escadron américain chargé d’opérer des drones au sein d’une base tunisienne à Bizerte avait été confirmée lors d’un procès en cour martiale en 2017 aux États Unis, dont la presse spécialisée américaine s’était fait l’écho.

En mai, le commandement américain pour l’Afrique avait dit envisager l’envoi de troupes supplémentaires en Tunisie au vu de la dégradation de la situation en Libye, déclenchant une levée de boucliers dans le pays.  L’Africom avait ensuite précisé que ces troupes seraient uniquement chargées de formations et non de combat.

A Tunis, M. Esper a également rencontré son homologue tunisien Ibrahim Bartagi, qui a souligné « l’importance du soutien des États-Unis dans le domaine de la sécurité des frontières » notamment grâce à la surveillance électronique, selon le ministère de la Défense. Les deux hommes ont évoqué le rôle de la Tunisie au Mali, pays frappé par des attaques djihadistes où Tunis a déployé des troupes sous la bannière de l’ONU depuis l’an dernier.

Le secrétaire américain achèvera sa tournée vendredi à Rabat, autre allié «majeur» dans la région.

*Avec les agences