Sanctions de l’ONU: l’Iran s’élève contre le «bullying» de Trump

Le président iranien Hassan Rohani lors d'une conférence de presse à New York en marge de l'Assemblée générale de l'ONU le jeudi 26 septembre 2019. [Archives/AFP]
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Face aux prétentions de Washington en ce qui a trait au rétablissement des sanctions de l’ONU, l’Iran s’élève contre le «bullying» de Trump et a affirmé mercredi avoir remporté une «victoire» contre les États-Unis après l’échec du président américain à obtenir du Conseil de sécurité des Nations unies le retour des sanctions internationales contre Téhéran.

«La nation iranienne a remporté un grand succès politique, juridique et diplomatique aux Nations Unies. La raison de cette victoire réside uniquement dans l’adhésion et la résistance du peuple», a déclaré le président iranien Hassan Rohani en conseil des ministres.

«La grandeur de l’Amérique s’est effondrée (tout comme) l’hégémonie mondiale dont ils pensaient disposer», a ajouté M. Rohani dans cette allocution retransmise à la télévision.

En mai 2018, M. Trump a sorti unilatéralement les États-Unis de l’accord international sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015. qui offrait à Téhéran un allègement des sanctions internationales prises à son encontre en échange de garanties iraniennes – vérifiées par l’ONU – destinées à prouver que la République islamique ne cherche pas à se doter de l’arme atomique.

En sortant de ce pacte, Washington a réimposé de lourdes sanctions économiques contre Téhéran qui ont plongé l’économie iranienne dans une récession sévère dont le pays peine à sortir. En riposte au retrait américain, Téhéran s’est progressivement affranchi, à partir de mai 2019, de la plupart de ses engagements clés pris à Vienne.

L’Iran affirme agir de la sorte dans le cadre de l’accord, mais Washington, qui accuse au contraire la République islamique de le violer, a entrepris une manœuvre baroque au Conseil de Sécurité en août, destinée à réimposer contre Téhéran l’ensemble des sanctions onusiennes levées par l’accord de Vienne.

L’argumentaire juridique des États-Unis, reposant sur l’affirmation qu’ils seraient toujours «participants» à un accord qu’ils ont pourtant dénoncé et dont ils se sont retirés, a été rejeté par le Conseil de sécurité et les États-Unis se retrouvent aujourd’hui pratiquement seuls à affirmer que ces sanctions ont été rétablies et s’appliquent au monde entier.

Tout en dénonçant «les violations» à l’accord de Vienne «commises» selon lui «par l’Iran», le président français Emmanuel Macron a déclaré mardi devant l’Assemblée générale de l’ONU que la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni (parties à cet accord), n’avaient aucune intention de «transiger» face à Washington sur leur refus de soutenir un rétablissement des sanctions de l’ONU contre l’Iran.M. Rohani n’a pour sa part fait mercredi aucune allusion aux propos de son homologue français.

Alors que l’Iran commémore le 40e anniversaire du déclenchement, par Bagdad, de la guerre Iran-Irak, le 22 septembre 1980, se faisant l’écho du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khameini, le président Rohani a fait un parallèle entre ce conflit et la « guerre économique » qu’il accuse Donald Trump d’avoir lancée contre la République islamique.

Le but de l’Irak en 1980 et celui des États-Unis en 2018 était dans les deux cas de «renverser le système» de la République islamique, a affirmé le président iranien, pour qui Trump a commis «la même erreur de calcul» que le dictateur irakien Saddam Hussein avant lui.  

Pendant ce temps, des dirigeants arabes ont exprimé mercredi des craintes devant l’Assemblée générale annuelle de l’ONU de voir émerger un nouveau conflit au Moyen-Orient alors que les tensions s’accentuent entre l’Iran et les États-Unis.

«Nous ne voulons pas que l’Irak devienne une sorte de terrain de jeux pour d’autres forces qui vont s’entretuer sur notre territoire », a déclaré le président irakien Barham Selah dans une vidéo de son discours préenregistré, l’Assemblée générale de l’ONU étant virtuelle cette année en raison de la pandémie de COVID-19 avec des discours enregistrés à l’avance par les dirigeants de la planète.« Nous avons vu assez de guerres et assez d’attaques contre notre souveraineté».

En janvier dernier, le président américain Donald Trump avait ordonné d’abattre à Bagdad l’un des principaux responsables militaires iraniens, le général Qassem Soleimani, abattu avec un dirigeant chiite irakien, provoquant des appels au départ des forces militaires américaines présentes en Irak. Des appels rejetés par le président américain qui a toutefois ordonné en septembre une réduction de leur nombre dans le cadre de ses promesses électorales d’arrêter avec les guerres sans fin.

*Avec les agences de presse

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