Biélorussie: les manifs se poursuivent, plus de 200 manifestants arrêtés dimanche à Minsk

0
37
Des dizaines de milliers de personnes ont défilé encore dans les rues en Biélorussie dimanche 18 octobre contre le président Alexandre Loukachenko. (Belsat)
Temps de lecture estimé : 3 minutes

Des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues en Biélorussie dimanche contre le président Alexandre Loukachenko, malgré la menace de tirs à balles réelles de la police, qui a interpellé plus de 200 manifestants arrêtés dimanche.

C’est la première manifestation d’ampleur depuis l’ultimatum fixé par la figure de proue de l’opposition Svetlana Tikhanovskaïa, réfugiée en Lituanie, qui a donné jusqu’au 25 octobre pour se retirer, sans quoi elle appellera le pays à descendre dans la rue et à une grève générale, à Loukachenko, dont l’élection est jugée frauduleuse, non seulement par l’opposition bélarusse, mais par l’ensemble de la communauté internationale moins la Russie.

Dans son ultimatum, l’opposante a réclamé également la fin des pressions policières et la libération de tous les «prisonniers politiques»

Dans un autre message diffusé dimanche, la cheffe de l’opposition en exil a appelé ses concitoyens à «continuer d’exprimer nos revendications de manière pacifique et résolue». «Nous ne nous arrêterons que lorsque chaque prisonnier politique aura été libéré, que les forces de sécurité auront commencé à protéger leur peuple, et que la loi et des élections honnêtes seront de retour en Biélorussie».

Contrairement aux rassemblements précédents, les manifestants ont choisi dimanche de ne pas défiler dans le centre de Minsk mais sur une artère du sud de la capitale, où sont situées de nombreuses usines. Ils ont scandé «Grève !» et des slogans anti-Loukachenko et antipolice.

La porte-parole du ministère de l’Intérieur, Olga Tchemodanova, a indiqué que plus de 200 manifestants ont été arrêtés, pour la quasi totalité à Minsk, et que la police a fait usage de tirs de balles en caoutchouc contre des protestataires qui leur jetaient des pierres. La police n’a toutefois pas fait usage dans la journée de tirs à balles réelles contre la foule, comme elle avait menacé de le faire, «si nécessaire», à partir de lundi, ce qui aurait constitué une escalade sérieuse de la crise.

La police biélorusse avait déjà tiré à balles réelles début août, lors des premières manifestations réprimées par la force à Brest, dans le sud du pays. Un manifestant était alors décédé des suites de ses blessures.  Depuis le début de la contestation, la répression a fait au moins 3 morts et des dizaines de blessés.

Le président de 66 ans arrivé au pouvoir en 1994, malgré une pression constante depuis l’élection présidentielle controversée du 9 août, n’a pour sa part montré aucune intention de se plier aux revendications de ses détracteurs, tout au contraire.

Toutes les figures de l’opposition biélorusse sont aujourd’hui détenues ou en exil à l’étranger.

Dimanche dernier, la manifestation à Minsk a été violemment réprimée par la police, qui a utilisé des canons à eau et grenades assourdissantes contre la foule et arrêté des centaines de personnes. Cette intervention fut la plus brutale depuis des semaines.

Lundi, le ministère de l’Intérieur a averti que la police n’hésitera pas désormais à recourir « si nécessaire » aux tirs à balles réelles, ce qui constituerait une escalade sérieuse de la crise.

La police biélorusse avait déjà tiré à balles réelles début août, lors des premières manifestations réprimées par la force à Brest, dans le sud du pays. Un manifestant était alors décédé des suites de ses blessures. Depuis le début de la contestation, la répression a fait au moins trois morts et des dizaines de blessés.

Hormis la grande manifestation de dimanche dernier, d’autres rassemblements, plus petits, ont été réprimés par la police cette semaine.

Lundi, la police a dispersé avec du gaz lacrymogène et des grenades assourdissantes une manifestation de retraités, défilant aux couleurs rouge et blanc de l’opposition dans les rues de Minsk.

Samedi, lors de la traditionnelle manifestation des femmes et celle des étudiants, 58 personnes dont des journalistes ont été interpellées, selon les autorités.

Des centaines de manifestants, responsables de mouvements politiques, d’organisations syndicales et des journalistes ont été arrêtés depuis le début des protestations.

Si Loukachenko jouit du soutien de Moscou, il est sous le coup d’une menace de sanctions de l’Union européenne, qui a rejeté les résultats de l’élection du 9 août et qui a déjà sanctionné 40 responsables du régime, dont le ministre de l’Intérieur et son adjoint.

Le Canada pour sa part a, suite à l’adoption d’une première série de sanctions ciblées annoncées le 29 septembre en coordination le Royaume Uni, inscrit 31 responsables additionnels du gouvernement du Bélarus en vertu du Règlement sur les mesures économiques spéciales (Bélarus).  Cette seconde série de sanctions s’inscrit en coordination avec les récentes mesures adoptées par l’Union européenne et les États-Unis.

Et à la dernière journée de sa tournée européenne le 16 octobre, le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a rencontré à Vilnius la cheffe de l’opposition de la Biélorussie voisine, en exil en Lituanie, Svetlana Tsikhanovskaïa, à qui il a réaffirmé son soutien indéfectible.

*Avec AFP