Enseignant décapité: opérations en France contre la mouvance islamiste et la haine en ligne

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Assassinat de Samuel Paty: Gérald Darmanin souhaite la dissolution du CCIF et de BarakaCity. (Twitter/@BFMTV)
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Au lendemain d’un Conseil de défense et de grands rassemblements en France, l’exécutif a annoncé ce lundi une série d’opérations visant la mouvance islamiste et la haine en ligne et promet «une guerre contre les ennemis de la République» après l’assassinat du professeur au Collège du Bois d’Aulne, Samuel Paty, décapité pour avoir, dans un cours sur la liberté d’expression, montré des caricatures de Mahomet à ses élèves.


Mise à jour 19/10/2020, 11h53,

Jean Castex a promis lundi «d’autres actions et mesures» pour lutter contre «l’islamisme radical», affirmant que «la peur et l’obscurantisme ne l’emporteront jamais».

«Dès ce matin (lundi, NDLR), des opérations policières importantes ciblant des individus radicalisés ont été diligentées», a indiqué le premier ministre, qui intervenait au congrès des présidents de région à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). «D’autres actions et mesures vont suivre: sur la lutte contre la haine en ligne, sur les associations ennemies de la République, sur le renseignement et la surveillance de ces réseaux et individus qui s’en prennent aux fondements de nos valeurs et du pacte républicain», a poursuivi Jean Castex, sans toutefois détailler.

Le premier ministre français a également annoncé que la question «de la sécurité des enseignants et des personnels dans les établissements d’enseignement» sera abordée mardi matin lors d’une réunion entre l’État et les collectivités territoriales à Paris.


Lors du Conseil de défense dimanche soir, le président de la République a affirmé que «les islamistes ne doivent pas pouvoir dormir tranquilles dans notre pays».

Pendant que l’enquête se poursuit sur cet assassinat sauvage, des opérations de police ont été lancées lundi matin, au-delà de cette enquête, contre «des dizaines d’individus» évoluant dans la mouvance islamiste et se poursuivront dans les prochains jours, a indiqué le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin sur Europe 1.  

Depuis l’attentat de vendredi, «plus de 80 enquêtes» ont par ailleurs été ouvertes contre «tous ceux qui de façon apologique ont expliqué d’une manière ou d’une autre que ce professeur l’avait bien cherché», a indiqué le ministre, précisant que des interpellations avaient eu lieu dans ce cadre. Ces opérations concernent des «dizaines d’individus» qui n’ont pas un « lien forcément avec l’enquête, mais à qui nous avons manifestement envie de faire passer un message : […] pas une minute de répit pour les ennemis de la République », a dit Gérald Darmanin.  

Les opérations entamées lundi visent des personnes connues des services de renseignement pour des prêches radicaux et des messages de haine. Elles ont notamment ciblé «des clients connus» pour radicalisation dans plusieurs villes du centre du pays (Orléans, Chartres et Bourges), selon une source policière.  

Dissolution imminente de structures associatives pro-islamistes

«Nous avons décidé aussi qu’une cinquantaine de structures associatives, 51 exactement, verront toute la semaine un certain nombre de visites des services de l’État et plusieurs d’entre elles, à ma proposition, se verront dissoudre en Conseil des ministres.». a indiqué le ministre de l’Intérieur.

Gérald Darmanin entend ainsi proposer la dissolution du CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) et de BarakaCity, des associations ennemies de la République. «Il faut arrêter d’être naïfs et voir la vérité en face : il n’y a aucun accommodement possible avec l’islamisme radical. Tout compromis est une compromission.»

Le CCIF, jugé complaisant à l’égard de l’islam radical, est fréquemment attaqué pour son communautarisme ou sa proximité avec la mouvance intellectuelle des Frères musulmans. «Voilà une association qui a été manifestement impliquée, parce que nous avons un certain nombre d’éléments qui nous permettent de penser qu’effectivement c’est un ennemi de la République.», a déclaré le ministre.

Quant à BarakaCity, une organisation non gouvernementale internationale islamique, à but non lucratif, elle est depuis longtemps suspectée d’être proche du milieu salafiste, son président et fondateur, Idriss Sihamedi, fiché par la DGSI, ne cachant même pas sa proximité avec ce mouvement religieux radical et rétrograde de l’islam sunnite, qui revendique un retour aux pratiques en vigueur dans la communauté musulmane à l’époque du prophète Mahomet et la rééducation morale de la communauté musulmane.

La ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, Marlène Schiappa, a pour sa part réuni lundi à Nanterre les patrons de la police et de la gendarmerie pour étudier de nouvelles dispositions contre « le cyberislamisme » tandis que le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti a convoqué en urgence les procureurs généraux lundi matin.

Par ailleurs, le ministre de l’Intérieur a aussi accusé le père d’une collégienne de Conflans Saint-Honorine et le militant islamiste radical Abdelhakim Sefrioui d’avoir «manifestement lancé une fatwa» contre l’enseignant assassiné pour avoir montré en classe des caricatures de Mahomet.

Les deux hommes, qui avaient entamé une campagne de mobilisation pour dénoncer l’initiative du professeur, font partie des onze personnes gardées à vue dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de l’enseignant.

Non à la barbarie

Samuel Paty a été décapité vendredi vers 17 h près du collège où il enseignait l’histoire-géographie dans un quartier calme de Conflans-Sainte-Honorine. Son assaillant, Abdoullakh Anzorov, a été tué par la police.  

Alors que, dimanche, des dizaines de milliers de personnes s’étaient rassemblées partout en France pour défendre la liberté d’expression et dire non à « l’obscurantisme », lundi l’émotion provoquée par cet acte barbare ne faiblissait pas lundi.

À 15 h, des imams doivent se rassembler devant le collège où Samuel Paty enseignait.

Le Grand Orient de France a, lui, appelé les pouvoirs publics à passer aux actes pour faire cesser « le règne de la barbarie » tandis que la cour d’assises spéciale de Paris, où sont jugés 14 accusés en lien avec les attentats de janvier 2015, a rendu hommage au professeur.