Le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires atteint les 50 ratifications nécessaires pour entrer en vigueur

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Explosion nucléaire à Muroroa (Photo: Archives/gouv.fr)
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Le Traité des Nations Unies sur l’interdiction des armes nucléaires a atteint aujourd’hui 24 octobre les 50 États parties requis pour son entrée en vigueur, après que le Honduras l’ait ratifié juste un jour après la ratification par la Jamaïque et le Nauru. Dans 90 jours, le traité entrera donc en vigueur, cimentant une interdiction catégorique des armes nucléaires, 75 ans après leur première utilisation.

Le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TPNW), qui prohibe l’utilisation, le développement, la production, les essais, le stationnement, le stockage et la menace d’utilisation de telles armes, avait été approuvé par l’Assemblée générale des Nations unies en juillet 2017 avec le soutien de 122 pays, mais il devait être ratifié par 50 ans ou plus pour entrer vigueur.

C’est une étape historique pour ce traité historique, s’est tout de suite réjouie la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), une coalition de plusieurs ONG qui militent pour le désarmement nucléaire. Avant l’adoption du traité, les armes nucléaires étaient les seules armes de destruction massive non interdites par le droit international, malgré leurs conséquences humanitaires catastrophiques, souligne la coalition. «Maintenant, avec l’entrée en vigueur du traité, nous pouvons appeler les armes nucléaires ce qu’elles sont: des armes de destruction massive interdites, tout comme les armes chimiques et biologiques.»

La directrice exécutive de l’ICAN, Beatrice Fihn, a salué ce moment historique. «C’est un nouveau chapitre pour le désarmement nucléaire. Des décennies d’activisme ont permis de réaliser ce que beaucoup disaient impossible: les armes nucléaires sont interdites».

Les 50 États qui ont ratifié le traité ont fait preuve d’un véritable leadership pour parvenir à un monde sans armes nucléaires, tout en faisant face à des niveaux de pression sans précédent de la part des États dotés d’armes nucléaires pour ne pas le faire, ajoute l’ICAN. qui fait état dans son communiqué saluant la ratification du traité d’une lettre récente obtenue par l’agence de presse américaine Associated Press quelques jours seulement avant la cérémonie et qui indique que l’administration Trump a fait pression directement sur les États qui ont ratifié le traité pour qu’ils se retirent et s’abstiennent d’encourager les autres à y adhérer, en contradiction directe avec leurs obligations au titre du traité.

Maintenant, une fois le traité en vigueur dans 90 jours, tous les États parties devront en principe s’acquitter de toutes leurs obligations positives en vertu du traité et respecter ses interdictions.

«Aujourd’hui, c’est une victoire pour l’humanité et la promesse d’un futur plus sûr», s’est aussi félicité dans un communiqué Peter Maurer, président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui s’est félicité, comme d’autres ONG, du cap ainsi franchi.

Les principaux pays possédant l’arme nucléaire, dont les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Chine et la Russie, n’ont toutefois pas signé le traité. Les États dotés d’armes nucléaires soutiennent quant à eux que leurs arsenaux servent de dissuasion et se disent attachés au Traité de non-prolifération, qui vise à empêcher la dissémination à d’autres pays des armes nucléaires.

Le Canada abonde dans le même sens et met l’accent, non pas sur l’interdiction complète de l’arme nucléaire, qu’il juge irréaliste, mais plaide fortement en faveur de la non-prolifération et de l’adoption d’une approche progressive en matière de désarmement nucléaire.

Mais, selon l’ICAN, même les États qui n’ont pas adhéré au traité ressentiront également sa puissance: «nous pouvons nous attendre à ce que les entreprises cessent de produire des armes nucléaires et les institutions financières qu’elles cessent d’investir dans les sociétés productrices d’armes nucléaires.»

La ratification, aujourd’hui, par suffisamment de pays pour permettre au traité d’entrer en vigueur s’inscrit toutefois dans un contexte de fortes tensions sur la question du désarmement.

Le président américain Donald Trump, après avoir accusé la Russie de ne pas le respecter, s’est retiré en 2019 du Traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI) signé en 1987 entre Washington et Moscou, qui avait entraîné la destruction d’environ 2700 missiles d’une portée de 500 à 5500 km.

Et en février 2021, le traité américano-russe New Start conclu en 2010, qui est considéré comme le dernier accord nucléaire encore en vigueur, contenant les arsenaux des deux pays en dessous de leurs sommets de la Guerre froide, est l’objet d’âpres négociations, Washington et Moscou s’entendant tout au plus sur le principe d’une prolongation d’un an, le temps de régler les questions de fond.

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