Empoisonnement au Novitchok et attaques au sarin: l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques presse la Russie et la Syrie

0
169
Temps de lecture estimé : 3 minutes

Lors d’une réunion ce lundi 30 novembre à La Haye des pays membres de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), des sanctions ont été réclamées à l’encontre de Damas, que l’OIAC accuse d’attaques au gaz sarin en 2017, et Moscou a été pressé par les pays occidentaux de révéler les circonstances de l’empoisonnement de l’opposant Alexeï Navalny par un agent innervant de type Novitchok.

La 25e session aujourd’hui de la Conférence des États parties à la Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l’emploi des armes chimiques et sur leur destruction coïncidait avec la Journée du souvenir, observée le 30 novembre de chaque année ou le premier jour de la session ordinaire de la Conférence des États parties.

La Russie et la Syrie ont donc été de nouveau confrontées à des allégations de recours à l’arme chimique au cours de cette session.

Ces deux pays ont rejeté à de nombreuses reprises les diverses accusations, affirmant que les puissances occidentales avaient politisé le travail de l’OIAC.

Mais la Syrie n’a pas respecté le délai de jours fixé en juillet pour révéler quelles armes ont été utilisées dans les attaques contre la localité de Lataminah et pour en déclarer les stocks existants, a dit le chef de l’OIAC Fernando Arias. Damas « n’a satisfait à aucune des obligations » qui lui avaient été faites.

M. Arias a souligné que des «lacunes, des incohérences et des contradictions» subsistaient dans les rapports sur la mise en œuvre par la Syrie de l’accord de 2013 dans lequel elle s’engageait à livrer toutes ses armes chimiques après une attaque présumée au sarin qui avait fait morts à Ghouta dans la banlieue de sa capitale.

La France a proposé que l’OIAC «suspende les droits» de la Syrie pour n’avoir pas tenu les délais, a déclaré l’ambassadeur français Luis Vassy, assurant que cette proposition avait le soutien de plusieurs pays, ce qui signifierait que la Syrie serait privée de son droit de vote à l’OIAC, une organisation au sein de laquelle elle rejette toutes les accusations de recours à l’arme chimique depuis des années.

Quant à la Russie, elle a été pressée de faire la lumière sur l’empoisonnement d’Alexeï Navalny, dont des gouvernements occidentaux font peser la responsabilité sur le Kremlin.

L’OIAC a confirmé la présence de traces de Novitchok, un agent innervant à usage militaire mis au point à l’époque soviétique, dans des prélèvements effectués sur l’opposant russe après son hospitalisation à Berlin.

M. Arias a noté que l’organisation était toujours en pourparlers avec Moscou pour l’envoi d’une équipe d’enquêteurs en Russie.

Dans un communiqué commun, 55 pays dont les États-Unis, le Japon, le Canada, l’Australie et beaucoup de pays européens ont déclaré «condamner dans les termes les plus forts» l’attaque commise contre Alexeï Navalny.

«Le Royaume-Uni a été consterné d’apprendre qu’une deuxième utilisation confirmée d’un agent neurotoxique Novichok pour attaquer la figure de l’opposition russe, Alexey Navalny, en août. Cela fait moins de trois ans que mon propre pays a subi les conséquences mortelles de l’utilisation de Novichok comme arme chimique.», a déclaré la représentante du Royuime-Uni, la baronne Goldie.

«La Russie doit expliquer pleinement à la Conférence comment une arme chimique d’un type développé par l’Union soviétique a été utilisée contre un homme politique de l’opposition russe sur le territoire russe. Les responsables doivent être tenus de rendre des comptes.»

La Russie a répliqué en affirmant dans un communiqué que «la politisation» de l’OIAC était devenue «une tumeur cancéreuse» et, se portant à la défense de son allié et client syrien, a critiqué la décision de 2018 d’octroyer aux enquêteurs de l’OIAC de nouvelles compétences leur permettant d’identifier les auteurs des attaques chimiques, comme ils l’ont fait dans leur rapport en avril sur les attaques au gaz sarin de 2017.

Auparavant, l’OIAC ne pouvait que confirmer si des armes chimiques avaient été utilisées ou non, mais sans dire par qui.

La Russie a accusé les puissances occidentales de «tenter d’imposer au sein de l’OIAC la décision de priver la Syrie de ses droits et privilèges », ce qui ferait de l’organisation, selon elle, une parodie de tribunal».

L’OIAC compte 193 membres et a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2013 pour son travail en faveur de la destruction des stocks d’armes chimiques dans le monde.