Navires de soutien interarmées: Ottawa aurait pu économiser des milliards en faisant affaire avec la Davie au lieu de Seaspan

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L'Astérix lors de son voyage inaugural de Québec à Halifax le 25 décembre 2017. (Archives/Groupe CNW/Chantier Davie Canada Inc.)
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Le gouvernement fédéral aurait économisé un peu plus de 2,6 milliards $ en faisant l’acquisition des deux navires de ravitaillement du Chantier Davie plutôt qu’en s’entêtant à construire les deux nouveaux navires de ravitaillement au Chantier Seaspan à Vancouver dans le cadre de son projet de navire de soutien interarmées (NSI), conclut le directeur parlementaire du budget (DPB), Yves Giroux, dans son rapport publié ce mardi 17 novembre.

Pour la construction des ravitailleurs dans le cadre actuel du projet de navire de soutien interarmées, l’estimation ponctuelle indépendante des coûts de construction s’élève à 2,4 milliards de dollars, auxquels il faut ajouter un montant supplémentaire estimé à 0,6 milliard de dollars pour couvrir d’éventuels imprévus budgétaires, ce qui donne un total de 3,0 milliards de dollars, dit le rapport.

En comparaison, le coût total net éventuel de la conclusion d’un marché gouvernemental avec la Davie pour le NM Astérix est de 733 millions de dollars, taxe de vente provinciale incluse. Quant à un deuxième ravitailleurs, l’Obélix, le directeur parlementaire du budget a fait des projections concernant un contrat de service de cinq ans et estimé que cela coûterait au gouvernement 801 millions de dollars, toutes taxes comprises.

Comme les coûts du projet de NSI ne peuvent être comparés directement aux coûts associés au contrat de service concernant le NM Astérix ou à tout autre contrat similaire éventuel pour l’Obélix,dit le DPB, il a choisi de faire une comparaison des coûts du projet de NSI avec les coûts d’option d’achat du NM Astérix et de l’Obélix.

Les calculs du bureau du directeur parlementaire du budget indiquent que le gouvernement du Canada devrait débourser environ 1,4 milliard de dollars au total pour acheter les navires de ravitaillement NM Astérix et Obélix, comparativement à 4,1 milliards de dollars, selon nos estimations, pour le projet de NSI.

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Réagissant au rapport, le ministère de la Défense nationale (MDN) déclare pour sa part qu’on ne peut comparer les deux types de navires qui sont très différents et que l’évaluation n’a pas tenu compte des capacités du NM Asterix et du MV Obelix en tant que bâtiments commerciaux convertis à des fins militaires comparativement à celles des navires de soutien interarmées conçus expressément à ces fins.

Le NM Asterix, et le NM proposé Obelix, ne possèdent pas les mêmes capacités que le futur navire de soutien interarmées qui, lui, a été conçu pour être envoyé dans des endroits dangereux, un élément clé de la conception militaire, indique la Défense, qui donne plusieurs exemples de capacités intégrées à la conception des navires de soutien interarmées, et qu’on ne trouve pas sur le NM Asterix :

  • un système de démagnétisation et de détection de mines ;
  • des systèmes servant à déceler des menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires, et à protéger contre celles-ci ;
  • un système de propulsion à double redondance ;
  • des capacités qui répondent aux normes militaires de lutte contre les avaries ;
  • un système de gestion des commandes capable de résister aux attaques cybernétiques ;
  • des capacités d’autodéfense, y compris un système de gestion de combat, des systèmes d’affût d’arme navale à distance et des systèmes de défense à courte portée ;
  • un hangar et un pont d’envol adéquats pour un aéronef Cyclone ;
  • des soutes à munitions installées et certifiées pour le transport de munitions spécialisées, comme des torpilles.

Ces caractéristiques supplémentaires fournissent selon le ministère de la Défense une fonction de capacité de survie particulièrement essentielle pour assurer la sécurité des marins dans des endroits à risque élevé et aucune modification au NM Asterix, dit le ministère dans sa déclaration suite à la publication du rapport du directeur parlementaire du budget, ne pourrait fournir la capacité de survie offerte par un navire spécialisé.

Des navires conçus à des fins de combat, comme les navires de soutien interarmées, fournissent la meilleure protection pour les marins, avec une conception militaire qui comprend des normes plus élevées en matière de contrôle des avaries et des mesures de préventions contre les torpilles, les mines ou les missiles, conclut la Défense nationale.

Tout cela est vrai, mais l’analyste en matière de défense Dave Perry, cité aujourd’hui par Murray Brewster de la CBC, reste sceptique sur la nécessité de payer pour toute cette protection et conteste l’argument du ministère de la Défense selon lequel les navires doivent être prêts pour les zones de guerre, quitte à payer près de 3 milliards $ de plus.

Selon l’analyste et vice-président du Canadian Global Affairs Institute, l’histoire a montré que, lorsque les tirs commencent, les navires de ravitaillement doivent de toutes façons être envoyés hors de la zone de combat parce même les meilleurs d’entre eux restent «des bidons de gaz flottants».

Voir la Déclaration du ministère de la Défense nationale concernant le Rapport du directeur parlementaire du budget sur les navires de soutien interarmées >>