Pompeo en tournée d’adieu ancre l’héritage de l’administration Trump en faveur de l’État hébreu.

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Le secrétaire d'état de l'administration américaine sortante, Mike Pompeo, le 19 novembre à Qasr al-Yahud, le site où la tradition veut que Jésus ait été baptisé. Le site, frontalier de la Jordanie, a été conquis par Israël en 1967 pendant la guerre des Six Jours et a depuis été réaménagé et ouvert en 2011 par le ministère israélien du tourisme pour faciliter les visites des pèlerins. (Twitter/@SecPompeo)
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Le secrétaire d’État de l’administration américaine sortante, Mike Pompeo, a profité ce jeudi 19 novembre de sa tournée d’adieu au Moyen-Orient pour ancrer l’héritage de l’administration Trump en faveur de l’État hébreu, visitant le Golan, se rendant rendre dans le vignoble israélien Psagot, dans une colonie de Cisjordanie occupée, et déclarant la campagne BDS antisémite.

Sous une haute escorte militaire, le chef de la diplomatie américaine a visité dans l’après-midi le plateau du Golan, zone stratégique prise par Israël à la Syrie lors de la guerre des Six Jours en 1967.

L’an dernier, le président américain Donald Trump avait fait des États-Unis le premier pays à reconnaître la souveraineté d’Israël sur ce plateau où vivent 25 000 colons israéliens aux côtés de quelque 23 000 Druzes qui se revendiquent pour la plupart Syriens tout en ayant le statut de résidents en Israël. «Il s’agit d’une part d’Israël et d’une part centrale d’Israël», a déclaré sur place Mike Pompeo.

Le même jour, il avait déjà reçu une bouteille de vin baptisée en son honneur au vignoble israélien Psagot, dans une colonie de Cisjordanie occupée entre Jérusalem et Ramallah, où Yaacov Berg, le président de Psagot Winery, avait dès 2019 débouché de bonnes bouteilles en l’honneur de Pompeo.  

Jeudi, il avait préparé une «cuvée Pompeo» bonifiée d’une étiquette avec le mot-clic « #madeinlegality » («conçu légalement»).

Une décision française, validée l’an dernier par la Cour européenne, a jugé que les produits des colonies en Cisjordanie ne pouvaient être estampillées comme originaires d’Israël, mais le Pompeo a fait fi de cette décision, non seulement en changeant la politique des États-Unis sur les colonies, mais en se rendant lui-même dans une implantation, et en annonçant aujourd’hui une modification des labels des produits de Cisjordanie. «Tous les producteurs dans les zones où Israël exerce son autorité […] devront inscrire sur leurs produits « Israël », « Produit en Israël » ou « Fabriqué en Israël » lorsqu’ils exporteront aux États-Unis »

Il y a un an, le secrétaire américain avait décrété que ces colonies n’étaient plus, selon Washington, contraires au droit international. «Pendant longtemps le département d’État a pris la mauvaise approche sur les colonies […]. Aujourd’hui il défend avec vigueur la reconnaissance que les colonies peuvent être légales», a-t-il réitéré jeudi.

Les Palestiniens ont aussitôt condamné la visite de M. Pompeo dans une colonie de Cisjordanie et sa décision de labelliser « Israël » les exportations provenant de ces implantations. Elle «fait fi de façon flagrante du droit international», a fustigé le porte-parole du président Mahmoud Abbas, Nabil Abou Roudeina, appelant «la communauté internationale à prendre ses responsabilités et mettre en pratique ses résolutions».

La colonisation israélienne a connu un vif essor ces dernières années sous l’impulsion du premier ministre Benyamin Nétanyahou et depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, compromettant de plus en plus la création d’un état palestinien viable et la solution à deux États vivant en paix côte à côte.

Plus de 450 000 Israéliens vivent dans des colonies, jugées illégales au regard du droit international, en Cisjordanie, où vivent environ 2,8 millions de Palestiniens.

La campagne de boycottage BDS déclarée antisémite

Mike Pompeo a de plus annoncé lors de cette visite que la campagne de boycottage BDS (Boycott, Divestment and Sanctions, Boycott, désinvestissement et sanctions), qui vise les entreprises israéliennes et internationales que le mouvement juge complices de violations des droits des Palestiniens, serait dorénavant considérée «antisémite» par les États-Unis.

Et il a promis «des mesures immédiates pour identifier des organisations impliquées dans la campagne de haine menée par le BDS et retirer le soutien américain à ces groupes»,

«Comme nous l’avons clairement indiqué, l’antisionisme est de l’antisémitisme. Les États-Unis sont donc déterminés à contrer la campagne mondiale BDS en tant que manifestation d’antisémitisme.», a déclaré Pompeo, précisant qu’il avait demandé au Bureau de l’Envoyé spécial chargé de surveiller et de combattre l’antisémitisme d’identifier les organisations qui participent ou soutiennent d’une autre manière ou d’une autre la Campagne mondiale BDS. «En identifiant ces organisations, le Bureau de l’Envoyé spécial examinera si une organisation est engagée dans des actions à motivation politique et destinées à pénaliser, ou à limiter d’une autre manière, les relations commerciales avec Israël ou des personnes faisant des affaires en Israël ou dans tout territoire contrôlé par Israël», a-t-il ajouté.

Le Département d’État examinera pour sa part l’utilisation de ses fonds pour confirmer qu’ils ne soutiennent pas la Campagne mondiale BDS. En outre, le Département d’État procédera à un examen des options conformes à la loi applicable pour s’assurer que son financement d’aide étrangère ne soit pas fourni aux organisations étrangères engagées dans ces activités antisémites de la camapagne BDS, a indiqué le secrétaire américain.

Human Rights Watch et Amnistie internationale ont aussitôt fustigé ces propos, affirmant que cette décision du Département d’État américain viole la liberté d’expression et met en danger la protection des droits de l’homme.

«Le fait que le Département d’État cible en tant qu’antisémites les groupes qui préconisent l’utilisation de moyens pacifiques, tels que les boycotts, pour mettre fin aux violations des droits de l’homme contre les Palestiniens viole la liberté d’expression et est un cadeau pour ceux qui cherchent à faire taire, harceler, intimider et opprimer ceux qui défendent droits de l’homme dans le monde.», a déclaré Bob Goodfellow, le directeur par intérim d’Amnesty International USA.

«Militer pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions est une forme de militantisme non violent et de libre expression qui doit être protégée. Les partisans du boycott devraient être autorisés à exprimer librement leurs opinions et à faire avancer leurs campagnes sans harcèlement, menaces de poursuites ou de criminalisation, ou autres mesures qui violent le droit à la liberté d’expression.»