Selon le New York Times, des conseillers ont dû dissuader Trump d’attaquer un site nucléaire iranien

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Photo distribuée le 4 novembre 2019 par l'Organisation iranienne de l'énergie atomique montrant des infrastructures d'enrichissement de l'uranium à Natanz, à environ 300 km au sud de Téhéran. [AFP]
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Le président sortant Donald Trump aurait demandé jeudi à ses conseillers principaux lors d’une réunion au bureau ovale s’il avait des options pour attaquer le principal site nucléaire iranien, rapporte aujourd’hui le New York Times, qui précise que la réunion a eu lieu un jour après que les inspecteurs internationaux ont signalé une augmentation significative du stock de matières nucléaires du pays sur la foi du témoignage de quatre responsables américains actuels et anciens.

Lors d’une réunion jeudi dernier dans le Bureau ovale, selon le quotidien, le président américain sortant a demandé à plusieurs collaborateurs, dont le vice-président Mike Pence, le secrétaire d’État Mike Pompeo, le chef d’état-major Mark Milley, et Christopher Miller, le nouveau secrétaire à la Défense par intérim qui a remplacé Mark Esper, limogé récemment pour s’être opposé à Trump, «s’il avait des options pour agir contre» ce site «dans les prochaines semaines».

Ces hauts responsables, affirme le New York Times, «ont dissuadé le président d’aller de l’avant avec une frappe militaire», en raison du risque que cela dégénère rapidement en un conflit plus vaste, dit le quotidien.

Trump a sondé ses conseillers sur une attaque du site de Natanz, dans le centre de l’Iran, après qu’un rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) eut indiqué que le stock d’uranium faiblement enrichi accumulé par Téhéran était désormais 12 fois supérieur à la limite prévue par l’accord international de Vienne sur le nucléaire iranien (2015), accord dont s’est retiré unilatéralement le président américain en 2018, alors que l’Iran le respectait encore.

«Il pourrait y avoir des tentatives» d’attaquer l’Iran, «mais, personnellement, je ne prévois pas une telle chose», a réagi aujourd’hui, le porte-parole du gouvernement iranien, Ali Rabii.«Je ne crois pas possible qu’ils puissent vouloir augmenter l’insécurité dans le monde et dans la région», a-t-il ajouté, précisant donner ici une «opinion» personnelle et non s’exprimer «en temps que porte-parole du gouvernement». «Mais en tout état de cause, notre réponse courte a toujours été celle-ci : qu’à toute action contre le peuple iranien, il sera apporté une réponse dévastatrice», de conclure Ali Rabii, reprenant la formule habituelle des autorités civiles et militaires iraniennes.

En quittant l’accord de Vienne, Donald Trump a rétabli les sanctions américaines contre la République islamique que ce pacte avait permis de lever, annihilant presque tous les avantages économiques que l’Iran pouvait tirer de l’accord. En riposte, Téhéran s’est affranchi depuis 2019 de la plupart de ses engagements clefs pris à Vienne.

Il ne reste plus maintenant aux Les Européens qu’à poursuivre leurs efforts, jusqu’ici infructueux, pour sauver l’accord de Vienne, au moins jusqu’à l’entrée en fonctions de Joe Biden, gagnant de la présidentielle américaine du 3 novembre et qui devrait renouer avec la diplomatie au lieu de recourir uniquement aux menaces et aux mesures punitives.

Toujours selon le New York Times, Trump pourrait chercher des moyens de cibler les Iraniens ou leurs alliés, y compris les milices en Irak, ont déclaré des responsables, mais, après que Pompeo et le général Milley aient décrit les risques potentiels d’escalade militaire, une attaque de missiles à l’intérieur de l’Iran serait pour le moment écartée, croient les responsables qui ont participé à la réunion.

Mais plusieurs craignent encore que Donald Trump tente, au mépris du danger et de la paix mondiale, de créer une situation où il serait difficile, voire même impossible à Joe Biden de revenir en arrière.

Depuis que le président sortant a limogé le secrétaire à la Défense Mark Esper et d’autres hauts collaborateurs du Pentagone la semaine dernière, plusieurs au département de la Défense et d’autres responsables de la sécurité nationale ont exprimé en privé leur inquiétude quant au fait que le président pourrait lancer des opérations, ouvertes ou secrètes, contre l’Iran ou d’autres adversaires avant de tirer sa révérence.