Le Bangladesh transfère des réfugiés rohingya vers une île jugée dangereuse

0
141
Temps de lecture estimé : 2 minutes

Le Bangladesh a commencé ce jeudi 3 décembre le transfert de plus d’un millier de réfugiés rohingya vers l’île de Bhasan Char, une formation sédimentaire régulièrement battue par les cyclones et soumise aux inondations, dénoncent les Nations unies et les groupes de défense des droits humains jugent dangereuse.


Mise à jour 04/12/2020, 9h06

Plus de 1640 Rohingya, transférés par les autorités bangladaises, sont arrivés vendredi sur l’île de Bhasan Char, que les organisations des droits de l’homme estiment dangereuse, dans le cadre de la première phase d’un projet controversé de relocalisation de 100 000 réfugiés.


Les autorités auraient préparé une liste de 4000 réfugiés rohingyas à relocaliser, en commençant par les transferts vers la ville portuaire de Chattogram le 3 décembre 2020, indique l’organisation de défense des droits de l’homme Humn Rights Watch.

Le gouvernement du Bangladesh renie sa promesse à l’ONU de ne pas déplacer de réfugiés sur l’île de Bhasan Char jusqu’à ce que les experts humanitaires donnent le feu vert », a dénoncé le directeur pour l’Asie de l’ONG, Brad Adams. «Si le gouvernement était vraiment confiant dans l’habitabilité de l’île, il serait transparent et ne contournerait pas à la hâte les évaluations techniques de l’ONU.

Dans une déclaration du 2 décembre, les Nations Unies ont déclaré qu’elles n’avaient pas participé à la préparation de ce transfert à Bhasan Char et que «toute relocalisation à Bhasan Char devrait être précédée par des évaluations techniques complètes de la protection», rappelant que procéder à de telles évaluations «si le gouvernement l’autorise». L’ambassadeur de l’Union européenne, Rensje Teerink, a déclaré pour sa part que l’UE ne ferait aucun commentaire sur la réinstallation à Bhasan Char tant que l’ONU n’aura pas été autorisée à effectuer des missions techniques et humanitaires sur l’île. L’ONU a également déclaré que le gouvernement devrait respecter ses engagements pour s’assurer que toute réinstallation est volontaire.

Les agences des Nations unies, dont le Haut-commissariat aux réfugiés, l’Organisation internationale pour les migrations et le Programme alimentaire mondial (PAM), avaient fait part de leur inquiétude au gouvernement bangladais en novembre 2019, arguant que l’île était «isolée» et «sujette aux inondations».

Démentant les affirmations du gouvernement du Bangladesh, Human Rights Watch dit s’être récemment entretenu avec 12 familles qui ont déclaré que leurs noms figuraient sur la liste, mais qu’elles ne s’étaient pas portées volontaires. Certains réfugiés figurant sur la liste ont fui par crainte d’une réinstallation forcée, affirme l’ONG.

Environ 750 000 musulmans rohingya ont fui en 2017 une épuration ethnique dans l’ouest de la Birmanie menée par l’armée et des milices bouddhistes. Ils sont venus grossir les rangs des 200 000 Rohingya déjà réfugiés au Bangladesh, legs de vagues de violence précédentes.

Le Haut-commissariat aux réfugiés estime que 860 000 Rohingya vivent au Bangladesh dans des camps tout proches de la frontière avec la Birmanie. Quelque 150 000 autres ont trouvé refuge dans d’autres pays de la région et environ 600 000 vivent toujours en Birmanie.