Les manœuvres militaires russes dans l’Arctique se veulent un signal aux Américains

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La Russie était engagée mardi dans de nouveaux exercices militaires dans l’Arctique, région stratégique où elle a multiplié sa présence ces dernières années et où ses intérêts s’opposent à ceux de plusieurs pays, dont les États-Unis.

Les toutes dernières manœuvres ont débuté lundi et doivent durer «plusieurs jours», selon le ministère de la Défense. Elles impliquent une simulation de la destruction d’un avion par des systèmes antiaériens Pantsir-S1, le ravitaillement en vol de chasseurs MiG-31 et la neutralisation d’une attaque de drones en supprimant leurs signaux de contrôle.

Elles font suite à un exercice naval vendredi, lorsque trois sous-marins à propulsion nucléaire ont fait surface dans les glaces de l’Arctique, une première dans l’histoire de la Russie postsoviétique selon l’armée, et une opération vantées par le président Vladimir Poutine.

Le 26 mars, trois sous-marins nucléaires de la marine russe pour la première fois de l’histoire ont fait surface simultanément sous la glace dans le cadre d’une expédition dans l’Arctique alors que, selon l’amiral, les Américains et les Britanniques ne peuvent pas encore percer la glace selon leurs caractéristiques techniques comme l’ont fait les sous-marins russes.

Et plus tard dans la même journée, deux chasseurs MiG-31 ont effectué une manœuvre que le ministère russe de la Défense présente comme unique, soit un au- dessus du pôle Nord avec un ravitaillement en vol.

Selon l’amiral russe à la retraite et ancien chef d’état-major de la marine russe, Viktor Kravtchenko, interrogé par l’agence Interfax vendredi, «il s’agit d’un entraînement au combat intensif habituel, mais il s’agit aussi d’un signal adressé à nos amis étrangers – les Américains».

Il estime que la Russie a pu montrer aux Américains qu’elle peut agir tactiquement rapidement au pôle Nord, car c’est l’endroit le plus pratique en termes de portée de tir de missiles balistiques et l’ennemi potentiel a moins de temps pour prendre la décision de riposter.

L’ancien chef d’état-major de la marine russe estime que les États-Unis doivent prêter attention à ces «signaux clairs» de la Russie comme l’émergence de sous-marins nucléaires dans l’Arctique, ainsi que l’approche de deux intercepteurs MiG-31 au Pôle Nord. 

«De toute évidence, l’objectif était de montrer : n’essayez pas de maîtriser les mers du Nord. Nous sommes ici depuis longtemps», a déclaré l’ancien chef d’état-major de la marine russe.

Vladimir Poutine a fait de l’exploitation économique de l’Arctique une priorité stratégique, notamment via la création d’une voie maritime le long des côtes nord pour relier l’Europe à l’Asie et concurrencer le Canal du Suez.

Cette route maritime, rendue davantage praticable grâce au réchauffement climatique et la fonte des glaces, est amenée à jouer un rôle croissant dans les échanges internationaux.

Côté militaire, la Russie n’a cessé d’accroître son dispositif dans l’Arctique ces dernières années, y rouvrant et modernisant plusieurs bases et aérodromes abandonnés depuis la fin de l’époque soviétique. Elle y a aussi déployé ses systèmes de défense antiaérienne dernier cri S-400.

En 2019, elle a aussi lancé la première centrale nucléaire flottante du monde, l’Akademik Lomonossov, destinée à faciliter le développement économique de l’Arctique et à alimenter les plateformes pétrolières de cette région riche en hydrocarbures.

Les intérêts de Moscou en Arctique s’opposent à ceux de quatre autres pays, dont les États-Unis, qui ont envoyé en février des bombardiers stratégiques s’entraîner en Norvège et déployé des navires l’année dernière en mer de Barents, dans la zone économique exclusive de la Russie.

En mars de l’année dernière, la marine américaine a envoyé deux sous-marins d’attaque américains, le USS Connecticut (SSN-22) (Connecticut) et le USS Toledo (SSN-769) (Toledo), dans l’océan Arctique, où ils ont navigué sous la glace dans le cadre de l’exercice ICEX 2020.

Lors de cet exercice, un camp temporaire, le camp Seadragon, avait été établi près de l’Alaska. Le camp abritait un centre de commandement pour la gestion des opérations sous-marines, y compris la navigation dans les glaces, ainsi que des infrastructures pour assurer la présence permanente de 45 soldats. Le 4 mars 2020, le sous-marin USS Toledo, brisant la glace, avait émergé près du camp Seadragon.

*Avec AFP