Aung San Suu Kyi «en bonne santé», réunion du Conseil de sécurité de l’ONU

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Aung San Suu Kyi, la dirigeante civile birmane renversée par un coup d’État, «paraît en bonne santé» malgré des semaines de détention a fait savoir mercredi son avocate alors que la pression internationale s’intensifie sur la junte avec une nouvelle réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, rapporte ce matin l’Agence France-Presse.

Mise à jour 31/03/2021, 16h54

L’émissaire de l’ONU pour la Birmanie a exhorté mercredi le Conseil de sécurité à agir contre les militaires qui ont renversé Aung San Suu Kyi. «La cruauté des militaires est trop grave et de nombreuses organisations armées ethniques manifestent clairement leur opposition, renforçant le risque de guerre civile à un niveau sans précédent», a mis en garde Christine Schraner Burgener lors d’une réunion à huis clos du Conseil de sécurité.

«Un bain de sang est imminent», a-t-elle aussi prévenu, relevant que l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP) avait recensé «536 personnes tuées par la junte» depuis le coup d’État militaire du 1er février. «J’appelle ce Conseil à envisager tous les moyens à sa disposition pour prendre des mesures collectives et faire ce qu’il faut», «afin d’éviter une catastrophe multidimensionnelle au cœur de l’Asie», a-t-elle ajouté lors de cette réunion en urgence demandée par le Royaume-Uni. Elle a réclamé une «réponse internationale ferme, unitaire et résolue».

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La détentrice du prix Nobel de la paix 1991, arrêtée lors du putsch du 1er février, fait face à de multiples accusations, notamment pour corruption.

«Elle paraît en bonne santé», a relevé mercredi l’avocate Min Min Soe, membre de son équipe de défense et qui s’est entretenue avec sa cliente par vidéoconférence depuis un commissariat de la capitale administrative Naypyidaw.

L’ex-dirigeante, âgée de 75 ans, n’a toujours pas été autorisée à rencontrer son équipe de défense et l’entretien s’est déroulé en présence de gardes et de policiers, d’après l’avocate. Une audience est prévue jeudi devant le tribunal.

En attendant, les quinze membres du Conseil de sécurité de l’ONU vont se réunir mercredi en urgence et à huis clos pour tenter d’apporter une réponse commune à la crise.

Ils doivent impérativement décider de «couper les moyens financiers de la junte […] et renvoyer les responsables des atrocités devant la Cour pénale internationale», a tweeté Tom Andrews, rapporteur spécial de l’ONU sur la Birmanie.

Mais les Nations unies sont divisées. Si les États-Unis et le Royaume-Uni ont annoncé une nouvelle salve de sanctions ces derniers jours, la Chine et la Russie ont refusé de condamner officiellement le putsch, Moscou souhaitant même renforcer sa coopération militaire avec le nouveau régime.

Profitant de ces dissensions, les généraux poursuivent leur riposte sanglante.

Huit personnes ont été abattues mardi par les forces de sécurité, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP) qui comptabilise plus de 520 civils tués ces deux derniers mois. Des centaines d’autres, détenus au secret, sont portés disparus.

Rébellions ethniques

Les trois groupes armés ethniques de l’Alliance des Frères musulmans, y compris la puissante armée Arakan (AA), ont menacé de mettre fin à un cessez-le-feu avec l’armée birmane en réponse à ses massacres de civils à travers le pays.

L’alliance, qui comprend également l’Armée de libération nationale de Ta’ang (TNLA) et l’Armée de l’Alliance nationale démocratique du Myanmar (MNDAA), a déclaré mardi dans un communiqué que l’armée doit arrêter les massacres.

La spirale de violences a aussi déclenché la colère parmi la vingtaine de rébellions ethniques que compte la Birmanie.

L’Union nationale karen (KNU) et l’Armée pour l’indépendance kachin (KIA) ont lancé plusieurs attaques contre les forces de sécurité.  

Mercredi, la KIA a ciblé un poste de police dans l’État Kachin, dans l’extrême Nord du pays, d’après un média local.

Et un commissariat a été visé au lance-roquettes la veille dans la région de Bago, au nord-est de Rangoun, blessant cinq policiers.

L’attaque n’a pas été revendiquée, mais la KNU s’est emparée ce week-end dans l’État Karen voisin d’une base militaire déclenchant des frappes aériennes de l’armée – les premières depuis 20 ans dans cette région.

Après ces raids, la faction a indiqué «soutenir fermement» le soulèvement populaire anti-junte et être prête à riposter.

Trois autres groupes rebelles, dont la puissante Armée d’Arakan (AA), ont aussi menacé l’armée de représailles si les violences infligées aux civils se poursuivent.

Depuis l’indépendance de la Birmanie en 1948, une multitude de groupes ethniques sont en conflit avec le gouvernement central pour obtenir plus d’autonomie, l’accès aux nombreuses richesses naturelles ou une part du lucratif trafic de drogue.  L’armée avait conclu ces dernières années un cessez-le-feu avec certains d’entre eux.

Les raids aériens ont fait plusieurs blessés et quelque 3000 personnes ont tenté de fuir vers la Thaïlande voisine.

Environ 2400 sont rentrés volontairement en Birmanie et 200 autres ont accepté d’y repartir, ont assuré les autorités thaïlandaises.

Mais des activistes karens accusent le royaume de refouler les réfugiés à la frontière, empêchant aussi les organisations humanitaires d’entrer en contact avec eux.

«Qui voudrait rentrer volontairement pour se cacher dans la jungle ? », a dit K’nyaw Paw de l’Organisation des femmes karens, citée par l’AFP.

La résistance se poursuit

La résistance se poursuit en Birmanie : des dizaines de milliers de fonctionnaires et de salariés du privé restent en grève pour protester contre le régime militaire.

Des contestataires ont défilé sur des deux-roues à Mandalay (centre). « Sauvez la Birmanie », « Arrêtez les crimes contre l’humanité » pouvait-on lire sur leurs pancartes. Des veillées aux bougies et des défilés à l’aube ont aussi été organisés.

Mais, par peur des représailles, les foules sont peu nombreuses par rapport aux centaines de milliers de manifestants dans les rues dans les premières semaines qui ont suivi le putsch.  

«Les médias internationaux sont là. Au lieu de vous cacher dans vos maisons, descendez manifester», a exhorté YePhone Khaung Zaw, un protestataire sur les réseaux sociaux.

Les généraux font pour l’instant la sourde oreille au concert de protestations internationales.

Les diplomates américains non essentiels doivent quitter la Birmanie

Face à la dégradation de la situation, Washington a ordonné «aux employés non essentiels du gouvernement» de quitter le pays.

Le département d’État américain a indiqué dans un communiqué qu’après avoir « autorisé le départ volontaire des employés du gouvernement américain et les membres de leur famille » en février, il ordonnait désormais leur départ.

Cette décision a été prise «parce que la sécurité du personnel gouvernemental américain et celle des personnes à sa charge, ainsi que celle des citoyens américains, est la plus haute priorité du département», a indiqué un porte-parole du ministère.

«L’ambassade des États-Unis en Birmanie restera ouverte au public et continuera de fournir des services consulaires limités», a-t-il précisé.

Les États-Unis et le Royaume-Uni ont également annoncé une nouvelle salve de sanctions ces derniers jours.

Le Japon, lui, a interrompu aujourd’hui, mercredi, toute nouvelle aide à la Birmanie, pour envoyer « un message clair » au régime. Contrairement aux États-Unis, à l’Union européenne et au Royaume-Uni, l’archipel nippon n’a toutefois pas imposé de sanctions.

*Avec AFP et Myanmar Now