Affaire Vance: M. Trudeau et Mme Freeland : assez, les valises sont pleines !

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Au cours des derniers jours, de nouveaux rebondissements inquiétants au sujet des allégations d’inconduite qui touchent l’ancien chef d’état-major de la Défense, le général (retraité) Jonathan Vance ont été rendus publics. La semaine dernière lors du comité permanent de la Défense, nous apprenions de la bouche du témoin Elder Marques, ayant travaillé au cabinet du premier ministre Justin Trudeau, que la chef de cabinet Mme Katie Telford, était au courant des allégations contre l’ex-patron des Forces armées canadiennes (FAC) depuis mars 2018 ! Il a aussi affirmé avoir directement informé Michael Wernick, le greffier du Conseil privé.   

Qu’une chose soit absolument claire : devant l’importance, la lourdeur et les conséquences potentielles de telles allégations contre celui qui est à l’origine de l’Opération Honour, si Katie Telford et Micheal Wernick étaient au courant, il est difficile d’imaginer que le premier ministre du Canada n’était pas au courant. Jamais au grand jamais, des informations de cette nature et de cette sensibilité seraient demeurées au niveau de la chef de cabinet ou du greffier du Conseil privé.

Rappelons que le premier ministre Trudeau a récemment affirmé que lui et le cabinet des ministres ont appris l’existence des allégations à l’égard du général Vance par l’entremise d’un reportage diffusé par Global News le 2 février 2021, soit trois ans après que Mme Telford, bras droit de Justin Trudeau l’ait appris.  

Vraiment ! Le staff du premier ministre du Canada aurait été au courant des allégations ou des soupçons d’allégation, mais pas le premier ministre lui-même? C’est inimaginable, et ce, même pour le gouvernement Trudeau ! Qui peut bien croire à cela ? Le partisan libéral de génération en génération doit aussi avoir un petit doute.     

Nous ne parlons pas ici d’un soldat qui aurait dit des obscénités au mess un vendredi soir ou encore un député fédéral d’arrière-ban qui se serait saoulé lors un souper spaghetti dans son comté. Il s’agit du plus haut gradé des FAC, donc s’il y a des allégations ou des soupçons d’allégation à son égard, ses boss, c’est-à-dire le ministre de la Défense et ultimement le premier ministre du pays, doivent être mis au courant. Et si jamais, ils ne l’étaient pas (pour le vrai ce que je crois impossible), il y a un méchant problème de gestion et de leadership à la tête de ce pays. Personnellement, je crois fondamentalement que Justin Trudeau tente de nous remplir comme des valises, comme celles qu’il a remplies pour se rendre chez l’Aga Khan, en jouant la carte de l’ignorance.

D’ailleurs, ça ne serait pas la première fois qu’il agit ainsi : SNC-Lavalin, l’amiral Mark Norman, WE Charity et aussi le ménage fait à la Commission des libérations conditionnelles du Canada – région du Québec en 2017-2018 pour ne pas renouveler ceux et celles d’expérience qui avaient été nommés sous le gouvernement précédent. Dans ces différents scandales quelques noms reviennent souvent, dont Mme Telford, M. Wernick, M. Butts et M. Trudeau.

Dans ce pays, le problème est que le gouvernement n’est jamais imputable de rien. Les comités parlementaires sont comme des chiens pas de dents. Il n’y a jamais d’actions concrètes qui sortent de ces comités. Beaucoup de bruit, beaucoup de boucane pour pas grand-chose au final ! Un rapport qui finit sur une tablette sans oublier les jeux de coulisses pour faire cesser les travaux d’un comité en tentant de nous faire croire à son indépendance. C’est un peu comme l’ancienne voiture de ma voisine, une Pontiac Fiero ! Elle paraissait bien, mais elle n’avait rien sous le capot !    

Cela me fait tomber en bas de ma chaise d’écouter le premier ministre qui, d’un bord de la bouche, salue le témoignage de la major Kellie Brennan pour «sa force et son engagement à faire bouger les choses au sein des FAC», et de l’autre bord, dit qu’il n’était pas au courant des allégations contre celui qui est en cause contre la même major Brennan. Sauf que, c’est lui le boss du chef d’état-major de la Défense. Même la vice-première ministre Chrystia Freeland est venue en ajouter une couche en mentionnant que les témoignages entendus ont été profondément troublants. «Il est clair pour moi, comme nous l’avons entendu dans de nombreux rapports par le passé, qu’il y a des problèmes profonds dans les Forces armées canadiennes en matière de harcèlement sexuel et de traitement des femmes. Et il faut que cela cesse». Mais pas un seul mot sur la tentative de camouflage de la part ses collègues MM. Trudeau et Sajjan. Mme Freeland, cela aussi doit cesser !

J’imagine que Mme Freeland ne devait rien savoir non plus, ce qui explique qu’elle n’a rien fait pour faire cesser les comportements dans les FAC. Le problème est connu depuis belle lurette et en 2015 la juge à la retraite Marie Deschamps a fait la lumière sur le problème dans un volumineux et concret rapport. Alors, même si M. Trudeau, M. Sajjan et Mme Freeland affirment à l’unisson qu’ils n’étaient pas au courant des allégations contre le général Vance, le problème en général était néanmoins connu et demeure à ce jour encore présent. La prolongation de contrat et l’augmentation de salaire au général Vance en 2018 n’auraient jamais dû être octroyées dès que la première rumeur le concernant a commencé à circuler. Pire encore, la clé a été mise sur l’Opération Honour il y a de cela quelques semaines après des résultats mitigés et très discutables. Alors si ce gouvernement fédéral n’est pas hypocrite, il est par défaut incompétent sur la question des inconduites dans les FAC.   

Que dire du Bloc québécois dans toute cette affaire ! Qu’est-ce que tu dis Blackburn ? De que cé le Bloc quoi ? Le Bloc québécois ! Vous savez ce parti qui est supposément là pour défendre les intérêts du Québec… Aux dernières nouvelles, il y a encore des Québécoises et des Québécois dans les FAC alors comment expliquer leur silence radio. Pourtant, habituellement, Yves-François Blanchet n’hésite jamais une seconde à sermonner, donner des leçons et prononcer ses grandes phrases, souvent creuses, dans le crachoir. Que dire du député Michel Boudrias qui a servi dans les FAC ? Se serait-il fait couper la langue ? Le silence du Bloc québécois dans toute cette affaire d’allégations à l’égard du général Vance et des inconduites dans les FAC démontre une fois encore que ce parti a dépassé sa date de péremption depuis bien longtemps.

Non, nous sommes dans une ère politique très sombre sur la scène fédérale. Le plus inquiétant est que la majorité de la population ne semble pas s’en soucier plus qu’il le faut. Bien sûr, nous sommes en pleine pandémie ! La pandémie a le dos large depuis un an, mais il y a des limites. Les organisations, surtout celles de l’importance des Forces armées canadiennes, doivent continuer de fonctionner au quart de tour avec diligence et avec la rigueur qu’on lui connait et le gouvernement fédéral à la responsabilité de tout mettre en œuvre pour qu’elles atteignent leur mission et leurs objectifs. Les inconduites briment le moral et brisent la santé mentale des troupes. Il faut un véritable coup de barre pour redresser la situation. Il est plus que temps pour ce gouvernement de faire preuve de leadership en commençant par mettre la vérité au grand jour et par la suite, par l’entremise d’actions concrètes et de changements durables. La camoufler ne nous laisse d’autre choix que de croire qu’il savait, qu’il défend l’indéfendable et qu’il ne respecte pas les victimes et l’ensemble des membres des FAC. Devant un tel constat, un vrai changement ne surviendra qu’avec l’élection d’un nouveau gouvernement.